On a lu… Batman Anthologie

On a lu… Batman Anthologie

Note de l'auteur

Batman Anthologie

Et de quatre ! Après les anthologies consacrées à l’univers DC, à Jack Kirby et à Superman, Urban Comics vient de nous gratifier d’un nouveau tome de leur excellente collection. Direction les ruelles sombres de Gotham City pour l’anthologie du Chevalier noir.

 

On a des éditeurs français assez formidables, il faut bien le dire. Ils ne sont pas parfaits bien sûr, il y aura toujours des choses à leur reprocher à tort ou à raison, mais tout de même. Entre des petits éditeurs qui arrivent à nous trouver des petites merveilles tels que Fear Agent ou Locke & Key, un Delcourt qui nous propose de la série à succès (Walking Dead, Hellboy) et de l’œuvre plus confidentielle (Bêtes de somme, Irrécupérable) et Panini qui reste imbattable en terme de ratio quantité/prix pour ses revues kiosques, le lecteur français est bien choyé.

 

Et le dernier arrivé dans ce milieu n’est pas en reste, et l’a prouvé dès ses débuts en créant ses anthologies. Car mine de rien, ces volumes épais proposant de retracer la carrière d’un auteur ou d’un personnage sont des créations de l’éditeur qui y investit beaucoup de temps. Ceux-ci sont de plus de véritable portes d’entrée de luxe pour des lecteurs néophytes de la BD ou des comics, qui trouvent là une sélection d’épisodes marquants, accompagnés d’un éditorial très complet. A première vue, on pourrait croire que Batman n’a pas vraiment besoin d’une anthologie tant le personnage est populaire et ancré dans la culture populaire. Les comics avec le logo de la chauve-souris sont toujours un succès, et même à notre petit niveau, on constate que vous êtes plus nombreux à nous lire dès qu’on parle des aventures de Batman.

 

Rien n’est plus faux pourtant, et la lecture de l’anthologie permet de retracer une riche carrière et de tordre le cou à quelques idées reçues. Hé oui même le justicier de Gotham City trimballe quelques clichés que le lecteur se fait à son sujet : Batman est un « psychopathe », il est un héros urbain et solitaire, son environnement est noir, etc etc. On remarquera que ces idées fausses ont pour but de mettre en valeur le personnage, à la différence d’un Superman pour qui elles contribuent à le dévaloriser. Si l’intention est louable, il est tout de même regrettable qu’on néglige certains aspects du personnage arrivant parfois à cette affirmation ubuesque : Batman n’est pas un super-héros.

 

Detective Comics #33

Structurée en quatre parties, l’anthologie Batman a donc comme projet de nous proposer un panel exhaustif de la carrière de Batman, et par là même de nous démontrer sa diversité. Tout commence en 1939 avec le premier épisode de ce qu’on appelle alors The Bat-Man, et ce qui nous frappe très vite avec les épisodes regroupés dans cette première partie (intitulé Dynamique Duo et couvrant une période allant de 1939 à 1954), c’est de voir avec quelle rapidité et quelle concision la mythologie du personnage se met en place. Quatorze cases ! Il suffira de seulement quatorze cases pour définir l’origine de Batman (le meurtre des parents de Bruce, le serment, la longue préparation, le choix de l’emblème) qui est encore aujourd’hui d’actualité. Une telle puissance dans la concision force le respect, à l’heure où certains scénaristes ont besoin de plus de deux heures de film pour tenter vainement de raconter les premières aventures d’un héros.

 

Detective Comics #38

En à peine trois ans se construira la majorité de la mythologie encore en vigueur de Batman. La plupart de ses grands ennemis (le Joker, le Pingouin, Double-Face, Catwoman etc) seront ainsi créés durant les premières années du héros. Toutefois, l’anthologie s’attarde peu sur le bestiaire classique des ennemis de Batman et préfère se concentrer sur la Bat-Family (on pourra ainsi lire le fameux Detective Comics #38 qui voit la première apparition de Robin ou bien encore Batman #49 avec l’arrivée de la journaliste Vicky Vale) mais aussi, et surtout, sur les auteurs dans l’ombre de la chauve-souris. L’anthologie rend ainsi à César ce qui est à César en remettant à sa juste place le rôle de Bob Kane dans la création de Batman, et en mettant en avant les apports fondamentaux de Bill Finger, Jerry Robinson ou bien Dick Sprang, qui illustre l’origine de l’équipe Superman/Batman dans World’s Finest Comics #94 dans la deuxième partie de l’anthologie.

 

Cette deuxième partie, Croisé en cape, est probablement le meilleur exemple de la capacité de Batman à évoluer en suivant l’évolution des mœurs, des modes et des époques. En l’espace d’une quinzaine d’années, l’univers de Batman va radicalement changer et prouver qu’il n’existe pas en une version unique et figée. Comme tous ses camarades, notre héros sera victime de la croisade menée contre les comics durant cette période et ses aventures s’en ressentiront. Versant largement dans la science-fiction (on peut voir l’arrivée du Batman de l’an 3055), les aventures de cette période seront oubliées durant des années, jusqu’à ce que Grant Morrison les inclue de nouveau dans son travail de synthèse sur le personnage.

 

Detective Comics #359

Deux événements vont changer la donne. C’est tout d’abord l’arrivée de Julius Schwartz en 1964, l’homme qui fut à l’origine de l’âge d’argent des comics avec la création de personnages tels que Martian Manhunter, et les nouvelles versions de Flash et Green Lantern (celles que nous connaissons encore aujourd’hui) vont modifier en profondeur le personnage. Nouveau costume (le fameux logo jaune), nouveaux gadgets et nouvelle ambiance, le Batman est prêt à entrer dans une ère moderne symbolisée notamment par ses aventures dans le quartier bohème de Gotham. Dans cette entreprise, Schwartz est aidé notamment par le dessinateur Carmine Infantino et les scénaristes Gardner Fox et John Broome. Leurs apports peuvent s’apprécier dans les deux derniers épisodes de cette partie : La menace du masque mystérieux (Detective Comics #327) et Les débuts fracassants de Batgirl (Detective Comics #359) qui comme son nom l’indique, nous conte la première apparition de l’héroïne. Apparition influencée par le deuxième grand événement de cette période, à savoir la série télé Batman avec Adam West qui, bien avant le film de Tim Burton, déclencha une Batmania comme nulle autre pareil.

 

Les années 70 arrivent avec leurs cortèges de révolutions sociétales et leurs grands bouleversements. C’est l’époque où une nouvelle génération de scénaristes veut injecter du sang neuf dans les comics, ils veulent parler des problèmes de drogue, de jeunesses perdues, de violences, de racisme et de pauvreté. C’est bien entendu l’arrivée de Dennis O’Neil et Neal Adams, le duo qui va révolutionner les comics à cette époque (sur Batman bien sûr, mais surtout sur la série Green Lantern/Green Arrow dont Urban rééditera les épisodes au mois de juin, rendez-vous est pris) grâce aux fabuleux dessins d’Adams faisant de Batman une figure iconique belle et terrifiante (son travail au niveau des mouvements de la cape est à tomber).

 

Detective Comics #474

Et si l’épisode Le secret des sépultures vacantes (Detective Comics #395) ne vous a pas achevé, préparez vous au K.O fulgurant avec Ricochet de Deadshot (Detective Comics #474) qui voit l’apparition d’un célèbre ennemi, mais donne surtout la possibilité de s’en prendre plein les mirettes avec les dessins de Marshall Rogers dont le Batman est souvent considéré comme la version définitive. On espère qu’à l’instar du recueil consacré à Jim Aparo, Urban éditera ceux consacrés à ce grand dessinateur. Enfin, pour conclure cette période de grand changement tant sur le plan graphique que narratif (la série commence ainsi à inclure des histoires courant sur plusieurs numéros) on peut également lire On recherche : Le père Noël… Mort ou vif (DC Special Series #21) dont la particularité est d’être dessinée par un Frank Miller encore à quelques années de créer son chef d’oeuvre.

 

 

 

Detective Comics #633

1986 : The Dark Knight Returns, 1987 : Batman, Year One. En l’espace d’un an, et suite au grand reboot de DC Comics (Crisis On Infinite Earths) et la parution également de Watchmen, Batman (et tous ses camarades) ne sera plus jamais le même. 1987 c’est aussi l’année où Mike W Barr et Alan Davis vont nous offrir une relecture des origines du personnage tout en la liant à une évolution de celui-ci vers une stature plus dure, solitaire et taciturne, et tout en préfigurant les terribles drames à venir (la mort de Jason Todd). Mon commencement et ma probable fin (Detective Comics #574) est une magnifique entrée en matière pour cette quatrième partie, Chevalier noir, couvrant la période allant de 1986 jusqu’à 2011. Si l’épisode du duo Paul Dini/J.H. Williams III (Les belles gens) et celui de Greg Rucka/Rick Burchett (Prendre l’air) sont très bons notamment dans leurs descriptions de la faune de Gotham et celle d’un Batman plus obsédé par sa mission que jamais. Le petit bijou de cette partie (voire de l’anthologie) est bel et bien Crise d’identité (Detective Comics #633) écrit par Peter Milligan et dessiné par Tom Mandrake dans lequel Bruce Wayne découvre, horrifié, qu’il n’est pas Batman ! Formidable épisode schizophrénique de la part d’un des fameux scénaristes d’Hellblazer, Crise d’identité est une grande histoire dont on serait prêt à parier qu’elle influença les scénaristes de Buffy, the vampire slayer pour l’épisode Normal Again (6.17).

 

Batman & Robin Annual #1

Composée de deux épisodes, la dernière partie de l’ouvrage, Renaissance, est l’occasion pour offrir en avant première l’épisode Batman #21 ouvrant l’arc L’an zéro de Scott Snyder et Greg Capullo (qu’on pourra lire dans la revue Batman Saga) mais surtout pour lire le premier annual de l’excellente série Batman & Robin. Cette série qui met en avant la relation entre Bruce Wayne et son fils Damian est peut-être la grande surprise du Bat-universe après le relancement de 2011. Drôle et touchant, cet épisode participe à renforcer cette relation magnifique de l’homme qui perdit dramatiquement ses parents lors d’une nuit terrible qu’il n’oubliera jamais.

 

 

 

Personnage aux multiples visages qui arrive à se recréer sans cesse en restant fidèle à ses versions précédentes, Batman est également un des personnages qui a permis à nombre de grands artistes de s’exprimer pleinement. Il faut donc saluer le travail des petits gars de l’équipe d’Urban pour avoir su retranscrire toute cette diversité et cette qualité au sein de cet ouvrage. Et de quatre ! Quatre anthologies qu’on range fièrement dans notre bibliothèque, c’est dire qu’on attend la prochaine, celle consacré au Joker, avec impatience.

 

 

 

 

Batman Anthologie (DC Anthologie, Urban Comics, DC Comics) comprend les épisodes :

 

  • Detective Comics #27 écrit par Bill Finger et dessiné par Bob Kane
  • Detective Comics #33 écrit par Bill Finger et dessiné par Bob Kane et Sheldon Moldoff
  • Detective Comics #38 écrit par Bill Finger et dessiné par Bob Kane et Jerry Robinson
  • Detective Comics #83 écrit par Don Cameron et dessiné par Jack Burnley
  • Batman #49 écrit par Bill Finger et dessiné par Lew Sayre Schwartz
  • Detective Comics #216 écrit par Ed Hamilton et dessiné par Dick Sprang
  • World’s Finest Comics #94 écrit par Ed Hamilton et dessiné par Dick Sprang
  • Detective Comics #327 écrit par John Broome et dessiné par Carmine Infantino
  • Detective Comics #359 écrit par Gardner Fox et dessiné par Carmine Infantino
  • Detective Comics #395 écrit par Dennis O’Neil et dessiné par Neal Adams
  • Detective Comics #442 écrit par Archie Goodwin et dessiné par Alex Toth
  • Detective Comics #474 écrit par Steve Englehart et dessiné par Marshall Rogers
  • DC Special Series #21 écrit par Dennis O’Neil et dessiné par Frank Miller
  • Detective Comics #574 écrit par Mike W.Barr et dessiné par Alan Davis
  • Detective Comics #633 écrit par Peter Milligan et dessiné par Tom Mandrake
  • Detective Comics #711 écrit par Chuck Dixon et dessiné par Graham Nolan
  • Detective Comics #757 écrit par Greg Rucka et dessiné par Rick Burchett
  • Detective Comics #821 écrit par Paul Dini et dessiné par J.H. Williams III
  • Batman and Robin Annual #1 écrit par Peter J. Tomasi et dessiné par Ardian Syaf
  • Batman (v2) #21 écrit par Scott Snyder et dessiné par Greg Capullo

 

Prix : 25 €

Partager