• Home »
  • CINÉMA »
  • Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir… (critique de Los Angeles – Cité du Film Noir)
Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir… (critique de Los Angeles – Cité du Film Noir)

Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir… (critique de Los Angeles – Cité du Film Noir)

Note de l'auteur
Voiture

« Je suis tout à fait sain d’esprit, gniii ! »

Déjà auteures d’une panoplie de documentaires sur Hollywood, les soeurs Clara et Julia Kuperberg continuent dans leur lignée avec Los Angeles – Cité du Film Noir. Pour explorer les méandres de ce courant cinématographique prolifique des années 40 et 50, les réalisatrices françaises ont eu la bonne idée de faire appel à trois érudits : le célèbre auteur de polars James Ellroy (Le Dahlia noir et L.A. Confidential, tous les deux adaptés sur grand écran, c’est lui), le président de la Film Noir Foundation Eddie Mullen et le touche-à-tout Alain Silver, entre autres critique de films et historien du cinéma.

Laura2

Que manigance-t-elle ?

En 52 minutes, Los Angeles – Cité du Film Noir ne brosse évidemment pas un portrait exhaustif du film noir mais tente d’en définir les contours. Pourquoi s’est-il développé à L.A. ? Tout simplement pour les studios hollywoodiens s’y trouvaient et qu’ils avaient des décors urbains variés à leur disposition. Si le premier véritable film noir semble être L’Inconnu du 3e étage, sorti un an avant Le Faucon Maltais (1941), le documentaire ne rentre pas dans ce débat et préfère citer Eddie Mullen qui voit l’essor de ce mouvement comme « une réponse à la Grande Dépression en Amérique, car les grands romains noirs adaptés au cinéma datent des années 30 ». Pourquoi ce délai ? Notamment parce qu’Hollywood était trop occupé à tourner des péloches de propagande pendant la Deuxième Guerre mondiale…

Ellroy2

James Ellroy et sa collection d’assiettes.

Visuellement, le film noir s’inspire de l’expressionnisme allemand, joue sur les contrastes et les ombres projetées. Presque toutes ces oeuvres mettent en scène un crime (souvent un meurtre) avec certaines figures récurrentes telles que le détective désabusé, le flic corrompu, la femme fatale… Ellroy, qui s’exprime avec une diction parfaite tranchant avec son langage fleuri, estime que le grand thème du film noir est : « T’es baisé » (« You’re fucked »). En clair, le héros – ou plutôt l’anti-héros – s’est empêtré dans une situation insoluble qui va forcément mal se terminer. Une noirceur assez inhabituelle pour la grande machine formatée qu’est Hollywood.

Funiculaire

Le fameux Angels Flight.

Pour dynamiser le documentaire, les entrevues avec Ellroy, Mullen et Silver sont agrémentées de plans de Los Angeles, de citations tirées de romans noirs mais aussi et surtout d’extraits de films illustrant tel ou tel propos, ou bien des lieux emblématiques de Los Angeles (le funiculaire Angels Flight, l’hôtel de ville, le Bradbury…). Une construction simple mais efficace pour distiller l’ambiance ténébreuse de ces oeuvres-clés qu’il semble soudain urgent de (re)découvrir : Assurance sur la mort (1944), Le Grand Sommeil (1946), Mort à l’arrivée (1950), Un si doux visage (1953) et bien d’autres.

Le choix de se concentrer sur le L.A. des années 40-50 met sciemment de côté les films noirs de New York, d’Europe et d’ailleurs. Quant aux courants Neo-noir (Chinatown, Taxi Driver, Mulholland Drive…) et Tech-noir (Blade Runner, Bienvenue à Gattaca, Dark City…), elles sont à peine effleurés. De la matière pour un futur projet des soeurs Kuperberg ?

LA
Los Angeles – Cité du Film Noir, diffusé le 28 février sur OCS Géants.

Film documentaire français réalisé par Clara et Julia Kuperberg, avec James Ellroy, Eddie Mullen et Alain Silver.

Partager