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On a lu… Daredevil de Brian Bendis et Alex Maleev – 1ère partie : L’homme sans peur

On a lu… Daredevil de Brian Bendis et Alex Maleev – 1ère partie : L’homme sans peur

The Man Without Fear – Une mini-série de Miller et Romita Jr racontant la genèse du personnage

La sortie cette semaine du Deluxe Daredevil comprenant les épisodes 66 à 81 de la série écrite par Brian Bendis et dessinée par Alex Maleev,  est une excellente occasion à nos yeux pour revenir sur ce formidable run(1) de l’homme sans peur. Mais examinons d’abord sur le parcours de l’un des personnages les plus passionnants de l’univers Marvel.

 

Créé en 1964 par Stan Lee et Bill Everett, Daredevil est un super-héros fascinant notamment par la profonde évolution qu’il connut durant ses bientôt cinquante ans d’existence. Derrière le costume rouge et le masque de diable, se cache l’avocat Matt Murdock. Défenseur des opprimés le jour, il devient un super-héros monte en l’air la nuit au même titre que Spider-Man. Contrairement à ce dernier, Daredevil n’a pas à proprement parler de super pouvoirs, ça serait même plutôt l’inverse. Abandonné par sa mère, Matt fut élevé par son boxeur de père qui tint par dessus tout à ce que son fils n’ait pas la même vie minable que lui.

 

Garçon studieux et assidu à l’école, Matt secourut un jour un aveugle qui avait failli être renversé par un camion transportant des produits radioactifs. L’homme s’en sortit mais Matt fut aspergé par les produits et devint aveugle ; toutefois tous ses autres sens furent considérablement accrus. Matt Murdock peut ainsi lire un document rien qu’en touchant la feuille de papier ou sentir le parfum d’une fleur se trouvant à des centaines de mètres de lui. Il dispose de plus d’un sens-radar équivalent à celui des chauves-souris. Toutefois il ne doit sa force physique et son agilité qu’à l’entraînement que lui prodigua Stick, un maître ninja aveugle. Après la mort de son père, tué par un mafiosi, Matt Murdock décida de lutter contre le crime et devint avocat puis… Daredevil, très vite surnommé l’homme sans peur.

 

 

Daredevil #81 – 1ère apparition de la Veuve Noire dans la vie de l’homme sans peur

La destinée éditoriale de Daredevil est assez fascinante tant elle est un exemple de l’influence d’un auteur sur un personnage. Au départ et durant plusieurs années, Daredevil sauve les gentils et punit les méchants tel un clone de Spider-Man. Il est de plus amoureux de sa secrétaire Karen Page, une petite blonde assez écervelée. Tout ce qu’il y a de plus classique en somme. Pourtant, l’arrivée de Gene Colan dès 1966 va être un atout décisif car ce dessinateur talentueux va marquer la série de sa patte pendant des années. En 1971, avec l’arrivée de la Veuve Noire, l’histoire monte d’un cran en nous montrant ce couple lutter contre le crime. L’ajout de la belle espionne russe sera tel que la série sera rebaptisée pendant un temps Daredevil & The Black Widow mais le grand changement allait avoir lieu quelques temps plus tard.

 

 

Frank Miller

Mai 1979, Daredevil #158. Le scénariste Roger Mckenzie, sur le titre depuis quelques mois, raconte une histoire illustrée par un jeune dessinateur : Frank Miller. Miller ! Ce nom est pour l’éternité associé à Daredevil et pour cause. Son influence sur le personnage est tellement immense qu’aujourd’hui encore, toutes les histoires de l’homme sans peur sont jugées à l’aune des épisodes signés par ce grand artiste. D’abord dessinateur de la série, Miller va la scénariser à partir de 1981. Sous sa plume, ce qui était une série de super-héros classique en perte de vitesse, va devenir peu à peu un polar incroyable au carrefour de multiples influences.

 

 

 

C’est Frank Miller qui fera du Caïd, un ennemi de seconde zone de Spider-Man, un véritable parrain de la mafia usant de sa puissance financière plutôt que de sa force physique pour abattre ses ennemis. C’est lui qui fera baigner la série dans une ambiance de film noir mais également asiatique avec la création de la Main (une secte de ninja assassins versés dans les arts obscurs) et d’un de ses plus dangereux agents : Elektra, le grand amour de Matt Murdock. Miller sur Daredevil, c’est aussi l’utilisation de techniques narratives comme rarement on en avait vue alors dans le comic book et qui feront école jusqu’à aujourd’hui. Digne héritier de Will Eisner, Miller va exploser les bordures de ses cases pour exploiter sa page dans tous les sens. Le dessin et la narration va se coller au talent de voltigeur de Daredevil.

 

Miller sur Daredevil, c’est aussi l’utilisation de la voix-off comme dans un polar ou un film noir. Un procédé très usité aujourd’hui mais à l’époque peu courant. À l’instar des grandes œuvres cinématographiques et télévisuelles, le Daredevil de Franck Miller influença tellement son milieu qu’on a du mal à s’en rendre compte de nos jours, alors que tout le monde a digéré les codes qu’il a mis en place. Enfin Miller va faire de Murdock une véritable et grande figure tragique en l’exposant à de grands drames tels que la mort d’Elektra, assassinée par Bullseye, mais également à un véritable chemin de croix. Ainsi dans la saga Born Again (Daredevil #227 à #233) avec le plus que talentueux David Mazzucchelli au dessin, Miller va nous raconter la déchéance puis la renaissance d’un Daredevil dont le Caïd a découvert l’identité et va faire en sorte de détruire toute la vie de son ennemi.

 

 

Daredevil par David Mazzucchelli

Si Matt Murdock est un personnage aussi passionnant, si on l’admire autant, c’est parce qu’il est une représentation de l’inflexibilité de l’homme qui continue à vivre quelles que soient les circonstances. Tout comme Batman, Daredevil n’a pas de force surhumaine et ne doit ses capacités physiques qu’à son seul entraînement et sa seule force de volonté. Comme Spider-Man, il nous fascine dans sa manière de voltiger entre les immeubles de New-York, comme Superman il est un modèle de droiture et de justice d’autant plus renforcé par son métier d’avocat à la ville. Daredevil est à la croisée des grandes figures héroïques du comic book mais sa stature d’homme de la rue et sa capacité à surmonter les plus terribles épreuves personnelles en font un personnage unique qu’on ne peut qu’admirer.

 

 

 

 

Daredevil par John Romita Jr

Après le départ de Frank Miller, la série va connaître une suite en dents de scie. Cela continue bien avec un Dennis O’Neil aussi remarquable que d’habitude(2) et l’arrivée en 1987 d’Ann Nocenti qui va signer un run fabuleux et magnifié par les dessins d’un John Romita Jr alors en totale ré-invention de son style. Nocenti va notamment oser sortir Daredevil de son environnement urbain pour le plonger en pleine campagne américaine avec à la clé un combat contre Mephisto en personne. On peut également noter le passage de Dan Chichester qui, avec Lee Weeks, va offrir une nouvelle confrontation dantesque entre Daredevil et le Caïd et qui, avec Scott MacDaniel, va avoir l’outrecuidance de changer le costume de notre héros. Un artifice classique dont il n’a pas besoin et qui ne durera qu’un temps.

 

 

 

D’autres auteurs vont alors se succéder sur le personnage sans grand succès. On peut néanmoins citer le passage de Kevin Smith et Joe Quesada en 1998 qui signèrent des épisodes souvent salués. À cette époque, la série est passée sous le label Marvel Knights qui permet d’avoir une plus grande liberté de ton et permettant aux auteurs d’aller plus loin sur le traitement des personnages. Si Smith et Quesada en usèrent pour faire dans la surenchère un brin vulgaire, un autre duo d’artistes allait quant à lui utiliser pleinement cet espace offert : il s’agit de Brian Michael Bendis et Alex Maleev dont nous verrons le run en détail dans la prochaine partie.

 

(1) Run : Désigne l’ensemble des épisodes écrits ou dessinés par un même artiste

(2) Plus précisément le passage remarquable de Dennis O’Neil se situera entre le départ de Miller (Daredevil #191) et son retour pour Born Again (Daredevil #227).

 

 

L’homme sans peur

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