On a lu… Ex Machina – Volume 1 de Brian K. Vaughan et Tony Harris

On a lu… Ex Machina – Volume 1 de Brian K. Vaughan et Tony Harris

Note de l'auteur

Ex Machina – volume 1

Depuis longtemps, des auteurs tentent de répondre à cette question : « Que feraient des super-héros dans notre société ? ». Comment ces êtres dotés de super pouvoirs influenceraient notre vie ? Superman peut-il vraiment sauver le monde ? La bande dessinée américaine regorge d’œuvres traitant cette idée, à commencer par le grandiose Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons. Aujourd’hui, la sortie du premier tome d’Ex Machina nous permet de découvrir le point de vue de Brian K.Vaughan.

 

Alors qu’ils continuent à nous enchanter avec la parution de Saga (dont le deuxième tome est sorti récemment sous nos latitudes), les petits gars d’Urban Comics n’en oublient pas moins de nous faire profiter des anciennes œuvres de Brian K. Vaughan. Après la belle édition de Y, le dernier homme, c’est au tour d‘Ex Machina d’être ré-édité. Série commencée en 2004 et composée de 50 numéros, Ex-Machina pose la question de la véritable capacité d’un super-héros à changer et aider les gens au quotidien.

 

Après avoir été contaminé par un artefact mystérieux, l’ingénieur Mitchell Hundred est devenu capable de comprendre le langage de toutes les machines et de pouvoir les utiliser. Grâce à ce pouvoir hors-du-commun, il décide de devenir un véritable super-héros sous le nom de La Grande Machine. Toutefois, malgré sa bonne volonté, il représentait plus une menace et un danger pour la ville de New-York qu’autre chose. Mais ça c’était avant.

 

Avant qu’il comprenne ses limites en tant que super-héros et qu’il décide de briguer le poste de maire de la ville de New-York lors des élections municipales de 2001.

 

Avant le 11 septembre 2001.

 

Avant qu’un avion s’écrase sur une des tours du World Trade Center, provoquant son effondrement.

 

Avant qu’il reprenne le costume une dernière fois et que La Grande Machine stoppe un deuxième avion prêt à s’écraser sur la seconde tour et sauve tous les gens présents.

 

Avant qu’il ne devienne le maire de New-York.

 

Le World Trade Center après le 11/09

En s’appuyant sur un récit structuré sur le principe du flash-back, Ex-Machina débute lors des premiers jours du mandat de maire de Mitchell Hundred. Dans le même temps, on nous dévoile peu à peu ses anciens exploits de super-héros, les origines de son pouvoir, le cheminement qui l’a conduit à vouloir briguer le poste de maire et, bien sûr, les événements du 11/09, véritable traumatisme pour le personnage principal de l’histoire.

 

Ex Machina nous prend à la gorge dès le premier épisode. Excellent conteur, Vaughan délimite très vite son récit en l’ouvrant sur un flash-foward à la tonalité dramatique et en le clôturant sur l’image d’une des deux tours du World Trade Center encore debout, véritable symbole du sentiment de culpabilité d’Hundred.

 

En se plaçant sur le terrain de l’uchronie (puisque qu’on nous conte l’histoire d’un New-York dont une seule des tours fut détruite grâce à l’intervention de La Grande Machine), Vaughan se donne les coudées franches pour développer son propos vis à vis de la question du super-héros dans notre société. Ex Machina est clairement un des premiers récits à avoir digéré ce que représentait le 11 septembre pour le comic books super-héroïque.

 

L’industrie de la bande dessinée américaine ne fut pas épargnée par la chute des tours du World Trade Center. Certains auteurs le vécurent de plein fouet (on pense immédiatement à Art Spiegelman) et cet événement changea beaucoup leur vision des choses. Il faut également se rappeler que les sièges de DC et Marvel se trouve à New-York et que nombre d’aventures de nos super-slips d’amour se passent dans cette ville. Dès lors, comment peut-on envisager de raconter des histoires de gens aux capacités uniques alors que l’extraordinaire a surgi de façon terrible dans la vie des New-yorkais ? Dure question à laquelle les auteurs répondront différemment.

 

Ex Machina #2

Pour Vaughan, cet événement est donc au cœur de son récit et il est fondateur de la culpabilité du héros, et pour un peu on pourrait dire qu’il s’agit là du même ressort que la mort de l’oncle de Peter Parker. Avec ses allers et retours dans le passé, Vaughan nous montre à quel point Hundred s’avère plus utile en tant que maire (donc en tant qu’humain) qu’en tant que super-héros. Ainsi les épisodes d’Ex-Machina nous rappellent ceux de la série A la Maison Blanche. On parle du budget de la ville, d’éducation, de sécurité, de mariage homosexuel, ou bien encore de la manière dont une mairie doit éviter un scandale suite au financement d’une œuvre controversée.

 

Toutefois, si la série d’Aaron Sorkin a la réputation d’être une série sur des gens qui parlent en marchant dans les couloirs (et ils le font bien), Ex-Machina n’oublie pas qu’elle est aussi une histoire de super-héros. Les histoires politiques se mélangent donc à des aventures passionnantes et intéressantes dans leur manière de participer à la construction d’Hundred en tant que maire, tout en le rappelant à ses obligations en tant qu’être disposant de grands pouvoirs.

 

Bien que centré sur Mitchell Hundred, Ex Machina déploie une pléiade de seconds rôles attachants et passionnants. Excellent conteur, Vaughan sait donner une vie et une présence à l’adjoint au maire, Dave Wylie, au commissaire Amy Angotti, à Journal Moore la belle stagiaire ou bien encore à Kremlin et Rick Bradbury, les deux amis de Mitchell qui l’aidaient quand il était La Grande Machine.

 

Tony Harris

Si Brian K. Vaughan nous offre un très bon casting, on doit à Tony Harris la mise en valeur de ceux-ci et des aventures d’Hundred. Plein de grâce, avec un usage d’un trait rond et plein sur les personnage, d’un dynamisme certain dans les scènes d’action et nous percutant lors de certains passages choc, le dessin d’Harris participe pleinement à l’ambiance de la série.

 

En se plaçant au croisement de la série politique et du récit super-héroïque, Ex Machina trouve son équilibre et nous offre une histoire passionnante qui se nourrit de chacun de ces deux aspects pour interroger l’autre. Hundred est-il un super-héros devenu maire ou bien un maire avec des capacités extraordinaires ? Est-ce l’humain ou La Grande Machine qui pourra changer les choses ? Ou bien, tout simplement, un mix de tout cela ? Quelque soit la réponse, on a qu’une hâte c’est de lire la suite pour la connaître.

 

 

 

 

Ex Machina – Volume 1 (Vertigo Essentiels, Urban Comics, Vertigo) contient les épisodes d’Ex Machina #1 à #11

Ecrit par Brian K. Vaughan

Dessiné par Tony Harris

Prix : 22,5 €

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