On a lu… Grant Morrison présente Batman – Tome 2 : Batman R.I.P.

On a lu… Grant Morrison présente Batman – Tome 2 : Batman R.I.P.

Batman R.I.P.

Repose en paix Batman. Tu as combattu courageusement contre le crime et tu resteras toujours dans nos mémoires. Tu as terrifié tes nombreux adversaires mais aujourd’hui tu as du faire face à plus fort que toi. Que soit célébré l’homme qui a raconté le récit de ta chute : Grant Morrison.

Résultat d’une volonté éditoriale ayant pour but d’aborder au mieux le travail du scénariste écossais sur le personnage de Batman, ce deuxième tome de la collection Grant Morrison présente Batman, intitulé Batman R.I.P, se divise en trois parties. Nous avons tout d’abord droit à un prologue de quelques pages extraites des numéros #30 et #47 de la maxi-série 52 (1) et bien qu’il soit rare de voir un éditeur proposer des extraits d’une autre série, la démarche est audacieuse tant elle participe à une meilleure compréhension des histoires présentes dans ce tome. En effet ces pages nous résument d’une part la carrière du chevalier noir en quelques cases, mais nous le montrent également en train d’effectuer un pèlerinage dans un temple bouddhiste afin d’effectuer le rituel du Thögal censé le purifier de ses démons. Ce rituel ayant son importance dans ce qui va suivre, on ne peut que saluer l’initiative d’Urban de proposer la lecture de ses pages dans ce tome.

L’Acte I, Batman meurt à l’aube, comprenant les épisodes #672 à #675 de la série Batman va quant à lui revenir sur l’histoire des trois Batman, ces policiers qui ont été formés afin de remplacer le super-héros si celui-ci venait à disparaître et dont nous avons pu voir leurs déchéances dans le premier volume de la collection. Nous découvrons ici que ces trois Batman furent conçus par le docteur Hurt, personnage primordial puisqu’il est au centre de l’acte II de ce tome, Batman R.I.P, qui s’étale sur les numéros #676 à #681 et qui représente le gros morceau de cet album mais également le pivot du run de Grant Morrison sur le personnage de Batman.

Le Gant Noir dirigé par le docteur Hurt

D’une densité tellement incroyable qu’on en découvre encore des nouveaux éléments et des nouvelles perspectives après plusieurs lectures, Batman R.I.P nous conte donc la bataille entre un Batman sur le fil du rasoir et l’organisation du Gant Noir dirigé par le docteur Hurt dont l’identité ne nous est jamais totalement confirmée. Est-ce le diable ? Est-il Thomas Wayne, le père de Bruce ? Autant de question, dont la réponse n’est jamais dévoilée clairement. Car ici plus que dans tout son run, Grant Morrison use de l’hyper-compression à foison (et à outrance) en tant que procédé narratif. Il n’est pas rare alors de trouver de multiples indices dans une seule et même case tout comme la lecture d’une page nous fera faire un bond formidable dans l’intrigue sans avoir à user de dialogues. Seule l’image compte et elle en dit beaucoup pour peu que l’on soit attentif et familier avec l’univers de Morrison et celui de la chauve-souris.

Dès lors cette exigence dans la lecture peut apparaître comme un frein à la découverte de l’histoire et au plaisir qu’on pourrait y ressentir. C’est une situation un brin paradoxal : la saga sur Batman la plus ambitieuse depuis des années est également la plus difficile à appréhender. A ce niveau on ne peut que rendre hommage au travail éditorial d’Urban Comics qui non content de proposer des extraits de la série 52, nous propose également des clés de lecture dans l’introduction de l’ouvrage.

Si Batman R.I.P est une saga si intéressante c’est bien sûr parce que Grant Morrison y développe ses théories sur le personnage et notamment celle qui consiste à nous montrer que toutes les histoires du justicier depuis sa création en 1939 peuvent se comprimer sur une durée d’environ dix ans. Véritable tour de force puisqu’il s’agit alors d’expliquer en quoi des périodes comme celles des années 50 où, du fait de la censure, Batman combattait des aliens, peuvent cohabiter avec des périodes plus noires et réalistes telles celles que nous avons pu lire dans les années 70 et 80. Plutôt que d’occulter ces passages, Morrison va ingénieusement les digérer au sein de son récit et les expliquer via une astuce narrative intéressante qui s’inspire de l’épisode #156 de la série : certaines aventures de Batman les plus extraordinaires sont le fruit de son imagination suite à une expérience scientifique dont il fut le cobaye. Afin de mieux comprendre la psychologie du Joker, Batman accepta d’être enfermé dans une pièce et d’être totalement coupé de l’extérieur durant un mois.

Le Batman de Zur-en-arrh (Bat-mite derrière lui)

Suivant les conseils d’Alfred son majordome, il consigna alors ces aventures imaginaires dans un « dossier noir » afin de pouvoir s’y référer au besoin. Cette explication permet donc d’intégrer les différentes périodes de la carrière éditoriale du personnage de façon intelligente tout en l’inscrivant dans les thématiques chères à l’auteur sur le quatrième mur et les pouvoirs de l’imagination tel qu’on peut le voir avec le personnage de Bat-mite. Cet extra-terrestre venant de la cinquième dimension et fan de Batman qui l’accompagna durant les années 50 devient ici une sorte de garde-fou que Bruce Wayne s’est créé. De la même manière il s’est conçu le Batman de Zur-en-arrh, une personnalité de rechange au cas où un ennemi l’abattrait sur le plan mental et qui provient là aussi des épisodes des années 50 où un homme s’inspire du chevalier noir et combat le crime sur la planète Zur-en-arrh.

 

L’imagination comme arme de défense contre un ennemi terrible, on savait Batman puissant mais on atteint là un sommet en la matière. Croyant l’avoir mis à terre, l’organisation du Gant noir et le docteur Hurt vont donc vite déchanter (là où un Joker plus terrifiant que jamais  saura très vite que son ennemi a trouvé les ressources pour s’en sortir). La bataille entre le Gant Noir et un Batman aidé de ses partenaires (Robin, Nightwing, Damian Wayne) est terrible et sonne donc le glas d’une époque qui a vu Batman vivre sous différentes formes qui sont réunis dans un final apocalyptique. Batman est mort, vive Batman.

 

Nightwing, le successeur

 

 

(1) Maxi-série composée de 52 épisodes qui fut publiée chaque semaine entre mai 2006 et mai 2007 aux USA (mai 2007 à novembre 2008 en France), 52 raconte les aventures de différents super-héros secondaires après les retraites provisoires de Batman, Superman et Wonder-Woman suite aux événements du cross-over Infinite Crisis.

 

 

Grant Morrison présente Batman – Tome 2 : Batman R.I.P contient les épisodes Batman # 672-681 et des extraits de 52 # 30 et 47 (Urban Comics, DC Comics)

Ecrit par Grant Morrison

Dessinée par Tony Daniel

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