On a lu… Captain America – La légende vivante & L’hiver meurtrier

On a lu… Captain America – La légende vivante & L’hiver meurtrier

Note de l'auteur

Captain America – L’hiver Meurtrier

Bon, ça y est, vous avez vu la bande-annonce du prochain Captain America (sinon c’est ici) ! Très bien, maintenant quoique vous en pensiez, que vous l’ayez appréciée ou trouvée à chier, il n’en reste pas moins qu’il y a un fait incontestable : l’histoire dont s’inspire le film est l’une des meilleures histoires de Captain America, mais également l’un des meilleurs comics des années 2000. Fais ton paquetage soldat, on part en campagne.

 

On connaît quasiment tous l’histoire. Créée en 1940 par Joe Simon et Jack Kirby, la série Captain America raconte les aventures de Steve Rogers, un américain malingre qui désire ardemment aller combattre les nazis, mais que sa faible constitution fait révoquer de l’armée. Toutefois, il est repéré par le professeur Erskine qui lui demande de participer à un projet secret destiné à créer un être aux capacités extraordinaires. Après s’être fait injecté le sérum du super-soldat, Steve développe une musculature imposante et des pouvoirs bien au-delà de la normale. Victime d’un attentat, Erskine meurt avant d’avoir pu dupliquer son travail. Steve Rogers devient donc un être unique qui va combattre les nazis sous l’habit de Captain America.

 

Captain America #4 – dessin de Steve Epting

Énorme succès durant les années 40, le personnage périclita durant les années 50. Mais quand Stan Lee décide de le ressusciter en 1964 dans Avengers #4 (en imaginant un Captain retrouvé enfoui dans la glace depuis la fin de la guerre), il lui offre alors un nouvel âge d’or. On a dit beaucoup d’idioties sur Captain America : personnage insipide, nationaliste, fasciste, représentation « vivante » de l’hégémonie américaine, ringard etc. On a dit beaucoup de choses fausses, mais on a rarement dit une chose : la série Captain America est une série passionnante dont la qualité a rarement failli.

 

Qu’elles soient dessinées par Kirby ou Jim Steranko (dont on peut admirer les dessins dans la troisième intégrale Captain America sortie en septembre), écrites par Englehart (qui offrira un arc magnifique dans sa résonance avec la récente affaire du Watergate), reprises par Roger Stern et John Byrne, ou bien suivies durablement par Mark Gruenwald (putain dix ans), les histoires de Captain America passionnèrent les lecteurs avides d’aventures palpitantes, de récits d’espionnage, politique et de science-fiction. En 1995, Mark Waid conclura magnifiquement les aventures de ce grand héros avant la mise en place d’Heroes Reborn¹.

 

Pris en charge par Rob Liefeld, la deuxième série Captain America fut, pour être poli, très déceva…………… non mais en vrai, c’est une sombre merde qui donne envie de s’arracher les yeux et de les faire bouffer aux débiles qui ont eu l’idée de confier la série à ce tocard de Liefeld ! Bref, après la déconvenue Heroes Reborn, Waid revient aux commandes pour une troisième série Captain America toujours d’excellente qualité. Si la quatrième série Captain America lancée en 2002 par John Rieber et John Cassaday n’eut pas le succès escompté. La cinquième écrite par Ed Brubaker et dessinée (durant les premières années) par Steve Epting s’imposa vite comme un monument de son époque.

 

Captain America – La Légende Vivante

En plaçant son récit dans l’après 11/09, Brubaker plonge Captain America dans un état très déstabilisant ; mis en valeur dès le premier numéro qui s’ouvre sur la mort du Red Guardians (l’équivalent soviétique de Captain America) et se clôture sur la mort de Crâne Rouge par un tireur inconnu. Brubaker joue moins sur l’anachronisme d’un personnage hors de son temps, que sur la fin d’une période et le début d’une nouvelle ère plus instable. Au fur et à mesure des pages, Captain America apparaît alors comme un phare dans la nuit, et la personnification de principes humanistes dans une époque où ceux-ci sont bafoués.

 

Après avoir été maltraité durant ces dernières années (et notamment par un Mark Millar qui arriva à imposer sa version beauf et réac’ dans The Ultimates), Ed Brubaker redonne à Captain America ses lettres de noblesse. Il est aidé en cela par un Steve Epting en très grande forme qui magnifie totalement le super-soldat, et crée un environnement où le réalisme côtoie sans aucune gêne la science-fiction. La noblesse du personnage passe aussi par l’évocation régulière de son passé : la série est truffée de renvois à la Seconde Guerre mondiale où l’on assiste aux exploits extraordinaires de Captain America, mais également de Bucky, Namor, la première Torche Humaine et son acolyte Toro. Ce retour dans le temps sera d’ailleurs l’occasion pour Brubaker de régler son compte au Captain America version Millar, lors d’un épisode se déroulant à Paris, et où notre héros rend hommage aux résistants et au peuple français².

 

Ces flash-backs vont cependant avoir une utilité bien plus importante que l’on aurait pu croire au premier abord : ils vont non seulement permettre de fortifier la légende Captain America, mais également explorer des zones d’ombres de sa vie et préparer aux grands changements que Brubaker envisage pour le personnage. Et tout cela tient en un nom : Bucky Barnes.

 

Steve Epting

Jeune homme devenu le sidekick de Captain America, Bucky périra peu avant la fin de la guerre lorsqu’il tenta de stopper un avion qui explosa en pleine mer. Si Cap fut congelé dans le froid à ce moment-là, Bucky quant à lui y perdit la vie. La mort de Barnes fut un élément fondateur du personnage durant de nombreuses années tant Rogers se sentait coupable pour la mort de son ami.

 

Bien que conscient de cet état de fait, le lecteur voyait en Bucky un personnage gentillet, sorte de Robin pour le héros à la bannière étoilée. Brubaker va rapidement dynamiter cette image et va, dans une logique à cheval entre réalisme et fantastique, redéfinir le personnage de Bucky pour nous le montrer sous un jour nouveau. Si ce dernier reste toujours le compagnon et ami fidèle de Captain America, son coté sidekick bon enfant est laissé de côté pour une caractérisation autrement plus intéressante. Alors que Captain America par son statut ne peut forcément pas se salir les mains, Bucky lui peut agir. Ce dernier nous est alors présenté comme un soldat doué pour l’infiltration et l’assassinat, dont la place est totalement justifiée au sein du commando de Cap.

 

Le soldat de l’hiver

Le duo Captain America/Bucky Barnes acquiert une nouvelle dimension permettant à Brubaker de proposer une variation intéressante sur l’idée d’un héros en souffrance car icône d’un pays gangrené. En effet, non seulement l’auteur met en valeur Bucky dans le passé, mais commet le tabou suprême de ressusciter Bucky à notre époque. En s’appuyant sur une explication géniale qu’on vous laisse découvrir, Brubaker va offrir à la série un personnage qui s’impose très vite dans l’univers Marvel par son charisme. Bucky Barnes, alias le soldat de l’hiver, est tout simplement incroyable et permet à Brubaker de revenir aux sources de la série avec un nouveau personnage en décalage avec son époque.

 

En étant à l’origine de la seconde naissance de Bucky, Ed Brubaker se permet alors de jouer avec ce personnage tout en laissant relativement tranquille la stature de Captain America. Mais qu’on ne s’y trompe pas, à travers le soldat de l’hiver c’est bien de Steve Rogers dont on parle. Un Steve qui ne nous a jamais paru aussi imposant mais également aussi fragile et peu confiant en son pays. Cette cassure prendra alors forme avec les événements de Civil War durant lesquels Rogers prendra la tête des héros s’opposant au gouvernement. Bien que Brubaker se sorte bien du difficile exercice de devoir adapter sa série aux événements éditoriaux de Marvel, on ne peut que regretter de voir son récit se mettre en pause durant plusieurs numéros.

 

En mélangeant savamment une multitude d’éléments de la série depuis des dizaines d’années et en proposant un environnement réaliste sans occulter la dimension fantastique de la série, Ed Brubaker se coule dans le moule de ses prédécesseurs tout en apportant sa touche personnelle. Celle-ci a d’ailleurs un nom qui restera : Le soldat de l’hiver ; tout simplement une des meilleures créations récentes de l’univers Marvel. Au même titre que Superman, Captain America jouit d’une peu flatteuse réputation de personnage ennuyant. Avec ce run magnifique, plus d’excuse pour dire n’importe quoi.

 

 

 

Captain America – La Légende Vivante (Marvel Deluxe, Panini Comics, Marvel Comics) comprend les épisodes #1 à #9 et #11 à #14

Écrit par Ed Brubaker

Dessiné par Steve Epting (#1 à #8, #11 à #14), Michael Lark (#2 à #5, #9, #12), John Paul Leon (#7)
Prix : 28,40 €

 

 

Captain America – L’hiver Meurtrier (Marvel Deluxe, Panini Comics, Marvel Comics) comprend les épisodes #15 à #24, Captain America 65th Anniversary Special #1, Winter Soldier : Winter Kills #1

Écrit par Ed Brubaker

Dessiné par Steve Epting (#18 à #21), Mike Perkins (#15 à #17, #22 à #24)

Captain America 65th Anniversary Special #1 dessiné par Marcos Martin, Mike Perkins et Javier Pulido

Winter Soldier : Winter Kills #1 dessiné par Stefano Gaudiano, Rick Hoberg et Lee Weeks

Prix : 28,40 €

 

 

 

¹ La fin de la saga Onslaught vit la disparation d’une grande majorité de héros (Les Fantastiques, Hulk, les Avengers notamment). Ceux-ci se retrouvèrent en fait dans un autre univers et débutèrent de nouvelles aventures en démarrant de zéro. Il s’agissait d’un coup éditorial pour Marvel qui fit redémarrer la majeure partie de ses séries depuis le numéro 1, et confia les titres à de célèbres artistes de l’époque. Le résultat fut décevant tant sur le plan créatif que sur le plan commercial. Ce qui était alors considéré comme un nouveau départ ferme et définitif, fut rapidement abandonné et nos héros revinrent dans l’univers que nous connaissons.

² Là où le Captain America de Millar n’hésitera pas à répondre, à un ennemi qui le traite de lâche, un sympathique : « moi lâche ? Il n’y a pas écrit France sur mon front » avant de lui asséner le coup de poing de la victoire.

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