• Home »
  • CINÉMA »
  • Noir c’est noir (critique de The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan)
Noir c’est noir (critique de The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan)

Noir c’est noir (critique de The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan)

Chronique très en retard de l’ultime volet Batman cornaqué par Nolan et ses complices (Christian Bale, le frérot Jonathan au scénar’, le chef op’ Wally Pfister, Zimmer au gros son…). Une conclusion qui, semble-t-il, a déçu pas mal de fans et qui pourtant, en ces temps d’édulcoration tous azimuts du blockbuster ricain, a le mérite d’offrir un traitement toujours aussi pessimiste de la condition de super héros. Et ça c’est bien ! (WARNING : QUELQUES SPOILERS MOYENS)

SYNOPSIS : Huit ans après les événements de The Dark Knight, Bruce Wayne vit une existence recluse dans son manoir, rongé par la mort de Rachel de la main du Joker. Batman n’est plus qu’un souvenir et de toute façon, la loi Dent et son arsenal répressif l’a remplacé pour veiller sur la sécurité de Gotham. Mais les desseins menaçants du mystérieux Bane vont forcer le justicier à reprendre du service, sans se douter un seul instant qu’il s’apprête à basculer, avec toute la ville, dans un engrenage infernal.

Tisane de tisane : la malédiction du 3e volet serait-elle bien réelle ? Le Retour du Jedi, Le Parrain 3, La Vengeance dans la peau, Blade : Trinity, X-Men – L’Affrontement final, Superman 3, Spider-Man 3 (quel gâchis, Sam, vraiment….), La Malédiction 3, Indiana Jones 3Les Bronzés 3… A quelques exceptions près, autant de secondes séquelles qui, même pour les meilleures d’entre elles, font pâle figure à côté de leurs aînées dans la franchise concernée. Comme si, après avoir réellement atteint un pic d’audace dans le second opus, les équipes créatives se retrouvaient prises au piège, rincées, incapables de vraiment faire progresser personnages et intrigues à l’étape dramaturgique supérieure. J’ai beaucoup aimé The Dark Knight Rises mais il faut bien le reconnaître : à elles seules, la conception géniale du Joker et la prestation inoubliable de Heath Ledger font de The Dark Knight un film supérieur à cette conclusion.

Les reproches que je vois le plus régulièrement circuler sur le compte de ce dernier Batman de l’ère Nolan sont souvent justifiés. The Dark Knight Rises, encore plus que son prédécesseur, cumule incohérences plus ou moins gênantes et, ce qui m’a le plus barbé, une gestion du temps vraiment mal négociée au montage. Ce dernier problème s’avère particulièrement criant dans la dernière partie du film qui, à aucun moment, n’arrive à rendre palpables les longs mois où Bruce Wayne croupit dans sa prison indienne après sa défaite contre Bane. Son retour à Gotham se fait d’ailleurs sur un claquement de doigts assez perturbant, d’une séquence à l’autre. Plus tôt dans le métrage, la reprise de service de Batman aurait peut-être gagnée à moins d’expédition : Nolan passe 45 minutes  à nous expliquer à quel point Bruce Wayne est un homme physiquement et mentalement rincé puis, une fois Wayne décidé à rempiler la nuit, le réalisateur élude totalement l’instant clé du retour dans le costume. Ces premières minutes de retrouvailles entre Wayne et son double, le frisson et la peur au moment de rendosser l’armure et le masque après 8 ans de retraite, ces moments intimes, charnels, qu’on aurait aimé partager avec le héros sont purement et simplement zappés au profit d’une réapparition plus basiquement « kaboum ». Dommage. Dommage aussi, Marion Cotillard.

Comment l’actrice peut-elle autant briller chez Audiard et à ce point se couvrir de ridicule chez Nolan ? Passable dans Inception, son interprétation dans TDKR est désolante de fadeur, jusqu’à ce déjà mythique dernier soupir qui n’a pas fini de faire se gondoler la toile. Heureusement que ce sidérant miscasting est en partie rattrappé par celui de la punchy Anne Hathaway en Selina Kyle, même si le potentiel de l’officieuse Catwoman n’est pas exploité autant qu’il le méritait. Enfin, certainement bien embêté d’avoir créé le super vilain de cinéma ultime avec le Joker, Nolan peine à reproduire la foudre en bouteille avec Bane, étrange adepte musculeux d’une néo-dictature du prolétariat, dont toutes les motivations restent au final assez nébuleuses. La folie anarchiste du Joker dégageait incontestablement plus de clarté et de force anxiogène que le délire illuminé de son successeur.

Faut-il pour autant briser la colonne de The Dark Knight Rises avec la morgue des petits malins qui, crânement sur le web, se sont tiré la nouille à recenser les multiples invraisemblances/incohérences du film ? Ben non. J’ai beaucoup aimé Avengers et pourtant, j’aurai toujours plus de respect pour la démarche d’un Nolan qui, malgré toutes les contraintes inhérentes au genre (le PG 13 et ses conséquences…), persiste à coller une approche aussi solennelle et pessimiste à son Batman. Parce que tout Nolan qu’il soit, il en faut, des cojones, pour imposer dans un blockbuster à 250 patates autant d’idées radicales malgré leur traitement inabouti : la dérive morale et physique du super héros, son vieillissement (qui l’a fait à Hollywood avant Nolan ? Personne, hormis Snyder et son hors concours Watchmen), la violence meurtrière arbitraire, l’effondrement d’une cité au bord de l’apocalypse, la peur panique des élites à l’heure du chaos… Alors que les films du genre ont avant tout vocation à faire vendre des produits dérivés pour kids, The Dark Knight Rises reste plongé dans le noir et se permet de sacrés flashes morbides : des innocents abattus de sang froid à bout portant, Batman réduit à néant dans les égouts sous les coups de Bane ou encore, furtivement aperçus sur un écran de télé, des cadavres pendus depuis des hélicos pour trahison… Caviardé d’un sous-texte social voire géopolitique (loi Dent/Patriot act, même combat ?) reflétant la profonde crise morale et économique traversée par l’Amérique depuis le 11 septembre, TDKR peut recevoir tous les blâmes mais sûrement pas celui de manquer d’ambitions thématiques.

Malgré « l’incident » Cotillard, le film culmine dans son final porté par la poignante prestation de Michael Caine et se clôt sur un passage de relais héroïque d’une puissance à vous coller la chair de poule (geekasm inside). Hormis par un astucieux twist que je n’ai pas du tout vu venir, Nolan ne nous a pas blousé : son 3e Batman est bien celui de l’impasse définitive, des adieux au héros, dans un bouquet final à la charge émotionnelle hélas un poil atténuée par une ultime pirouette Inceptionnesque laissant le spectateur sur un doute. Pas grave, le frisson est quand même passé. Toujours aussi peu à l’aise dans les combats à mains nues (pourquoi cadrer d’aussi près ? Je ne pige pas…), Nolan sait en revanche orchestrer comme personne les véhicules en mouvement, magnifiés dans les scènes d’action en Imax. Qu’il s’agisse de la bluffante ouverture aérienne, du quadrillage par des jets militaires d’une Gotham sinistrée, des courses folles de la Bat-Pod filmées ras du bitume ou des envolées du monstrueux Bat entre les gratte ciels, autant de séquences amples et vertigineuses, assurant élégamment le spectacle attendu. Bref, certes les impairs de ce 3e acte sont légion mais dans TDKR, le tout est définitivement plus que la somme des parties. La portée générale du film, son courage, son ambiance et la force implacable de plusieurs plans excusent, à mes yeux, certains cafouillages du script et autres ratés formels. Profitons bien de ce point final de l’ère Nolan (du moins comme réalisateur), les chapitres suivants risquent fort de laisser un goût fadasse en comparaison.

 

The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan (2h44) . En salles

 

Partager