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Nostromo Blues (critique de Prometheus, de Ridley Scott). WARNING :  SPOILERS

Nostromo Blues (critique de Prometheus, de Ridley Scott). WARNING : SPOILERS

On a prié, communié, espéré… mais nos vœux ne sont qu’à grand peine exaucés. Space opera démesuré, chaotique et dégénéré, Prometheus rate ses divines ambitions mais offre tout de même quelques fascinantes fulgurances. Curieuse expérience.  (IL EST RECOMMANDE D’AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CETTE CRITIQUE).

SYNOPSIS : Ile de Skye, 2089 : deux archéologues, Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et Charlie Holloway (Logan Marshall-Green), font une découverte déterminante corroborant la théorie d’une origine extra-terrestre de l’Humanité. Quatre ans plus tard, ils embarquent à bord du vaisseau spatial Prometheus pour une mission scientifique financée par le richissime Peter Weyland (Guy Pearce), à destination de la planète L-223. A bord : l’androïde David (Michael Fassbender), la chef de mission Meredith Vickers (Charlize Theron) et une poignée de mercenaires. Sur L-223, l’équipage découvrira une vérité bien plus terrifiante pour l’espèce humaine.

 

Ridley Scott promettait user de tout son pouvoir pour ébranler une science-fiction orpheline de chocs à long terme depuis Alien et Blade Runner (qu’on ne vienne pas me parler de la choucroute Avatar). Aux fans incrédules, papy Ridley assurait que Prometheus signerait son retour à la SF par la grande porte des étoiles, celle là même ouverte par 2001 et son indélébile épopée croisant la science et la foi aux confins du cosmos. Un grand spectacle métaphysique nous attendait, d’autant plus excitant qu’il titillait la fibre geek avec un mystère plus ou moins savamment entretenu par la Fox autour de sa parenté avec l’univers d’Alien. Si les instigateurs de cette ambitieuse aventure ont longtemps joué au chat et à la souris avec le public, on sait aujourd’hui que depuis le départ, Prometheus fut bel et bien conçu comme un prequel du chef-d’œuvre matriciel de 1979. Après tout, pourquoi pas ?

Après le totalement hors sujet Alien Resurection et le minablo-débilissime diptyque Alien vs Predator, l’idée que l’honneur de la franchise soit enfin lavé par son propre metteur en scène initial ne manquait pas de séduire. Bon. De chef-d’œuvre ou nouvelle date dans le space opera, il n’y a clairement point. Sur ce plan des attentes, Prometheus est un ratage. Il est aussi absurde de comparer ce film à Alien que de juger 2010 à l’aune de 2001… et en même temps la comparaison reste inévitable. Lorsqu’Alien vous agrafait littéralement d’angoisse à votre fauteuil avec une progression dramatique implacable, Prometheus frôle l’ennui à force d’éparpillement, d’ellipses narratives brutales et de personnages sans charisme. A la direction artistique visionnaire d’Alien, qui n’a pas pris une ride, Prometheus oppose une approche radicalement différente, moins claustro, plus chic et sophistiquée mais aussi bien moins anxyogène et réelle. A la sobriété d’effets aboutissant à une absence totale de faute de goût dans Alien, Prometheus part fréquemment dans le décor en s’autorisant d’étranges flirts avec le Z le plus éhonté. Des exemples ? Le look albinos en robe de bure du premier « Ingénieur » vu au début du film, celui là même qui se liquéfie dans un fleuve de notre planète après avoir ingéré une mystérieuse décoction saumâtre, donnant ainsi naissance aux premières cellules vivantes sur Terre (allo, le scénario, des précisions ?). Autre instant nanar franchement space, à l’autre bout du métrage : l’anatomie risible de la bête tentaculaire dont l’accouplement final avec un « Ingénieur » permet aux scénaristes (allo ???) de créer (de justesse) le chaînon manquant avec la saga Alien. Et que dire de ces plans involontairement cocasses de Noomi Rapace trimballant dans un sac la tête de l’androïde joué par Michael Fassbender, du maquillage atroce de Guy Pearce en vieillard subclaquant ou encore de cette inoubliable usage d’un flûtiau des étoiles en guise de clé de contact pour le vaisseau des Ingénieurs ?

 

Le nawak intermittent de Prometheus s’accompagne de son déjà légendaire statut de gruyère scénaristique. Entre Jon Spaihts et le script doctor Damon Lindelof, convoqué en seconde instance par la Fox pour « événementialiser » l’écriture, difficile de déterminer précisément les responsabilités dans ce foutu bordel. A la lecture de diverses sources, il apparaît cependant clairement que Lindelof a bel et bien délibérément flouté le script de Spaihts, plus nettement relié à la mythologie Alien, pour le transformer en grande foire aux questions sans réponse. C’est tellement plus intelligent, les films sans réponse, vous comprenez ma bonne dame, comme un final de Lost quoi… Sauf que Lindelof n’est pas Arthur C. Clarke et qu’à côté du poème cosmique de Kubrick, Prometheus la joue petit bras et cul entre deux chaises en casant timidement ses maigres questions existentielles dans le cahier des charges « blockbuster/action/prequel d’Alien-oui-mais-non-mais-si-quand-même ». Bien loin d’être aussi hypnotique dans sa forme que pouvaient l’être 2001 ou Blade Runner, Prometheus échoue ainsi à faire passer des trous (noirs) de scénario pour de nobles énigmes métaphysiques. Pourquoi les Ingénieurs ont-ils décidé de créer puis de supprimer la race humaine ? Au nom de quoi David décide-t-il de contaminer sciemment le pauvre compagnon du Dr Shaw (par vengeance contre cet humain qui le méprise ouvertement ? Un peu court…) ? Comment donc la créature extirpée par Shaw de son propre ventre par auto-césarienne peut-elle aboutir à un machin gluant digne d’un Galaxie de la terreur de Corman ? Quelle est la nature exacte de cette substance noire à l’origine d’absolument TOUS les recoins du script ?

 

Nous aurons peut-être droit à une partie de nos réponses dans une éventuelle « version longue » en DVD (explications « christiques » à la clé…) et l’autre partie dans une très hypothétique séquelle, nous dit-on en mode « foutage de gueule ». Alors, Prometheus, à crucifier pour de bon ? Pas si simple : Ridley Scott garde tout de même encore suffisamment de métier pour cadrer de titanesques « money shots » autour de son vaisseau-titre, sublimer de vertigineuses différences d’échelle et ménager une poignée de séquences incontestablement efficaces. Les promesses du scénario n’ont beau rester pour la plupart qu’en l’état, elles n’en restent pas moins passionnantes et le film a au moins ce mérite de ne laisser personne indifférent depuis sa sortie. Dommage seulement que notre candide et pieuse attente d’une divine relecture d’Alien soit douchée par un résultat limité au blockbuster épisodiquement fulgurant, cédant de surcroit in extremis à une lègère démagogie bondieusarde – n’oublions pas que toute l’intrigue se déroule la veille du 24 décembre… Voilà, on y a cru très fort et une fois encore, le messie nous a planté, le père Noel ne s’est pas pointé. On aurait dû savoir que dans l’espace (hollywoodien), plus personne ne vous entend prier.

 

PROMETHEUS, de Ridley Scott. En salles.

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