On a lu Anita de Guido Crepax

On a lu Anita de Guido Crepax

Note de l'auteur

Anita, héroïne de Guido Crepax, maître italien de la BD érotique, est une dévergondée qui jouit grâce aux appareils de communication. Son imagination sexuelle a pris le pouvoir sur sa vie réelle. Anthologie d’une descente aux enfers du plaisir. 

ANITA C1 OK.inddL’histoire : jeune secrétaire au corps longiligne, Anita s’épanouit sexuellement grâce aux écrans des années 70, de son ordinateur et de sa télé, mais également grâce au téléphone. Cela stimule à tel point sa libido et son imagination qu’elle en perd peu à peu sa santé mentale. Mais l’attrait des objets pas encore totalement connectés est définitivement trop fort.

Mon avis : tout Anita en un seul volume. Ce recueil de quatre histoires (Anita, Allô Anita, Anita en direct et Anita en couleur) est complété par 85 pages d’inédits d’un des maîtres de la BD érotique. Guido Crepax a publié ces récits très imagés de 1974 à 1988. Ce qui frappe, c’est la capacité d’anticipation dont a fait preuve l’auteur italien. À tout prendre, on aurait pu largement compléter la série avec un cinquième volet consacré aux nouvelles technologies de notre temps. Sauf que le maestro est parti dans des mondes oniriques en 2003.

Anita, sublime naïade, se sent désespérément seule, mais comble aisément cette solitude, grâce à son poste de télévision qui s’apparente à une machine à fantasmes. L’onanisme est porté sur les fonts baptismaux avant que la boîte à images ne devienne elle-même l’objet masturbatoire.

Pas sauvée pour un sou, la créature aux courbes désarçonnantes se prend ensuite d’amour pour son téléphone qui lui procure les mêmes sensations que la télé. Elle voudrait ne jamais décrocher le combiné, ce qui déclenche tout, mais ne parvient pas à abandonner cette pratique qui vire au bondage soft. Cela lui permet des aventures rêvées avec tout ce que la création compte de bizarreries. Tels cet énorme lézard ou encore ce plombier ultra-dérangé avec qui elle a une relation sexuelle.

L’ordinateur de son travail ne lui laissera pas davantage de tranquillité. Éperonnée par des personnages virtuels, elle perd pied dans cette réalité créée de toute pièce. Il sera ensuite temps de copuler avec des canards ou un super-héros, des footballeurs américains, des pilotes de F1 et des boxeurs… La litanie des prétendants virtuels n’étant pas près de s’arrêter.

Cela reste une BD érotique, dérangeante par instants, excitante à d’autres, sans tomber dans le vulgaire. Une œuvre parfois aussi indigeste quand on cumule à la file les quatre aventures. Cette addiction aux « choses » modernes de l’époque est un avant-goût de ce qu’on trouvera 40 ans plus tard.

Si vous aimez : la BD érotique conceptuelle dont Crepax est le héraut. Ce qui lui valut ce titre sublime dans l’Humanité du 4 août 2003, le lendemain de sa mort : Guido Crepax ou le dessin qui bande.

En accompagnement : une douce ou un doux compagn(e)on (ou plusieurs) pour libérer son imagination libidineuse.

Extraits : « Assez… assez… je ne ferai plus ce que dit le téléphone ! »

« Je ne réponds plus ! »

Dring, dring, dring…

« Je n’ai pas répondu ! Je n’ai pas répondu ! Je l’ai fait… »

« Dorénavant, il ne me commande plus. »

Sortie : 15 juin 2016, Delcourt, 22,95 €, 216 pages.

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