On a lu… Batman – No man’s land tome 1

On a lu… Batman – No man’s land tome 1

Note de l'auteur
Batman - No Man's Land tome 1

Batman – No Man’s Land tome 1

Imaginez que l’endroit où vous vivez depuis des dizaines d’années soit ravagé par une catastrophe naturelle. Imaginez que la ville que vous parcourez jour après jour vous devienne totalement inconnue du jour au lendemain. Imaginez que les habitants avec qui vous avez célébré de grands moments se transforment en ennemis. Imaginez que la ville où vous avez connu les joies de l’amour et la souffrance de la perte, soit abandonnée par votre pays. Bienvenue à Gotham City.

 

Contrairement à une idée reçue qui circule encore, les comics de l’univers DC ont bel et bien fait partie intégrale du paysage éditorial français depuis des dizaines d’années. Les publications de Batman, Superman, Flash etc etc furent légion, notamment grâce aux éditions Arédit et Sagéditions. Si on a le sentiment de n’avoir été biberonné qu’aux héros Marvel, c’est surtout parce que les éditions Lug faisaient un travail remarquable et imposaient une revue de référence avec Strange, là où ses concurrents multipliaient les revues sans faire trop de suivi et sans imposer un vrai sommaire.

 

Il y eut toutefois une période véritablement creuse à la fin des années 80, quand ces deux éditeurs coulèrent et que personne sur l’instant ne reprirent les droits de DC Comics. Alors en position de monopole, Lug aurait pu reprendre les aventures de ces héros et ceux d’autant plus qu’avec la fin de Crisis on Infinite Earths¹ et la relance des titres, l’éditeur aurait pu proposer des séries débutant à peine tel que le Superman de John Byrne ou le Wonder Woman de George Perez.

 

No man's Land #1

No man’s Land #1

Bien que les héros vécurent des aventures en albums librairie (enfin surtout Batman), le véritable retour de DC Comics eut lieu en 1999 avec l’arrivée d’une nouvelle équipe éditoriale au sein de Semic qui fit petit à petit, un travail de défrichement assez incroyable, via des albums et des magazines tel que Batman, Superman ou Special DC. On connaît la suite, Panini prit le relais puis Urban aujourd’hui, chacun posant sa pierre à l’édifice.

 

Le lecteur amateur de super-héros de DC comics connut donc une période de disette et une grande partie des histoires de l’éditeur ne furent pas éditées chez nous. Après Semic et Panini, Urban participe à combler ce manque via principalement sa collection DC Classiques, qui compile les histoires sorties entre 1986 et 2011. C’est à dire celles situées dans l’univers né après Crisis on Infinite Earths et qui prendra fin avec Flashpoint et la mise en place des New 52. En ce qui concerne notre justicier de Gotham d’amour, voilà donc que débarque ce mois-ci le premier tome d’une de ces sagas souvent évoquée, mais jamais parue chez nous : No man’s Land.

 

Ravagée par un tremblement de terre, Gotham City est également abandonnée par les autorités gouvernementales qui l’isolent du reste des États Unis. Des mois plus tard, Batman revient à Gotham, décidé à reprendre la ville en mains. Mais celle-ci est découpée en fiefs régis par ses pires ennemis…

 

Faisant suite à Batman – Cataclysme, Batman – No man’s land est une redistribution totale des cartes dans l’univers de la chauve-souris. En abordant les premières pages du premier album d’une série qui en comptera six, le lecteur plonge dans une atmosphère digne d’un film post-apocalyptique. On n’est pas dans Mad Max 2 mais on en n’est pas loin. Ravagée, la ville de Gotham n’est plus que l’ombre d’elle même et toute sa géographie est modifiée. Abandonnée, elle cache en son sein une multitude de gangs et de groupes aux buts divers. Chaque clan revendique un territoire, la loi du plus fort prime, et le fort dévore le faible.

 

L'épouvantail attise les peurs

L’épouvantail attise les peurs

Certains, comme Le Pingouin, sont comme des coqs en pâte dans ce nouvel univers où le chaos règne, tandis que d’autres (les pauvres, les faibles, les opprimés, les sans voix) tentent tant bien que mal de survivre. Si les hommes de la police de Gotham sont toujours là, autour du commissaire Gordon, ils semblent eux aussi s’être métamorphosés dans cet environnement. Les règles ne sont plus les mêmes et on se demande souvent si la ligne rouge ne va pas être franchie. La peur est partout et permet de manipuler jusqu’aux êtres les plus bons comme nous le montre l’arc consacré à l’Epouvantail.

 

Batman lui-même n’est pas invulnérable face à ce changement. C’est d’ailleurs un des excellents aspects de la série. Batman est lié à Gotham et vice-versa. Elle est sa ville, sa tanière, mais quand celle-ci change du tout au tout, alors son maître doit se ré-adapter. N’arrivant que vers la fin du premier quart du tome, le chevalier noir n’est clairement pas en odeur de sainteté dans la ville détruite, et même un homme comme Gordon le rejette estimant qu’il a abandonné Gotham et ses habitants.

 

Le Pingouin utilise les jeux pour contrôler le peuple

Le Pingouin utilise les jeux pour contrôler le peuple

Ce premier tome de No man’s land nous montre donc comment Batman doit se ré-adapter à la ville et aux nouveaux codes qui la régissent. Le tag devient indispensable en tant que marqueur de territoire, et notre héros doit apprendre à ne plus compter sur la technologie et à composer avec les criminels. Tout en recréant son mythe, il prend conscience que certains de ses anciens ennemis sont devenus indispensables à la survie des gens qu’il défend.

 

Contrairement à Batman – Cataclysme (dont la compilation faisait ressortir le caractère répétitif de l’histoire facilement évitable en lecture mensuelle), Batman – No Man’s Land est une saga dont la construction paraît bien plus limpide et supporte ainsi les changements de format. Réparties sur plusieurs séries, les histoires se décomposent en plusieurs arcs gérés chacun par une même équipe créative. Cela donne au tout une grande cohérence, beaucoup de peps au récit, et permet aux auteurs de mieux s’exprimer en pouvant construire un récit de A à Z.

 

Mélange d’histoire post-apocalyptique et de récit super-héroïque, Batman – No man’s land est également une proposition d’étude d’un microcosme social à l’échelle d’une ville. On n’atteint certes pas la puissance foudroyante d’un Oz, mais la proposition est suffisamment intéressante et bien maîtrisée pour qu’on ne passe pas à coté.

 

 

 

Batman – No Man’s Land tome 1 (DC Classiques, Urban Comics, DC Comics) comprends les épisodes US de :

  • Batman : No man’s Land #1, Batman : Shadow of the bat #83, Batman #563, Detective Comics #730 => Écrits par Bob Gale et dessinés par Alex Maleev
  • Azrael : Agent of the bat #52 => Écrits par Dennis O’Neil et dessinés par Roger Robinson
  • Batman : Legends of the dark knight #116, Batman : Shadow of the bat #84, Batman #564, Detective Comics #731 => Écrits par Devin Grayson et dessinés par Dale Eaglesham
  • Batman : Legends of the dark knight #117, Batman : Shadow of the bat #85 => Écrits par Ian Edginton et dessinés par D’israeli
  • Batman #565, Detective Comics #732 => Écrits par Greg Rucka et dessinés par Frank Teran
  • The Batman Chronicles #16 => Écrit par Greg Rucka et dessiné par Jason Pearson

Prix : 28 €

 

 

 

¹ Vaste event publié entre 1985 et 1986, il narre le truc habituel à savoir tous les super-slips contre un grand méchant. Mais n’empêche que c’est vachement bien. L’intérêt de cet event est surtout qu’il fut conçu afin de réunifier tous les personnages de DC Comics et les faire évoluer ensuite dans le même univers.

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