On a lu… Evil Eater (T.1) de Issei Eifuku et Kojino

On a lu… Evil Eater (T.1) de Issei Eifuku et Kojino

Note de l'auteur

Evil-EaterJe ne le répéterai jamais assez, Ki-oon est à l’heure actuelle l’éditeur le plus excitant et le plus intéressant sur le marché de manga en France! Célébrant ses 10 ans cette année, la maison d’édition parisienne nous sort un grand nombre de nouveaux titres bien sentis. Le mois dernier, on découvrait Dimension W. Ce mois-ci, place à un titre seinen en trois tomes, qui sondent la psyché humaine sur fond de sorcellerie et de manipulation de la vie.

 

Nous sommes dans un Tokyo futuriste où une forme de sorcellerie est devenue le prolongement logique de la science. Tels les mutants de X-Men, des personnes se retrouvent avec des talents particuliers et deviennent dès lors des fonctionnaires (un peu particuliers) du gouvernements, nommés Sorceristes. Leur mission consiste à accueillir et s’occuper des Returners, qui sont des victimes de meurtres, revenus à la vie. Mais à l’instar de l’alchimie et du principe d’équivalence, pour chaque personne qui revient, une autre doit disparaître. Cela s’appelle l’Échange compensatoire de vie. De ce fait, les coupables de meurtres arrêtés sont exécutés, permettant ainsi à la première personne qu’ils ont tuée d’avoir une seconde chance chez les vivants. Les Sorceristes fonctionnent en binôme afin de prendre en charge les Returners qui, à leur retour, comportent un bug malveillant qu’il faut éradiquer si on ne veut pas qu’ils prennent le dessus de leurs hôtes et ne les transforment en potentiels futurs psychopathes.

 

Ce premier tome de Evil Eater établit (et rabâche quelque peu) les lois qui régissent le monde dans lequel évoluent les personnages et ne perd pas de temps. En effet, avec une série en trois tomes, on ne peut pas trop se permettre de se la couler douce et il faut rapidement introduire les protagonistes et poser les enjeux de l’intrigue. Pour le coup, Evil Eater réussit à nous mettre dans le bain après seulement un tome grâce à une maîtrise habile du rythme et à un bon cliffhanger. Durant les premiers chapitres, on se familiarise avec le boulot des Sorceristes. On fait la connaissance de Nagumo, Sorceriste rigoureux et froid qui sonde les esprits des Returners et Amagi, jeune fille énigmatique et novice dans le milieu, qui possède des pouvoirs assez balèzes : elle est chargée de supprimer les bugs révélés par son binôme. La tâche n’est pas simple car en revenant à la vie, les ex-victimes sont porteurs de sentiments destructeurs. Jalousie, haine, colère ou désir de vengeance sont autant de bombes à retardement que même la mort ne peut faire totalement disparaître.

 

Ce qui différencie Evil Eater des autres titres traitant de la mort, c’est sa réflexion déontologique sur l’équilibre «naturel» des choses et la peine capitale. Dans notre société, la justice peut-elle tout justifier, y compris la sentence mortelle ? Alors que l’homme se prend de plus en plus pour Dieu, est-il en droit de manipuler le cours des choses et d’échanger une vie contre une autre ? Plus on avance dans ce tome et plus les questions surgissent. D’autant que le dernier tiers donne très clairement envie de découvrir la suite car une fois les principes de base acquis, on rentre vraiment dans l’enjeu principal de Evil Eater. Le «bad guy» qu’on découvre tardivement semble assez intéressant, déviant et sans concession pour nous tenir en haleine. En ce qui concerne le graphisme, c’est très fin, très beau quoiqu’un peu confus lors de certaines scènes. Même si avec Evil Eater, on ne tient pas le nouveau big hit seinen, on aurait bien tort de passer à côté de ce premier tome car il augure d’une petite série bien pensée. Merci Ki-oon !

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