On a lu… Alien, le Huitième Passager

On a lu… Alien, le Huitième Passager

Alien

Des bandes dessinées sur la saga Alien il y en a des camions entiers et on pense souvent que l’exploitation en bd de cette franchise cinématographique a commencé avec le film de James Cameron. Pourtant en 1979, deux artistes ont mis sur pages le chef d’oeuvre cauchemardesque de Ridley Scott et le résultat dépasse les espérances.

Les adaptations en BD d’oeuvre cinématographique ne sont pas une panacée, souvent ces histoires sombrent dans l’erreur qu’ont commis les films Watchmen ou Sin City, celle de n’avoir pas compris la définition du mot «adaptation ». Excusez moi par avance ce coup de colère mais il faut que ça sorte : une bande dessinée ce n’est pas la même chose qu’un story-board, merde ! Tout réalisateur visionnaire croyant avoir eu une idée de génie en reproduisant telles quelles les planches d’une bd mériterait d’être guillotiné pour l’exemple. Du moins qu’on le castre parce qu’il faudrait pas que ça se reproduise des engins pareils.

Même si elles ont des choses en commun, la bande dessinée et le cinéma ont un langage spécifique et le propre de l’artiste est de savoir le traduire au moment du changement de médium. C’est le principe fondamental d’une adaptation et c’est ce qu’ont parfaitement compris Archie Goodwin et Walter Simonson quand ils ont du s’atteler à la difficile tâche de mettre au monde la bande dessinée tirée du film Alien. Comment utiliser la grammaire des cases pour restituer du mieux possible la peur qu’on pouvait ressentir à la vision du film de Ridley Scott ?

En un sens Alien, le film, était déjà la démonstration qu’on pouvait faire ressortir le meilleur malgré  les contraintes. La légende est connue : c’est en découvrant le costume de l’alien et son potentiel de ridicule en l’état que Scott décida de jouer de l’absence de lumière et de limiter au maximum les apparitions du monstre. Le résultat dépassa toutes les espérances et, à l’instar des Dents de la mer, on eut jamais autant les pétoches avec si peu d’effets à se mettre sous la dent. Restituer cette peur instaurée par le jeu des ombres ou bien encore le travail sur le son aurait été donc une tache quasi-impossible. L’intérêt de la BD Alien est donc de prendre à contre-pied ces effets cinématographiques et de jouer sur un tout autre registre en utilisant la force de la case dessinée.

Félicitations, c’est une fille !

Ce qui était alors caché dans l’ombre nous est maintenant clairement montré. Dans l’espace, personne ne vous entendra hurler mais dans la BD tout le monde vous verra mourir. Bien que suivant à la lettre l’intrigue et les grands moments du film, Goodwin et Simonson se permettent de réinterpréter certains passages afin d’en donner plus de forces sur papier. Ainsi nul besoin de jouer sur l’attente de ce qui va arriver à Kane, on sait tous qu’il devient contre son gré le premier homme qui accouche. Au lieu de cela, Simonson nous assène un direct au foie d’une rapidité surprenante, le tout dans un maelström sanguinolent.

Le Nostromo en noir et blanc

Le futur auteur d’un des plus grandioses run sur la série Thor a compris que la force de l’image pouvait remplacer ici la puissance des ténèbres du film. Le jeune Simonson nous conte l’histoire terrifiante de l’équipage du Nostromo avec une technique qui se cherche encore. On aperçoit ici et là le trait qui fera sa force associé à un style rappelant les grandes heures de Metal Hurlant, ce qui est au final peu étonnant la bd étant initialement paru dans la version américaine de la revue. Toutefois si l’édition française est de toute beauté on peut regretter de n’avoir pas eu également la version en noir et blanc tant la force du dessin de Simonson en aurait été augmentée.

Alors soyons clair, on ne va rien apprendre de neuf en lisant la bd et l’histoire suit celle du film. Toutefois la recherche graphique de l’ensemble en fait une oeuvre vraiment agréable à lire tant elle a su exploiter les spécificités de son média. Alien, la bande dessinée c’est aussi l’occasion de voir un duo d’artistes qui oeuvreront encore ensemble par la suite (le magnifique Manhunter) et  de retrouver le fabuleux Walter Simonson, un artiste malheureusement un peu oublié de nos jours alors qu’il offrit tant de bonnes histoires.

 

Alien, le huitième passager (Soleil Productions)

Ecrit par Archie Goodwin

Dessinée par Walter Simonson

Partager