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On a lu… East of West – Tome 1 par Jonathan Hickman et Nick Dragotta

On a lu… East of West – Tome 1 par Jonathan Hickman et Nick Dragotta

Note de l'auteur
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East of West – Tome 1

« L’Amérique, l’Amérique. Je veux l’avoir et je l’aurai ». c’est peut-être ce que se dit ce « poor lonesome cowboy » sur sa monture qui file plus vite que le vent. Une silhouette filiforme, un visage fermé et un air déterminé, voilà la Mort et nous allons découvrir sa quête.

Ça étonnera sûrement peu de gens mais dans le monde des super-héros, la mort est souvent un concept très tangible et même personnifié. On se souvient ainsi de sa représentation dans les oeuvres de Jim Starlin et de l’amour qu’elle inspire au terrifiant Thanos. Pourtant utiliser de manière frontale un tel « personnage » peut se révéler assez casse-gueule, on peut facilement le dénaturer ou le rendre totalement insipide. Scénariste réputé pour son écriture qu’on pourrait qualifier de « froide » ou « méthodique », Jonathan Hickman semble avoir trouvé le bon angle d’attaque. Avec à ses cotés Nick Dragotta qui travailla avec lui sur Fantastic Four, Hickman va créer une uchronie à la croisée de multiples influences dont le mélange offre un univers détonnant.

 

La figure du cow-boy et celle du super-héros ont ceci de commun qu’elles peuvent être utilisées à toutes les sauces : du drame à la comédie, en passant par le récit historique ou la science-fiction etc etc. On peut s’éclater à tout faire avec ces êtres-là pour peu qu’on ait un peu de talent. Et du talent, Hickman en a à revendre. Faisant partie des grands architectes de l’univers Marvel récent, le scénariste américain est actuellement sous les feux de l’actualité. Après un run remarqué sur Fantastic Four (qui mériterait une édition intégrale tant l’œuvre du bonhomme s’apprécie dans son ensemble), il est actuellement à la tête d’un des mastodontes de l’éditeur, The Avengers, à qui il redonne de sa superbe après la trop longue mainmise de Brian Bendis. Il est également le maître d’œuvre de l’event Infinity qui débute en mars dans les kiosques et qui semble assez prometteur en termes d’aventure épique¹.

 

Hickman à le vent en poupe et Urban Comics en profite également pour éditer deux œuvres du scénariste qu’ils affectionnent assez²: Pax Romana un de ces premiers travaux et East of West qui nous intéresse aujourd’hui. On ne va pas se mentir, depuis la présentation de François Hercouët lors du Paris Comics Expo en novembre dernier, East of West nous avait bien foutus la patate, tant par l’enthousiasme du directeur éditorial d’Urban Comics que par l’histoire qui nous est contée,  jugez plutôt :

 

Une réalité alternative où la Guerre de Sécession aurait été brutalement interrompue, laissant place à la paix et à la constitution immédiate des Sept Nations d’Amérique. Deux siècles après cette trêve, un mystérieux homme pâle, flanqué de deux inquiétants guerriers Indiens, sème la mort sur son passage. Au même moment, trois des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse s’éveillent…

 

Jonathan Hickman

Jonathan Hickman

Voilà donc un résumé très succinct d’une œuvre pas forcément des plus faciles à aborder. On l’a dit, Hickman a la réputation d’être un auteur dont les histoires peuvent paraître très hermétiques et demandant un certain investissement de la part du lecteur. East of West nous offre ainsi un vaste univers, dont les spécificités et le contexte seront construits au fil de la lecture par le lecteur, plutôt que présenté sommairement par l’auteur via une lourde introduction. Dans East of West, le contexte se construit en même temps que l’aventure.

 

 

Approche narrative pouvant paraître très contraignante, elle se révèle toutefois d’une grande richesse pour le lecteur qui accepte de se laisser emporter par cette aventure à la croisée de plusieurs genres. East of West est ainsi une histoire de vengeance (la Mort décidant de tuer tout ceux qui lui ont causé du tort dans le passé suite à un événement qu’on vous laisse le plaisir de découvrir) mais également un récit de science-fiction, genre dans lequel le scénariste est particulièrement à l’aise.

 

East of West #2

East of West #2

Si on voulait caricaturer le style d’Hickman, on pourrait dire que celui-ci traite avant tout des concepts plutôt que des personnages, ce qui peut expliquer ce sentiment de froideur qu’on peut ressentir à la lecture de Fantastic Four, œuvre familiale par excellence et aux personnages riches. Avec une Amérique divisée en sept nations basées sur des idéologies bien différentes (une nation confédérée, une nation basée sur les principes de Mao, une nation indienne par exemple), Hickman se donne la possibilité de jouer avec autant de personnages et de représentations qu’il y a de dogmes. L’exemple parfait étant bien sûr l’exploitation des quatre Cavaliers de l’Apocalypse. Le scénariste s’amuse véritablement avec ces trois jeunes enfants ressuscités à l’époque du récit et qui sèment la désolation partout où ils passent.

 

 

 

Armistice

Armistice

Un mot enfin sur Nick Dragotta, sans qui East of West n’aurait pas cette atmosphère unique. Son dessin fait énormément non seulement pour l’immersion dans cet univers, mais également pour la construction du contexte. Nombre d’éléments, d’indices et d’informations nous sont ainsi distillés par le travail de Dragotta. Dessinateur lui-même (on peut le voir à l’œuvre dans Pax Romana sur lequel nous essaierons de revenir dans quelques temps), Hickman sait très bien que la puissance d’une bonne BD se trouve dans sa synergie entre le texte et l’image. En Dragotta il trouve un dessinateur qui s’inspire autant des westerns de Sergio Leone que des mangas de Katsuhiro Ôtomo. Bref il est un compagnon précieux pour cette aventure hors du commun.

 

On l’attendait depuis quelques mois et, on ne s’en cache pas, on n’est pas déçus par ce premier tome d’East of West. Avec ce récit à la richesse incroyable et au potentiel assez gigantesque, Image et Urban tiennent, on l’espère, un futur succès. Et bien que l’histoire se livre peu et que le lecteur doive s’impliquer dans la lecture, celle-ci n’en est que plus enrichissante au fur et à mesure qu’on tourne les pages. Comme dirait l’autre : vivement la suite !

 

 

 

East of West – Tome 1 : La Promesse (Urban Indies, Urban Comics, Image) comprend les épisodes de East of West #1 à #5

Ecrit par Jonathan Hickman

Dessiné par Nick Dragotta

Prix : 15,00 €

 

 

¹ Mais chat échaudé craignant l’eau froide, on préférera attendre la fin de l’histoire avant de s’exciter.

 

² Il suffit de lire les différents textes présentant le bonhomme, ça déborde d’amour!

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