On a fait le tri n°53

On a fait le tri n°53

Note de l'auteur

Parce qu’on n’a malheureusement pas le temps de vous parler en détail de tous les bouquins qui sont passés entre nos mains, « On a fait le tri » revient sur les sorties de la planète BD.

WEST LEGENDS – SITTING BULL HOME OF THE BRAVES

La non-conquête de l’Ouest avec en guest, Taureau assis ou bison au repos (aka Sitting bull), ç’a de la gueule. Surtout que « ses » Blacks hills en 1870, censément sanctuarisées de toute présence des « longs nez », voient arriver une horde sanguinaire qui menace l’existence même des dernières nations indiennes libres. Pas dit qu’il gagne à la fin, pas dit non plus qu’il ne se laisse faire. En tout cas, cet ouvrage nous permet d’en connaître davantage sur celui qui a causé quelques cheveux blancs au général Custer. Notamment.

Attention cependant à ne pas mettre entre des mains trop juvéniles. C’est cru, violent et sans filtre. ça coupe des nez, ça fend des crânes, ça cloue des mains… petit florilège d’une époque où l’imagination, en termes de sévices, avait pris le pouvoir.

C’est une bande dessinée qui mérite le détour pour la qualité du stylo et du crayon. C’est également le troisième volet d’une série bien foutue, pédagogique et finement romancée qui verra encore deux épisodes, ensuite (Butch Cassidy et Wild bill Hicock). Derrière le mythe de l’Ouest, il y a un homme. Là, on a, en plus, de savoureuses anecdotes et aussi une phrase diablement prédictive « Lorsque le dernier ruisseau sera pollué, le dernier animal chassé et le dernier arbre coupé, l’homme blanc comprendre que l’argent ne se mange pas. » Jair Bolsonaro (et tant d’autres) likes that.

Écrit par Olivier Peru
Dessiné par Luca Merli
Édité par Soleil

JOUR J – LUNE ROUGE (3/3) 1984 : LA LUNE FAIT SA PREMIÈRE RÉVOLUTION

Réveillez-vous bonnes gens ! Nous sommes en 1980 et l’URSS a imposé sa domination sur toute l’Europe. Oubliez vos leçons d’Histoire, celle-ci n’est écrite que par les vainqueurs. Là, c’est l’Ours soviétique, qui a tué le game, et qui a sorti le stylo. Au point même d’étendre son empire jusqu’à la Lune. Et d’y avoir importé l’une des ses plus grandes « réussites » : le goulag. Des prisonniers politiques et de droits communs suent sang et sang pour extraire l’hélium 3 du seul satellite naturel de notre bonne vieille Terre. Implacable realpolitik qui ne durera peut-être qu’un temps car des Révolutionnaires, pas spécialement dans la Lune mais plutôt sur, fomentent une petite révolte.

On arrive au terminus de ce triptyque dans cette série Jour J toujours aussi désarçonnante. Toujours avec le biais du « Et si l’Histoire avait pris un cap différent de celui que nous connaissons… » Et servi, pour le coup, par le crayon bluffant de Jean-Michel Ponzio. Que de réalisme dans son dessin, que de précision, que de traits ciselés. Un peu entre Blade runner et La Guerre des étoiles, une balade apocalyptique avec l’arroseur arrosé de la lutte des classes. Classe, cela convient bien à ce trio de BD mené, il est vrai, par un duo de choc composé de Fred Duval et Jean-Pierre Pécau. Place des grands auteurs.

Écrit par Fred Duval et Jean-Pierre Pécau
Dessiné par Jean-Michel Ponzio
Édité par Delcourt

LÉO LODEN – SÈTE A HUITRES

Allez, c’est cadeau ! Rien que pour l’énormissime jeu de mots du titre, courez dans votre meilleure poissonnerie pour vous fournir en bande dessinée fine et claire. Pas mieux que le titre car pour le reste ça reste du très convenu. Avec les forces et les faiblesses du genre. C’est sympa, ça se lit vite, c’est parfois rigolo avec le tonton un brin déjanté du héros dans les pattes mais ce n’est pas trop élaboré et ça tombe facile dans le cliché.

Point extrêmement positif, on en apprend un rayon sur l’ostréiculture dans l’eau douce et sans marée de l’étang de Thau, le plus grand d’Occitanie. Le propos est documenté et on sort moins bête des premières pages, ce qui n’est pas si difficile me concernant.

Pour le reste, suivez le guide. Léo Loden, ex-flic, a embrassé la profession de privé. Enquêteur un jour, enquêteur toujours, il doit démêler à quelques jours de Noël le vrai du faux dans la mort d’un ostréiculteur. Vacances interrompues, Loden obtient un délai de deux jours auprès de son épouse, sinon, gare à lui. Allez, on vous spoile, il va trouver le ou les coupables.

Cette aventure 27e du nom ne change rien au genre. On aime ou on n’aime pas. Je serais davantage ni pour, ni contre. Bien au contraire.

Écrit par Loïc Nicoloff
Dessiné par Serge Carrère
Édité par Soleil

CRUSADERS – T.2 : LES EMANANTS

Bienvenue au pays des méduses géantes de l’espace, des formes de vie diverses et variées et des vaisseaux interstellaires. En l’espèce, c’est l’union sacrée dans cette galaxie lointaine. Toutes les espèces, qui peuplent notre immense univers ou plutôt nos immenses univers, font front commun contre un ennemi qui a décidé d’éradiquer tout le monde. Cette nouvelle Société des nations se réunit à l’appel des Emanants qui ne souhaitent laisser personne sur le bord du chemin. Faut dire que les Largans, le peuple exterminateur, ne sont pas franchement des enfants de chœur.

Retour vers le futur avec ce deuxième épisode d’une série désormais bien installée. Avec des humains dans le rôle de simples quidams face à l’immensité des univers et de leurs lacunes technologiques. Une leçon d’infiniment petit pour notre espèce qui aime toujours à se croire le centre de tous les mondes. Une forme, aussi, de ce que nous vivons sur notre très chère planète en ce XXIe siècle débutant. Dans le rôle des Largans, choisissez le réchauffement climatique ou le virus de la Covid-19, et vous rendrez cette même histoire crédible.

Écrit par Christophe Bec
Dessiné par Leno Carvalho
Edité par Soleil

WILDERNESS

Adaptation du livre éponyme de Lance Weller, cet ouvrage mérite l’appellation de roman graphique. Tant il est fidèle au récit initial et tant le terme graphique porte bien son nom sous les crayons de Jo Bandini. C’est une forme de road-trip à l’ancienne à la fin du XIXe siècle d’un « old chap » sudiste sur les chemins de son passé quand le futur s’écrit en pointillé et que le bout de la route n’est pas forcément très loin. Le tout dans une région immaculée ou presque, le nord de la côte ouest des États-Unis.

Seul avec son chien, Abel Truman est laissé pour mort après une rencontre sauvage avec deux agresseurs. Il est sauvé de l’abysse par une tribu indienne et ne cessera de revivre sa vie. Avec ses nombreux échecs et ses quelques réussites. On navigue entre passé et présent avec toujours une violence sourde qui ne demande qu’à remonter à la surface. C’est noir et captivant, une sorte de passage au purgatoire où on fait le bilan et où on n’est pas sûr d’avoir fait les bons choix.

Cette adaptation est savoureuse. Elle l’est encore davantage quand on ajoute que Lance Weller en a accepté le principe car, tout-petit, il n’avait pas le droit de lire des comics. Vu le résultat, on ne blâmera pas forcément ses parents.

Écrit par Lance Weller
Adapté par Antoine Ozanam
Dessiné par Jo Bandini
Edité par Soleil

LE VAGABOND DES ÉTOILES – SECONDE PARTIE

Adaptation toujours et adaptation, encore, magistrale, cette fois de Jack London et de son Le Vagabond des étoiles. Riff Reb’s s’y est collé. Avec son talent. Avec sa liberté. Avec sa connaissance pointue des écrits de l’auteur de Croc-Blanc. Avec son expérience acquise lors de la mise en dessin de Le loup des mers, toujours de London. Cela donne une œuvre pleine de noirceur derrière les barreaux du pénitencier de Saint-Quentin en Californie et pleine de couleurs lorsque Darrell Standing s’échappe par la pensée de son état de prisonnier « camisolé ».

C’est évidemment, en creux, un pamphlet contre la dureté de la détention carcérale. Et plus en évidence, un manifeste contre la peine de mort même si en l’espèce, elle apparaît comme la liberté ultime même si on ne l’a pas choisie.

Dans cette seconde partie, Standing perpétue ses aventures extra-corporelles pour échapper aux traitements affligeants de ces geôliers. Des escapades permises par l’auto-hypnose et qui lui donnent la possibilité de vivre des vies passées. Entre ésotérisme et rationalisme, faites votre choix. Le nôtre est assumé, c’est un petit bijou.

Écrit par Jack London
Adapté et dessiné par Riff Reb’s
Édité par Noctambule

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