On a lu… Emerald et autres récits de Hiroaki Samura

On a lu… Emerald et autres récits de Hiroaki Samura

Note de l'auteur

emerald-castermanWestern, drame familial glauque, chronique adolescente, ce one-shot édité chez Casterman, regroupe dans un étrange bordel, différentes histoires du maître Hiroaki Samura. Une vision en kaléidoscope qui déconcerte par sa construction et son rythme. Mais malgré les qualités indéniables de Emerald, je suis resté quelque peu perplexe, le résultat d’une lecture complètement décousue et de récits trop hermétiques et courts pour que l’on puisse y pénétrer.

 

Emerald et autres récits est un recueil de sept histoires n’ayant aucun lien entre elles. Sept segments explorant les nombreuses facettes de son auteur, Hiroaki Samura. L’auteur de L’Habitant de l’infini s’essaie à de nombreux genres et fait preuve, comme à son habitude, d’une virtuosité graphique incroyable. Dès les premières pages de Emerald, le mangaka nous plonge en plein Far West et capte notre attention grâce à une ambiance et des codes maîtrisés et une véritable science du découpage. Le dessin très crayonné et plein de finesse sublime chacune des séquences. Une entrée en matière réussie, prenante et parfaitement mise en page. Seulement voilà, pas le temps de s’installer confortablement, car à peine commence-t-on à prendre nos marques que le récit s’emballe et se termine en quelques pages. Assurément frustrant. D’autant que le second récit, intitulé Le Grand Show de la famille Kuzein, un étrange drame familial sur fond de masochisme et d’humiliation, nous laisse un peu de marbre. À aucun moment, on ne parvient à rentrer dans ce récit glacial. De nouveau, le problème semble provenir de sa longueur, bien trop courte, mais plus encore de l’étrangeté de son contenu. L’auteur vous lâche au milieu d’une scène sans clé en main et démerdez-vous… Et malheureusement, ce constat s’applique à l’ensemble de ce recueil. Hormis Emerald, toutes les autres histoires, ces tranches de vie saisies à un instant T, ne s’imbriquent non seulement pas entre elles, mais, qui plus est, aucune ne parvient à retenir vraiment notre attention.

 

9782203101814_2Les différents segments de Cet uniforme qui nous colle à la peau, qui traversent l’ouvrage, relatent les papotages de lycéennes dans des saynètes décousues dont on peine à comprendre le sens. De son côté, Le Festin de Brigitte fait écho au Grand Show de la famille Kuzein dans sa volonté de déstabiliser le lecteur, en le plongeant dans un délire glauque et déviant, mais ne parvient pas à l’inclure dans le récit. On reste spectateur d’un objet trop hermétique au sein duquel notre esprit ne trouve aucune prise et qui ne cesse de nous échapper. En fait, on aurait presque besoin d’une explication de texte, genre une notice fournie avec le tome, afin que l’on puisse l’appréhender à sa juste valeur. Certes, il y a bien, à la fin, quelques éclaircissements de Hiroaki Samura, mais ils paraissent bien maigres. Dommage, car il paraît évident qu’il y a de réelles intentions derrière Emerald et autres récits, mais le mélange des genres trop anarchique ne prend pas assez pour qu’on puisse les saisir. Reste l’incroyable coup de crayon du maître Samura. Ciselé, précis mais jamais figé, son trait vit et vibre à chaque page. Un bien étrange objet que nous propose l’éditeur Casterman. Contemplatifs, sinueux, saisis sur le vif, les récits s’enchaînent sans que l’on puisse les appréhender et on en ressort sans en avoir gardé réellement quoi que se soit. À réserver aux fans de l’auteur !

 

Emerald et autres récits de Hiroaki Samura, aux éditions Casterman

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