Olija : le voyage de Faraday

Olija : le voyage de Faraday

Note de l'auteur

Dernière production de Devolver Digital, Olija déboule en ce début d’année 2021 armé d’un visuel minimaliste qui ravira les amateurs de pixel art et donneront également du grain à moudre pour ceux qui en auraient marre des jeux tout pixelisés.

Mais comme souvent quand les choses sont bien faites, Olija profite de son parti pris graphique pour proposer une réelle atmosphère envoûtante. Rappel des faits : Olija vous place dans la peau de Faraday, le dirigeant d’une contrée lointaine qui part en expédition vers des territoires inconnus. Le bateau fait naufrage dans le mystérieux pays de Terraphage, où notre héros, armé d’un harpon légendaire, va devoir retrouver les membres de son équipage capturés par une entité maléfique. Il fera la rencontre de la reine du coin, Olija, une énigmatique souveraine avec qui il va entretenir un lien très fort.

Olija est l’œuvre de Thomas Olsson, qui a développé son jeu au sein du studio Skeleton Crew à Kyoto. Leur premier projet sorti en 2017 était le brawler Backslash, un jeu de combat multijoueur minimaliste mais avec un système plutôt dynamique. Backslash était surtout le galop d’essai pour peaufiner un gameplay qu’il va réutiliser sur Olija en s’orientant cette fois-ci vers le jeu d’aventure narratif. Et l’expérience acquise sur le brawler est évidente lorsque l’on pose nos mimines sur Olija. Dès les premiers instants, on sent que les combats possèdent un véritable dynamisme qui permet d’arriver à des combos puissants en alternant son arme principale (un harpon légendaire) et son arme secondaire (épée, arbalète ou tromblon). Le fameux harpon fait également office de téléporteur, pour se déplacer en un clin d’œil à l’endroit où on l’envoie.

Cette capacité marche diablement bien quand le harpon est planté dans une vigne noire souvent posée aux extrémités d’un écran afin d’y dénicher quelques passages secrets. Le projectile peut finir également dans le thorax d’un ennemi malchanceux histoire d’alterner rapidement entre les ennemis tout en occasionnant quelques dégâts. Un système de combat super agréable, qui donne des joutes sacrément pêchues, aidé par un son très travaillé et des effets visuels foisonnants sans être envahissants, comme ce léger ralenti après un coup puissant. De petites touches ici et là qui donnent au jeu une vraie patate très agréable, combinées à un effort d’exploration qui n’est pas non plus très poussé puisque les donjons traversés ne sont généralement pas bien grands.

Fort heureusement, Olija ne se contente pas d’avoir de chouettes combats. C’est aussi une aventure baignée dans une atmosphère envoûtante, s’inspirant de fantasy asiatique tout en lorgnant vers le genre du chambara. Faraday est un étranger en terre inconnue, et il n’est pas forcément bien accueilli par la population locale. Mais il trouvera vite une principauté en bord de mer qui l’accueillera comme un sauveur et fera office de point de repos. Votre personnage pourra se soigner, améliorer sa santé maximale, engager un aventurier pour récupérer des ressources moyennant finance ou confectionner des chapeaux. Ces couvre-chefs, en plus d’affubler le personnage d’un style inimitable, permettent à Faraday d’utiliser des techniques spéciales via une barre de charge. On y trouve une attaque spéciale rotative très efficace, un ajout d’électricité sur votre harpon (attention aux salles inondées) ou encore des projectiles offensifs qui vous suivent à chaque téléportation. Une manière de varier les plaisirs, en plus des quelques features se rajoutant au fil de l’histoire qui permettent de débloquer l’accès à certains donjons.

Il faudra bien ça pour éviter les petites roublardises qui vous attendent dans les donjons, même si de manière générale Olija n’est pas spécialement difficile. On y meurt rarement, sauf peut-être sur le boss de fin qui demandera quelques tentatives pour en venir à bout, mais rien de méchant. Olija est d’autant plus simple qu’il est assez court : à peine 4 ou 5 heures pour terminer l’aventure, une durée de vie qui apparaît un peu chiche puisque le plaisir de jeu ne faiblit jamais et qu’on aurait bien repris un peu de rab après le générique de fin. On pourra retourner dans quelques niveaux en quête de collectibles pas bien compliqués à dénicher, mais la replay-value demeure faiblarde.

C’est peut-être parce que Olija est réussi du début à la fin, avec un superbe souffle épique inattendu, que le jeu paraît trop court. Par de chouettes astuces stylistiques (l’ambiance sonore incroyable, les petites animations qui parsèment les niveaux), Olija retranscrit une excellente atmosphère mystique, mêlée au dynamisme des combats et de l’exploration. Le jeu a tout d’un grand, et on aurait aimé approfondir encore plus l’univers ou aller plus loin dans l’histoire. Régulièrement, le jeu en profite pour placer quelques séquences narratives surprenantes et magnifiques, ou simplement surprendre le joueur par des effets de mise en scène en pleine aventure. Que ce soit un piège vous faisant chuter dangereusement vers des piques acérées ou l’arrivée d’un boss qu’on n’attendait pas, Olija entretient son souffle sans jamais faiblir, ne laissant jamais un donjon n’être qu’une simple succession de salles sans âmes. Une véritable ingéniosité dans le peu de moyens dont il dispose, forçant l’imagination du joueur à remplir les blancs grâce à la force minimaliste de la mise en scène.

C’est avec un jeu comme Olija qu’on se rend compte à quel point quelques amas de pixels peuvent être facilement vecteur d’ambition et d’émotions quand tout est fait avec soin et intelligence. Finalement le seul défaut d’Olija sera sa durée de vie qui stoppe un peu trop vite l’épopée qu’il met en place avec talent. On aurait aimé des donjons un peu plus longs, des niveaux plus nombreux, voire même des activités annexes pour un challenge un peu plus corsé. C’est ce qui l’empêche de rester durablement dans la mémoire, et Olija donne finalement la sensation de n’être que la première partie de quelque chose de bien plus grand. Mais ce serait dommage de se priver d’un excellent titre dont l’alchimie entre l’atmosphère, l’histoire et le gameplay fonctionne à merveille. Encore une pépite dans l’escarcelle de Devolver Digital.

Olija

Développeur : Skeleton Crew
Editeur : Devolver Digital
Prix : 15 euros
Plate-forme : PS4 / XBOX ONE / SWITCH / PC

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