On a lu… Grant Morrison présente Batman – Tome 4 : Le Dossier Noir

On a lu… Grant Morrison présente Batman – Tome 4 : Le Dossier Noir

Note de l'auteur

Grant Morrison présente Batman – Tome 4 : Le Dossier Noir

S’il contient des épisodes remarquables, la sortie de ce quatrième tome est surtout l’occasion de constater l’énorme travail éditorial d’Urban Comics sur une œuvre disséminée sur plusieurs séries et parfois hermétique. Grant Morrison présente Batman – Tome 4 : Le Dossier Noir ou pourquoi cette édition est peut-être la meilleure au monde.

 

Faisons le point sur la situation depuis l’arrivée du scénariste écossais sur le titre. Après une croisade contre le crime sans précédent dans la carrière du chevalier noir, ce dernier découvre qu’il a un fils, Damian, âgé d’une dizaine d’années et élevé par la Ligue des Assassins dirigé par sa mère Talia al Ghul. Outre ce rejeton pas évident à gérer, Batman va devoir affronter des policiers entraînés pour le remplacer devenus dingues ainsi q’un mystérieux tueur qui décime les membres du Club des héros, un groupe de super-héros inspirés par son travail. Mais tout cela n’est rien face à l’être qui est derrière tout cela, le docteur Hurt et son organisation, le Gant Noir. En luttant contre eux, Batman est poussé dans ses derniers retranchements et n’arrive à s’en sortir qu’au terme d’un terrible combat.

 

Pas le temps de souffler, Batman doit rejoindre la Justice League afin de combattre Darkseid et ses armées, une saga que l’on peut découvrir dans Final Crisis. Malheureusement il perdra la vie face au seigneur d’Apokolypse. Dick Grayson et Damian Wayne décide de continuer le combat, ils seront les nouveaux Batman et Robin. Après quelques aventures du nouveau Dynamic Duo, Dick a la confirmation que Bruce Wayne est bel et bien en vie.

 

Voilà où nous en sommes à présent et si nous découvrirons dans le cinquième tome comment Bruce Wayne reviendra d’entre les morts, le quatrième tome va quant à lui se consacrer à éclaircir les zones d’ombre qu’elles soient au sein de l’histoire ou bien au sein même du processus créatif de Grant Morrison. Concrètement, ce tome est divisé en trois parties : La Pièce Manquante consacrée aux événements se déroulant pendant Final Crisis ; Le Batman, la Mort et le Temps correspondant à l’épisode #700 de la série ; et enfin Le Dossier Noir proprement dit.

 

Grant Morrison, the great maker

Quand on aborde le run de Grant Morrison, il y a une donnée importante à prendre en compte. L’Écossais génial conçoit ses histoires sur la globalité mais également en fonction de la parution initiale de la série. La série Batman étant publiée tous les mois au sein d’un vaste univers partagé, il faut donc savoir utiliser cette périodicité pour jouer au mieux avec le lecteur assidu. En 2008 et 2009, en même temps qu’il écrivait les épisodes de l’arc Batman R.I.P, Morrison était le maître d’œuvre de l’event Final Crisis et si Batman n’y tient pas un rôle majeur, il n’en est pas moins impacté par cette aventure. Ainsi, après la fin de Batman R.I.P (dans Batman #681), le lecteur de l’époque eut la surprise de découvrir, dans Batman #682, un Batman prisonnier de Darkseid et victime de tortures mentales terrifiantes.

 

 

Surpris de ce changement brutal entre deux épisodes, le lecteur eut un peu de peine à raccrocher les wagons malgré la lecture de Final Crisis en parallèle. C’est que dans l’esprit de Morrison, il restait encore des choses à raconter, des événements manquants dont l’impact narratif serait renforcé s’ils n’étaient lus que plus tard au cours de son run. Ce n’est que près d’un an et demi plus tard (dans Batman #701 et #702) qu’on découvrira ce qui s’est passé entre le moment où Batman s’échappe de l’épave de l’hélicoptère à la fin de Batman R.I.P et le moment où il se fait capturer par les hommes de Darkseid. C’est également à ce moment-là que l’on découvre les détails de la confrontation entre Batman et Darkseid et que l’on comprend pourquoi notre héros n’est pas mort mais se retrouve sur Terre à l’âge préhistorique. Au moment de la parution de ces épisodes, le lecteur fan de ce run (et on le comprend) se délecte également des séries Batman & Robin et The Return of Bruce Wayne où ce dernier voyage à travers le temps pour revenir à notre époque tandis que ses alliés doivent lutter contre une terrible menace. On peut donc légitimement se dire que Morrison exploite au maximum les spécificités de son média. On peut y trouver à redire (notamment que tout ce travail peut provoquer un sentiment de rejet dû à l’éclatement des intrigues dans le temps et entre les revues), mais le sentiment général est bien une certaine forme de respect vis-à-vis d’un scénariste doué.

 

Si cette lecture est follement passionnante à suivre en direct, elle se révèle être un dilemme pour un éditeur désireux de pérenniser dans le temps un run aussi fort. Le placement de ces épisodes au sein d’une collection pose un épineux problème. Doit-on mettre directement à la suite de Batman R.I.P les épisodes de la torture de Batman, au risque de rendre perplexe un lecteur n’ayant pas Final Crisis à sa disposition ? Le choix d’Urban est très intelligent et révèle une compréhension du travail de Morrison et du marché français. Dans ce quatrième tome, les épisodes #682, #683, #701 et #702 sont proposés en même temps et forment  un arc unique nous dévoilant les tenants et les aboutissants d’un monumental combat. Ce choix éditorial est d’autant plus à saluer qu’il nous permet de suivre au mieux un passage pas forcément des plus évidents dans lequel Batman nous montre encore sa toute puissance. En effet, quel humain peut arriver à utiliser ses propres souvenirs comme armes pour vaincre son adversaire ?

 

Batman #700

La deuxième partie du tome est consacré à l’épisode #700 de la série Batman. Épisode anniversaire s’il en est, il nous présente une histoire à travers le temps et les époques où différents Batman (trois pour être précis : Bruce Wayne dans le passé, Dick Grayson à notre époque et Damian Wayne dans le futur) vont devoir résoudre une seule et même enquête. Un magnifique épisode qui nous balade au fil des cases entre plusieurs ambiances que vont instaurer les dessinateurs Tony Daniels, Frank Quitely et Andy Kubert. Un vrai régal d’autant plus fort qu’il se conclue sur une vaste évocation du mythe Batman qui perdure à travers le temps et même après des millénaires comme on peut le voir avec le florilège des différents Batman dans les dernières pages (au passage, c’est un plaisir de revoir Terry McGinnis, le Batman de la série animée Batman, la Relève).

 

 

Enfin on arrive au Dossier Noir en tant que tel. Sous ce nom, que Batman a souvent utilisé dans les précédents épisodes, se trouve un carnet dans lequel notre héros consigne les aventures les plus dingues qui lui sont arrivées qu’elles soient réelles ou non. Il s’agit d’une des astuces narratives de Morrison afin de justifier le fait que toutes les aventures de Batman peuvent être compilées sur une période d’une dizaine d’années comme il l’explique dans l’introduction du Dossier Noir. Car ce dernier est aussi un ouvrage anthologique édité par DC et regroupant les différents épisodes sur lesquels Morrison s’est appuyé pour concevoir son run. Chaque épisode est commenté par l’auteur et permet alors au lecteur de mieux comprendre sa démarche et d’en voir les inspirations. On découvre ainsi les épisodes avec le Club des Héros, avec Bat-Mite, la planète Zur-En-Arrh ou bien encore celui de l’expérience d’isolement total.

 

Le Dossier Noir

Si on expose ici les influences du scénariste, c’est aussi l’occasion de découvrir des épisodes d’un autre temps et d’une autre époque mais pas dénués d’intérêt et de plaisir en tant que tel. C’est également l’occasion d’admirer le travail d’anciens artistes trop souvent oubliés aujourd’hui. On saluera encore une fois l’édition d’Urban qui alterne les différents types de papier afin de mieux mettre en valeur les épisodes. Un papier glacé pour les épisodes de Morrison et un papier mat pour les épisodes anciens. Enfin, on appréciera l’ajout de trois épisodes plus récents, Batman #452 à #454 d’août à septembre 1990, introduisant un personnage important dans les événements à venir dans les prochains tomes.

 

 

 

Faisant clairement office de clé de voûte de l’ensemble de la collection, Grant Morrison présente Batman – Tome 4 : Le Dossier Noir nous donne donc les derniers éléments qui nous manquaient à la fin de Batman R.I.P afin de mieux nous préparer à ce qui va suivre : Le retour de Bruce Wayne.

 

 

 

Grant Morrison présente Batman – Tome 4 : Le Dossier Noir (DC Signatures, Urban Comics, DC Comics) contient les épisodes :

  • Batman #682, #683, #700 à #702 écrit par Grant Morrison et dessiné par Tony Daniel, Lee Garbett, Frank Quitely, Scott Kolins, Andy Kubert et David Finch
  • Detective Comics #215 écrit par Ed Hamilton et dessiné par Sheldon Moldoff
  • World’s Finest Comics #89 écrit par Ed Hamilton et dessiné par Dick Sprang
  • Batman #113 écrit par France Ed Herron et dessiné par Dick Sprang
  • Detective Comics #267 écrit par Bill Finger et dessiné par Sheldon Moldoff
  • Detective Comics #235 écrit par Bill Finger et dessiné par Sheldon Moldoff
  • Batman #156 écrit par Bill Finger et dessiné par Sheldon Moldoff
  • Batman #452 à #454 écrit par Peter Milligan et dessiné par Kieron Dwyer
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