On a lu… Calvin et Hobbes de Bill Watterson

On a lu… Calvin et Hobbes de Bill Watterson

Deux petits anges

Toujours à l’occasion du 41ème festival internationale de la bande dessinée de la ville d’Angoulême et après un Top 5 des œuvres de l’hippie anarchiste anglais, on revient maintenant sur Bill Waterson et son chef d’œuvre. Une chronique un peu spéciale aujourd’hui en forme d’hommage et de confidence.

 

Commençons par la confidence : je n’ai pas vraiment découvert Calvin et Hobbes. Je n’ai jamais fouillé les bacs à BD et, curieux d’une couverture d’un album, entamé la lecture des aventures de ce gamin de six ans et de son tigre en peluche (ou pas). Pourtant je me rappelle le jour où ils me sont tombés dessus, c’était un samedi et il pleuvait. C’était un de ces jours pourris de novembre en Seine-et-Marne. Le genre de samedi où tu regardes le paysage à la fenêtre de la cuisine et contemple des champs boueux et un ciel gris. Le genre de samedioù tu envisages sérieusement d’aller te faire arracher une dent ou d’écouter un album de Benabar plutôt que de rester là. Heureusement tu es sauvé par ta mère qui te propose d’aller à la médiathèque faire une razzia de livres, VHS et CD. Bénies soient les médiathèques et Môman.

 

A l’époque j’étais souvent suivi par un espèce d’être gentil, petit, mignon mais un peu relou dont le nom scientifique est : Petit frère. Tandis que je vaquais dans les rayonnages de livre d’horreur pour trouver un Stephen King que je n’avais pas encore lu, mon petit frère squattait les bacs à BD. Une fois retournés dans notre trou de Hobbit et en attendant que mère nous appelle pour le manger (salade de patates en entrée, patate au four avec de la viande en plat principal et patate au chocolat au dessert, c’était pas compliqué pour nous nourrir) mon frère me montrait ses acquisitions, et le voilà qui me conseille de lire cette BD à couverture souple représentant un gamin s’apprêtant à réveiller ses parents d’un coup de trompette.

 

Calvin et l’école

Moi qui m’attendais à feuilleter distraitement les pages de ce que je pensais être un ersatz de BD telles que le Petit Spirou Cédric, je comprends bien vite mon erreur. Alors que j’avais initié mon frère aux joies de la BD et lui avait légué ma collection de Pif Gadget, Journal de Mickey et autres albums de Leonard ou des Schtroumpfs, le voilà qui venait de me rembourser cette découverte avec en plus des intérêts. Je venais de plonger dans l’univers de Calvin et Hobbes, et mon monde ne serait plus comme avant !

 

Bill Watterson

Passons aux faits : Bill Waterson est né en 1958 à Washington D.C, part ensuite vivre avec sa famille dans l’Ohio, se passionne très vite pour le dessin, fait des études de sciences politiques, se marie, devient  caricaturiste politique, se fait rapidement virer et continue sa petite vie jusqu’en 1985 où ce terroriste commet l’attentat le plus sanglant contre la bêtise humaine. C’est le 18 novembre 1985 que paraissent les premières histoires de Calvin et Hobbes, et pendant dix ans, la série sera publiée dans des centaines de journaux et recevra de nombreux prix consacrant son auteur.

 

Strip de généralement quatre cases en semaine et d’une pleine page au format italien le dimanche, Calvin et Hobbes nous raconte le quotidien de Calvin. Celui-ci est un adorable gamin de six ans dont on se demande pourquoi tout le monde s’énerve contre lui jusqu’à ce qu’il ouvre la bouche et qu’on comprenne. Calvin n’a pas sa langue dans la poche, déborde d’idées farfelues et contemple le monde avec ses yeux d’enfants d’une lucidité terrifiante.

 

« La réalité virtuelle n’a aucune chance face à Calvin »

 

Dans le monde de Calvin, on croise son père qui tente d’inculquer à son fils des valeurs saines face à une télévision omniprésente dans la vie de son fils, une mère aimante mais dont on se demande comment elle fait pour ne pas trucider son gamin, Susie, la camarade de classe qu’il essaye de terroriser, Miss Wormwood sa maîtresse d’école, ou bien encore Rosalyne sa baby-sitter qui est peut-être la seule personne qui le terrifie. Et bien sûr, il y a Hobbes, son tigre en peluche avec qui il vit mille et une aventures. Hobbes est plus rationnel et détaché que Calvin, ce qui ne l’empêche pas de participer à ses bêtises.

 

Calvin & son père

Alors que ses parents et toute autre personne voit Hobbes comme une peluche, Calvin le voit comme un véritable tigre avec qui il peut converser. Toute la force de l’histoire, sa percussion et son intelligence tient dans cette ambiguïté qui n’est jamais levée. Hobbes est-il réel ou bien Calvin s’imagine t-il son ami ? Toute la série est à l’image de cette ambiguïté. A la fois onirique et poétique, mais également très terre-à-terre et critique. En limitant au maximum les références géographiques, culturelles ou sociétales (les parents de Calvin n’ont pas de nom ou de prénom, nous ne savons pas où ils vivent exactement, il n’y a aucun nom de vedette ou de star par exemple), Watterson a donné vie à une série dont le propos dépasse les frontières et dépassera le temps.

 

Le seul référent que l’auteur s’impose est celui du temps qui passe. Ainsi les strips suivent les différentes époques de l’année et l’on peut voir Calvin faire des bêtises en été, commettre des forfaits pendant que les feuilles tombent, être sage pour avoir des cadeaux à Noël, repartir de plus belle en faisant des batailles de boule de neige, et ainsi de suite pendant dix ans. Car, bien que le temps passe, celui-ci reste figé dans l’univers de Calvin, et le petit garçon est et restera toujours un petit garçon.

 

Calvin et Hobbes

Calvin et Hobbes est une série qui ne connaît de contrainte que celles que fixe l’imagination, et celle d’un gamin de six ans est illimitée. Quand il n’est pas en train de faire des bonhommes de neiges incroyables et délirants ou d’embêter Susie, il s’imagine vivre de grandes aventures où il est Spif le cosmonaute, Hyperman le super-héros ou bien un dinosaure qui détruit tout dans la ville.

 

A bien y regarder de plus près, le seul moment où Calvin est bridé, c’est devant la télévision. Celle-ci le transforme en véritable légume et c’est alors l’occasion pour Watterson d’une critique sans concession des conneries que le petit écran débite. Il n’est pas le seul à s’attirer les foudres de l’auteur car Calvin et Hobbes est aussi une œuvre dans laquelle Watterson peut philosopher, analyser et critiquer sa société pour mieux en rire. Télévision, école, monde de l’art, société, etc. etc. : personne n’y échappe. Au même titre que leurs illustres homonymes, Calvin et Hobbes commentent un monde que l’on peut juger bien mal en point.

 

Œuvre incroyable dont l’intelligence du propos se marie totalement et parfaitement aux rires, Calvin et Hobbes n’est rien de moins qu’une fable moderne héritière des écrits de La Fontaine. En dix ans, Watterson nous offrira des centaines d’histoires drôles, touchantes, réflexives et intelligentes, tout en restant en accord avec lui-même et sa création. Sa volonté d’arrêter la série alors en pleine gloire, parce qu’il estimait avoir tout dit et son désir de ne pas exploiter ses personnages via des produits dérivés ne peut que faire valoir le respect.

 

« Parfois je pense que la meilleure preuve qu’il existe des formes de vie intelligente quelque part dans l’Univers, c’est qu’aucune n’a essayé de nous contacter »

 

Calvin et Hobbes aux éditions Hors Collection

Écrit et dessiné par Bill Watterson

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