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On a lu… Daredevil de Brian Bendis et Alex Maleev – 2ème Partie : Le Roi de Hell’s Kitchen

On a lu… Daredevil de Brian Bendis et Alex Maleev – 2ème Partie : Le Roi de Hell’s Kitchen

Note de l'auteur

Daredevil – Tome 4

La sortie cette semaine du Deluxe Daredevil comprenant les épisodes 66 à 81 de la série écrite par Brian Bendis et dessinée par Alex Malev est une excellente occasion à nos yeux pour revenir sur ce formidable run de l’homme sans peur. Après avoir dressé le portrait du personnage et des talentueux auteurs qui l’ont accompagné, attardons nous maintenant sur les épisodes de Brian Bendis et Alex Maleev.

 

Quand on commence à lire Daredevil #26 (vol2), le choc est puissant et assez jouissif : un jeune mafieux nous fait un speech quant à un certain âge d’or du banditisme en guise d’adieu au Caïd qu’il assassine avec une poignée d’autres personnes. Ne se doutant pas de cette mise à mort, Murdock vit sa vie sereinement bien que hanté par la récente mort de Karen Pag. Il va pourtant être vite attaqué par les jeunes loups qui ont descendu le Caïd. Tout ceci n’est que la première étape d’une suite d’événements qui vont conduire à la révélation de l’identité secrète de Daredevil à la presse. Très clairement le run de Bendis s’inscrit dans la droite lignée de celui de Frank Miller à la différence qu’il va transporter le problème de l’identité du héros du monde des gangsters à celui des médias avec toutes les conséquences que cela suppose.

 

En effet l’identité secrète de Daredevil est un secret de polichinelle pour les hommes du Caïd qui ont reçu l’ordre express de ne pas lui faire du mal ; c’est une autre histoire avec la presse qui y voit là un sujet en or. A la différence de l’arc Born Again, cette révélation ne va pas être le départ d’une nouvelle déchéance pour Murdock, mais au contraire celui d’un combat contre le système médiatique et judiciaire. Conscient que cette révélation peut le faire aller en prison, Murdock décide de contre-attaquer et d’intenter un procès en diffamation au journal qui a dévoilé l’affaire.

 

Brian Bendis

Durant toute la durée de leur run (de 2001 à 2006), Bendis et Maleev vont conserver en toile de fond la question de la double identité de Murdock et même en jouer à de multiples reprises. On peut voir ainsi les journalistes assaillir Murdock de questions à de nombreuses occasions. Bendis se permet là de dénoncer les dérives d’une presse qui se complaît dans le scandale tout en n’hésitant pas à pointer du doigt l’ambiguïté de la situation via le personnage de Ben Urich. Ce journaliste du Daily Bugle est un personnage secondaire important de l’univers de Daredevil qui découvrit l’identité secrète de ce dernier mais décida de la garder pour lui. Ami fidèle de Murdock, il n’hésite pas ici à cacher la vérité à son patron créant ainsi une situation paradoxale aux yeux du lecteur. D’un côté nous avons des journalistes avides d’un scoop qu’on sait vrai, de l’autre un journaliste intègre qui perpétue un mensonge au nom de la justice et pour protéger son ami.

 

Daredevil est un super-héros qui sauve des gens et pourtant, si son identité secrète venait à être confirmée alors il risquerait la prison pour entrave à la justice, et tous les procès qu’il avait défendu par le passé pourrait être annulés. C’est sur cette approche, nous questionnant sur le rôle d’un super-héros au sein de la société, que Bendis construit son histoire. Il apparaît alors comme un des rares à s’approprier pleinement le travail de Frank Miller pour le faire aller dans de nouvelles directions. Si la première partie du run de Bendis et Malev nous montre Daredevil essayant de lutter contre les crimes du quotidien et avoir une vie sociale un tant soit peu normale tout en devant faire face à cette épreuve, la seconde partie va littéralement nous foutre sur les rotules tant Bendis va aller loin dans l’interventionnisme du super-héros dans la société.

 

Daredevil par Maleev

Poussé à bout par les événements, Daredevil s’autoproclame Caïd de Hell’s Kitchen et lance une croisade sans merci contre la pègre au terme de laquelle son quartier redevient un endroit où il fait bon vivre. Retournement de situation incroyable qui va permettre à Bendis de s’affranchir du travail de ses prédécesseurs pour aller vers des contrées inexplorées. L’idée d’un héros dirigiste sur son territoire séduit tout autant qu’elle met mal à l’aise. Certes, en nous montrant que le quartier change de visage pendant l’année on serait tenté de se dire qu’il y a du bon là dedans. Toutefois, Bendis nous montre très vite les limites de cette prise de pouvoir par le héros. Les problèmes n’ont pas disparu mais se sont seulement déplacés ailleurs et c’est avec encore plus de force et de dégâts qu’ils reviennent.

 

Murdock par Maleev

Il faut souligner que si le personnage de Daredevil est un personnage populaire de l’univers Marvel, ses aventures sont suffisamment déconnectées pour que quiconque puisse les lire sans problèmes. On remarque d’ailleurs que chez Bendis, les personnages s’appellent le plus souvent par leur prénom et que nous sommes dans une ambiance urbaine qu’on peut rapprocher de certains films ; de plus les costumes de nos héros sont très peu exubérants. On serait tenté de dire que Bendis prône un traitement réaliste du super-héros mais à la différence des idioties de Christopher Nolan et Zack Snyder, il trouve le parfait équilibre entre ce traitement et les codes du genre super-héroïque. On peut toutefois reprocher à Bendis d’avoir mis de coté le personnage de Foggy Nelson (ami et collègue historique de Murdock), tout comme une fâcheuse tendance à sur-dialoguer ses scènes, ce dernier point étant toutefois atténué par le dessin d’Alex Maleev, l’autre clé de voûte du run.

 

Alex Maleev

N’y allons pas par quatre chemin, le dessin d’Alex Maleev est remarquable. Jouant savamment avec les ombres, les personnages et les formes, Maleev nous plonge dans l’univers froid de Daredevil. Avec un trait qu’on pourrait qualifier de sec, il nous dépeint des personnages dont certains  apparaissent comme des monolithes inébranlables face aux événements. Si la grâce des combats et des cascades est moins accentuée chez le dessinateur, c’est pour mieux accentuer la force primale du moment et ces instants bruts où le poing rencontre la mâchoire. Maleev se fait également plaisir tout du long des épisodes qu’il dessine en changeant de style au gré des moments et de l’évolution de l’histoire. On peut citer notamment l’arc Golden Age avec ses changements de style selon l’époque d’une histoire centrée sur le prédécesseur du Caïd. On retiendra surtout l’arc Le Décalogue véritable apogée du run de Bendis et Maleev qui voit une dizaine de personnes se réunir dans une église pour discuter de Daredevil et des changements qu’il a apporté dans leur vie. Ces individus tous liés à Murdock vont se retrouver au cœur d’un combat à la lisière du divin et de l’horreur. Un formidable arc dans lequel Maleev nous offre des visions terribles tout droit sorties de la bouche de l’enfer tout en arrivant à jongler avec l’ambiance urbaine propre au personnage.

 

Pendant cinq ans, Brian Bendis et Alex Maleev vont donc présider à la destinée de l’homme sans peur. Ils marqueront durablement de leurs empreintes le justicier de Hell’s Kitchen et offriront un run à classer parmi les meilleurs du personnage. Toutefois, si on ne peut que saluer l’initiative de Panini d’éditer les derniers épisodes de la série en librairie, on regrettera amèrement que les autres tomes ne soient pas réédités. Ces derniers n’étant disponibles sur le marché de l’occasion qu’à des prix exorbitants, on peut se demander si Panini ne se tire pas une balle dans le pied avec cette édition. Si l’éditeur est irréprochable quant à la parution en kiosque de l’actualité Marvel, il semble bien en peine pour mettre en valeur dignement un patrimoine ancien riche en merveilles et en talents.

 

 

Daredevil, l’homme sans peur – Tome 4 : Le Décalogue (Marvel Deluxe, Panini Comics, Marvel comics) comprends les épisodes #66 à #81

Ecrit par Brian Bendis

Dessiné par Alex Maleev

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