Northgard : En attendant Ragnarok

Northgard : En attendant Ragnarok

Note de l'auteur

Bordeaux est une ville célèbre dans le monde entier pour son vin et sa douceur de vivre. Mais depuis peu, elle est également devenue la nouvelle capitale du jeu vidéo français, accueillant rien de moins que les nouveaux locaux du géant Ubisoft mais aussi des superbes studios indés comme Motion Twin et Shiro Games. Après nous avoir livré les excellents RPG Evoland et Evoland 2, ces derniers s’attaquent cette fois à la stratégie en temps réel cuisinée à la sauce scandinave. Sorti l’année dernière en accès anticipé, Northgard rencontre depuis un beau succès bien mérité. Après un an de mises à jour et d’équilibrages en tous genres, le dernier titre de Shiro Games est enfin sorti officiellement il y a quelques jours. Comme l’avait annoncé le directeur créatif d’Age of Empires dans son interview dans Le Monde (lien ici), le temps est venu de ramener les jeux de stratégie sur le devant de la scène, et nul doute que Northgard sera considéré dans quelques années comme l’un des fers de lance de cette renaissance tant attendue. 

Dès les premières minutes, Northgard a réveillé en moi un profond sentiment de nostalgie en me rappelant les merveilleux souvenirs sur des titres comme Age of Mythology ou Settlers. En s’inspirant des meilleurs, Shiro Games a exploré les mythes nordiques et créé son propre univers autours de la mystérieuse île de Northgard. Similaire à l’Islande découverte dans la série Vikings par (attention spoilers) ce fou de Floki, c’est une magnifique terre sauvage qui a su rester vierge de présence humaine. Mais les hommes du nord parcourant les mers sur leurs légendaires drakkars ont fini par trouver l’île des dieux et sont prêts à la coloniser. Dans cette course effrénée, plusieurs clans s’affrontent pour imposer leur suprématie sur ces lieux encore inexplorés et dangereux : le clan du Loup, du Cerf, de la Chèvre, du Corbeau, de l’Ours et pour finir du Sanglier. Northgard est un titre qui plaira assurément à beaucoup de joueurs, que ça soit les amateurs de RTS, les amoureux de la culture vikings ou ceux qui ont succombé à l’ambiance nordique de Skyrim. Sans être un jeu historique, Northgard aborde la mythologie scandinave à la manière d’un Age of Mythology. Préparez-vous donc à voir des créatures fantastiques comme les draugrs, les valkyries ou les wyverns!

A la tête d’un des clans, le joueur devra bâtir petit à petit son village nordique en satisfaisant aux besoins et attentes de ses habitants. Contrairement à Age of Empires ou Starcraft qui misent avant tout sur l’aspect purement militaire, Northgard propose plusieurs types de victoires en s’inspirant des jeux 4X comme le dernier Endless Space. Cette diversité apporte de la profondeur au gameplay et encourage différentes approches. En fonction de sa situation économique, de l’avancée des autres clans et de son emplacement sur la carte, le joueur devra s’adapter et rechercher intelligemment le type de victoire (domination, commerce, technologie, renommée) le plus à sa portée.

La joie de vivre et le jambon, y’a pas trente-six recettes du bonheur !

Les cartes sont ici générées aléatoirement mais ne sont pas ouvertes à l’inverse de la grande majorité des RTS puisqu’elles sont divisées en zones comme dans un Civilization. Chaque zone possède des ressources spécifiques et doit être explorée par des éclaireurs avant d’être colonisée. Il est également nécessaire d’envoyer ces mêmes éclaireurs pour cartographier toute la carte si le joueur veut faire disparaître le classique brouillard de guerre. Après avoir découvert une région, vous avez la possibilité de la coloniser contre une importante quantité de nourriture. Le nombre de bâtiments par zone étant extrêmement limité (environ 3), cette mécanique force le jouer à trouver à chaque fois un équilibre fragile en fonction des besoins immédiats de son village. Mis à part les bâtiments militaires ou spéciaux comme les cabanes de soin ou les phares, toutes les autres structures servent à récolter ou stocker des ressources.

Le joueur commence la partie avec un seul bâtiment, la Maison Commune, qui génère automatiquement des villageois plus au moins rapidement en fonction du niveau de « bonheur ». La population de base est destinée à la simple récolte de nourriture, toutefois vous pouvez spécialiser chaque villageois en lui donnant un métier, à condition d’avoir construit le bâtiment nécessaire au préalable. La liste des métiers disponibles est plutôt longue : bûcheron, pêcheur, fermier, chasseur, marchand, marin, érudit, brasseur, mineur, éclaireur, guérisseur et guerrier. L’objectif est bien sûr d’optimiser la production de la ou des ressources nécessaires pour non seulement survivre, mais aussi gagner la partie.

En dehors du niveau de bonheur, il y a en tout six types de ressources qu’il faudra engranger, certaines étant plus importantes que d’autres, notamment sur le court terme. La nourriture et le bois sont indispensables puisque ces deux ressources sont à la base de la survie de votre village. La nourriture via la chasse, la pêche, la récolte ou la cueillette permet de nourrir convenablement vos villageois et d’éviter la famine. Le joueur ne doit par conséquent jamais oublier de surveiller la consommation des villageois, d’avoir un approvisionnement continu ainsi que de stocker de la nourriture dans des silos en prévision de l’hiver. Le bois est non seulement nécessaire à la construction des bâtiments mais aussi vital pour que les habitants puissent se chauffer pendant les longues nuits d’hiver. Nous retrouvons ensuite le krôwn qui fait office de monnaie pour recruter des soldats et entretenir les bâtiments, de la pierre pour améliorer les bâtiments et leurs capacités, du fer pour fabriquer des armes et outils de meilleurs qualités et pour finir le savoir qui permet de débloquer de nouvelles technologies. Dans Northgard, tout est question d’équilibre, mais c’est un équilibre fragile qui peut partir à n’importe quel moment en cacahuète. Malgré une belle avance sur mes concurrents, il m’est arrivé plusieurs fois de perdre une partie suite à une succession de catastrophes ou un hiver trop rigoureux.

La neige qui poudroie dans la solitude de notre enfance

Plus que des autres joueurs, méfiez-vous des mignons petits flocons de neige qui tombent sur votre village viking dans une ambiance mélancolique. Car dans Northgard, l’hiver sera votre Némésis, un ennemi redoutable que vous pouvez seulement repousser et jamais vaincre. Lorsque les vents du nord souffleront et que l’hiver sera enfin là, la production de ressources ralentira drastiquement tandis que les consommations de nourriture et de bois grimperont en flèche. Mais les mauvaises saisons ne sont pas le seul problème auquel le joueur est confronté. En plus des raids de joueurs ennemis ou de meutes de loups affamées, votre village peut à tout moment subir des catastrophes naturelles comme des tremblements de terres, des violentes tempêtes, une invasion de rats, voire même une terrible épidémie. Ces événements sont aléatoires et peuvent affecter n’importe quel joueur. Mais ce côté survie, à la manière d’un titre comme Banishedapporte du challenge plus que bienvenu.

Mon seul reproche concerne l’aspect militaire de Northgard qui est pour le moment trop simpliste. Oubliez-tout se suite les batailles avec des centaines d’unités comme dans un Supreme Commander ou Cossacks, Shiro Games a préféré mettre en avant le côté gestion du titre pour une expérience plus proche des jeux gestion/city building comme Anno, Settlers ou Tropico. Les combats se résumeront alors à de simples escarmouches entre une petite dizaine de guerriers et des tours de défenses. Posséder une petite troupe reste quand même indispensable pour se défendre des incursions ou pacifier une zone avant de pouvoir la coloniser.

Un petit mot concernant les graphismes que j’ai trouvé particulièrement réussis. La direction artistique légèrement cartoonesque entre un Warcraft III et Age of Mythology est non seulement belle mais colle en plus parfaitement à l’univers mythique dépeint par Shiro Games. Les animations et les effets météorologiques ne sont pas en reste, tout comme l’interface parfaitement lisible même pour un débutant. La bande son est également soignée et les petits bruitages réveilleront chez les fans de RTS des bons souvenirs. Seul petit bémol, la musique aux sonorités nordiques composée par Camille Schoell est de bonne facture mais manque un peu de variété lorsque les parties durent plus d’une heure.

Conclusion

Pour son dernier titre, Shiro Games s’est brillamment inspiré de tous les grands classiques du RTS. Mais loin d’être une pâle copie ou un mauvais melting pot, Northgard a visiblement su se forger sa propre identité. Basé sur la mythologie nordique, le jeu affiche un magnifique univers coloré et très vivant. Malgré les années, voir mes petits villageois vaquer à leurs occupations reste toujours un pur bonheur impossible à expliquer. Alternant avec brio les moments de paix et de tension, Northgard propose une prise en main facile en même temps qu’un gameplay profond et des mécaniques bien huilées. Avec son importante courbe d’apprentissage, le soft de Shiro Games nous met constamment au défi de faire mieux que Ragnar Lothbrok pour faire prospérer votre clan viking. Au final, Northgard est une belle réussite pour le studio bordelais et nous prouve que les RTS sont bel et bien toujours vivants.

Northgard

Développeur : Shiro Games
Éditeur : Shiro Games
Prix : 28 €

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