On a lu… Fantastic Four – Tome 1 : une solution pour tout de Jonathan Hickman

On a lu… Fantastic Four – Tome 1 : une solution pour tout de Jonathan Hickman

Note de l'auteur
Fantastic Four - Tome 1

Fantastic Four – Tome 1

Alors que le bonhomme brille de mille feux sur The Avengers et East of West, Panini a la bonne idée de rééditer le run de Jonathan Hickman sur Les Quatre Fantastiques. L’occasion pour nous de revenir sur les débuts pas forcément évident d’un travail passionnant sur des personnages de plus en plus mal-aimés.

 

C’est une situation à la fois paradoxale et triste que celle dans laquelle se trouvent Les Quatre Fantastiques. Piliers de l’univers Marvel dont ils ont été les précurseurs d’un renouveau du comic-book dans les années 60, les voilà considérés aujourd’hui comme ringards ou ennuyeux. Est-ce la conséquence de runs assez désastreux tel sceux de Mark Millar, de Joe Michael Straczynski ou plus récemment de Matt Fraction ? Est-ce que la série subit l’image pathétique des adaptations cinématographiques de Tim Story ? Ou bien, plus généralement, ces personnages positifs sont -ils en décalage avec les attentes d’un lectorat désireux de plus de noirceur voire d’une société de plus en plus repliée sur elle-même et ayant établi le cynisme comme norme ?

 

Plus vraisemblablement est-ce un mélange de tout cela ? Les Quatre Fantastiques sont bien moins populaires que des personnages comme Batman ou des équipes comme les Avengers ou les X-men. Et on se rend rapidement compte que la série traîne un lot de préjugés qui, pourtant, pourraient être rapidement balayés après quelques lectures. Outre le grandiose et épique run de Stan Lee et Jack Kirby (qui, quand ils étaient à leur meilleur, enchaînaient les aventures des Inhumains, les combats contre Fatalis et la création de Galactus et du Surfeur d’argent), on ne saurait trop recommander la lecture des épisodes écrits et dessinés par Walter Simonson, et ceux du run de John Byrne dont il serait temps que Panini édite enfin l’intégralité ou bien encore la fabuleuse prestation de Mark Waid¹.

 

Fantastic Four #574

Fantastic Four #574

La famille matricielle de l’univers Marvel mérite donc d’être redécouverte par les lecteurs et d’être estimée à sa juste valeur. La sortie récente des premiers épisodes de Jonathan Hickman peut apparaître comme l’occasion idéale pour se plonger dans les aventures de Reed et Susan Richard, de Benjamin Grimm et de Johnny Storm. Bien qu’il fut déjà à l’œuvre sur Secret Warriors, Fantastic Four est la première grosse série Marvel de l’auteur considéré aujourd’hui comme le maître d’œuvre des Avengers. Il avait déjà écrit sur les Fantastiques à l’occasion de la mini-série Dark-Reign : Fantastic Four mais c’est à partir du numéro #570 que Hickman va construire petit à petit une vaste fresque SF qui va prendre le temps de poser ses éléments pour révéler ses qualités et l’ampleur de son histoire.

 

Dès le départ l’auteur replace les éléments qui font l’ADN de la série. Via un combat contre le Sorcier et ses créatures, on retrouve tout ce pour quoi on aime les Fantastiques : l’alchimie entre ses membres, la beauté du mélange de ces quatre pouvoirs inspirés des quatre éléments, le caractère généreux et positif de leurs actions, les chamailleries entre Ben Grimm et Johnny Storm, la force de Susan et surtout la curiosité sans fin de Reed Richard. Au fil des pages, il devient vite évident que si Hickman procède à un retour aux sources salvateurs, il pose d’emblée le personnage de Reed comme le pivot de sa saga.

 

Le conseil des Reed Richard

Le conseil des Reed Richard

Cela passe tout d’abord par un changement de design. Celui qui était souvent dessiné comme un professeur aux tempes blanches et au physique banal est présenté ici comme un bel homme d’âge mûr au physique impressionnant et avec une barbe de trois jours du plus bel effet. « Reed Richard, what else » en quelque sorte. Cela passe ensuite par des intrigues qui replacent celui qui est devenu homme d’action par nécessité comme super-scientifique ultime² du monde Marvel. On le savait membre du groupe des Illuminati³ et le voilà prêt à s’engager dans une coalition réunissant de nombreuses versions de lui-même provenant de différentes réalités parallèles.

 

À la fois osé et intéressant, le conseil des Richards permet de procéder à une véritable analyse de ce personnage en le confrontant à ses reflets tout en offrant au lecteur son content de passages incroyables tels que le sauvetage du reste d’un Big-Bang ou les combats contre Galactus, Fatalis ou des Célestes. Mais face à la réalité de cette association, Richard prendra conscience que la solution qu’il recherche se trouve non pas en lui-même mais bel et bien dans la nouvelle génération et l’audace des pionniers de la science. C’est en voulant construire un avenir meilleur qu’il met en place les graines qui germeront plus tard. Jonathan Hickman nous embarque alors dans des récits qu’on pourrait croire déconnectés les uns des autres et mais c’est pour mieux construire une fresque dont on ne prend conscience de l’ampleur qu’au fur et à mesure que les éléments s’emboîtent. Si l’arc des quatre cités peut paraître ennuyeux de par la répétition de sa formule, on est toutefois confiant dans la capacité de son auteur pour utiliser au mieux les conséquences de ces histoires plus tard.

 

Cette arc a au moins l’avantage de mettre un peu plus avant les autres membres des Fantastiques mais on aimerait en avoir plus. En effet si Hickman privilégie le personnage de Reed c’est, malheureusement, au détriment des autres. Ben et Johnny sont réduits à leur statut de grands frères perturbateurs et Susan reste très en retrait. Si la situation évolue, on sent toutefois un déséquilibre au sein du groupe. Néanmoins, d’autres personnages évoluant dans la sphère de nos héros montent en grade. On pense surtout aux enfants Richards, à savoir Franklin et surtout Valeria. Celle-ci devient le pivot de la Fondation du futur, projet de son père, destiné à regrouper les jeunes cerveaux audacieux pour construire un meilleur monde pour demain. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et le futur ne nous apparaît pas forcément sous les meilleurs auspices quand on voit l’arc autour du père de Reed. Personnage connu des lecteurs des Quatre Fantastiques, lui aussi acquiert une nouvelle aura sous la plume de Hickman au point qu’il en fera un personnage central de sa mini-série S.H.I.E.L.D dont on espère la fin bientôt.

 

Avec le talent et la précision d’un orfèvre, Jonathan Hickman construit donc sa saga et redonne ses lettres de noblesses à des personnages chers au cœur de beaucoup de lecteurs. Revers de la médaille, ses histoires ne se livrent pas comme ça et beaucoup d’éléments peuvent sembler abscons à la première lecture. Si cela peut rebuter, il ne faut pas hésiter à se faire violence et accepter de se laisser emporter par le flot de l’histoire.

 

 

 

Fantastic Four – Tome 1 : Une solution pour tout (Marvel Deluxe, Panini Comics, Marvel Comics) comprend les épisodes US de Fantastic Four #570 à #582

Écrit par Jonathan Hickman

Dessiné par Dale Eaglesham (#570 à #572, #575 à #578), Neil Edwards (#573-#574, #579 à #582)

Prix : 28,50 €

 

 

 

¹ La aussi on aimerait bien que Panini édite un troisième deluxe permettant alors d’avoir l’intégralité du run

² La figure du scientifique est d’ailleurs centrale dans l’oeuvre de Jonathan Hickman.

³ Groupe restreint de super-héros puissant ou influent de l’univers Marvel (Reed Richards, Flèche Noire, Namor, le professeur Xavier, Iron Man et le Docteur Strange) qui décidèrent de se réunir secrètement afin de coordonnés leurs actions et de décider des solutions à des problèmes importants (par exemple le sort de Hulk). Bien que le lecteur découvre se groupe au début en 2005, celui-ci est actif depuis longtemps.

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