On a vu… No Limit, la série du « lunjeudi » de Besson pour TF1

On a vu… No Limit, la série du « lunjeudi » de Besson pour TF1

Avec No Limit, Luc Besson veut s’inviter dans votre salon. Est-ce l’adaptation de l’univers du cinéaste du grand au petit écran ? Est-ce une tentative de tunning des séries de la première chaîne française ? Difficile à dire. Mais ça laisse une décevante impression.

Vincent Elbaz incarne Vincent Liberati : un héros né du signe du Jack Bauer ascendant Joséphine, ange gardien ? Doit être sympa, son thème astral…

Après avoir produit une quantité astronomique de films estampillés « action/sans prise de tête » ou « particulièrement bas du front » (tout dépend des films et de l’endroit où vous placez le curseur de l’exigence) et après avoir séduit une partie du public avec ces créations, on imaginait bien qu’un jour Luc Besson pourrait s’essayer à l’univers de la fiction télé.

Depuis le 15 novembre, avec le concours de Franck Philippon (qui, en d’autres temps, avait imaginé Le lycée pour M6), c’est désormais chose faite, avec No Limit. L’histoire de Vincent Liberati, un agent de la DGSE atteint d’une  tumeur au cerveau mortelle qui accepte de travailler pour une agence secrète en échange d’un traitement expérimental. Père d’une adolescente qu’il a négligé pour son boulot, Vincent voit là l’occasion de récupérer un court sursis, histoire de réparer ce qui peut encore l’être avec elle.

Au moment de présenter ce projet, Luc Besson a expliqué qu’il avait « passé deux ans à (se) familiariser avec les nouvelles contraintes pour offrir la meilleure série ». Pour ce faire, l’intéressé semble avoir pioché des idées dans plusieurs fictions télé. La question est la suivante : qui est le petit malin qui a glissé, au milieu des DVD d’Alias et de 24 qu’il a visionnés, des épisodes de Joséphine Ange gardien et Camping Paradis ?

Anne Girouard incarne le commissaire Guenièvre… euh non, Liberati, et c’est la soeur du héros.

Parce que No Limit est un drôle d’hybride. On retrouve effectivement dans cette série toute la volonté de divertir qui habite le cinéaste-producteur lorsqu’il travaille pour le grand écran.

Avec des scènes d’action ponctuées de répliques qui parfois font mouche et parfois tombent à plat. Avec un héros plutôt cool mais souvent débordé. Avec plusieurs personnages auxquels ils ne manquent que le panneau « alibi comique » autour du cou pour bien faire comprendre qu’ils sont là pour faire rigoler. Et une volonté affirmée de ne pas trop développer la psychologie des héros (ici, le côté « vie en sursis » de Vincent est plus souvent un prétexte qu’autre chose).

En résumé, pour No Limit, Besson fait du Besson. Et ce serait faire preuve de mauvaise foi que de le lui reprocher.

Le truc, c’est que l’on retrouve aussi dans cette série les caractéristiques des comédies feel good chères à la chaîne. Avec des fameux personnages à tirets. On a une ado-qui-a-des-problèmes-d’ados-et-qui-est-souvent-ingrate-mais-gentille. On a aussi une ex-femme-qui-en-a-marre-du-père-de-sa-fille-mais-qui-l’aime-toujours. Sans oublier la-soeur-inspecteur-qui-a-un-bon-fond-mais-ne-verrait-pas-un-éléphant-dans-un-couloir. Ca plus tout l’attirail des interactions faiblardes qui va avec. Sans un tiret. Et sans intérêt côté émotion.

Paradoxe : la série n’est pas franchement une série du jeudi soir de TF1, ce n’est pas un polar. Mais elle est clairement plus divertissante qu’une fiction du lundi façon Les Toqués. Plus divertissante et mieux bâtie (sauf quand tout se termine sur un « grand éclat de rire », comme jeudi 22).

La chaîne a donc inventé la première série du « lunjeudi », un concept à lui tout seul. Avec de l’action, du rythme et des pouet pouet. Plein de pouet pouet. Des « qui font rire » et des « qui font lever les yeux au ciel ».

Bago (Bernard Destouches) : la touche d’humour « avé l’accent » de No Limit.

Est-ce que ça en fait une production réussie ? Les incohérences du scénario (Exemple avec la semaine dernière, le héros déjeune avec une acolyte en plein soleil quand un bad guy appelle : il veut voir la demoiselle dans 30 minutes. Scène suivante : il fait nuit. En Provence) et l’envie de placer des gags à intervalles très réguliers plombent trop le projet pour ça.

Dommage : une caractérisation un poil plus forte des différents protagonistes aurait peut-être permis d’éviter plusieurs scènes franchement convenues sans détourner No Limit de son objectif.

En clair : la comédie d’action façon Besson pour la télé, c’est mieux que pas mal de créations de la chaîne. Mais c’est loin de secouer l’univers de la série de chez TF1 (ce que Flics et Profilage, dans un tout autre style, sont parvenus à faire).

Bonus spécial « Non mais en fait c’est pas si pire, pour du EuropaCorp » (pour les retardataires) :  « Le Transporteur, nouveau néant de la fiction télé » 

Partager