On a lu… Happy ! de Grant Morrison et Darik Robertson

On a lu… Happy ! de Grant Morrison et Darik Robertson

Note de l'auteur

Happy !

In every life we have some trouble
When you worry you make it double
Don’t worry, be happy……

 

Quand le grand scénariste écossais rencontre le dessinateur de The Boys, on se dit que le résultat sera à la hauteur de nos attentes. Voyons dans le détail ce qu’il en est.

 

Nick Sax est un pourri. Un vrai de vrai qui a foutu toute sa vie en l’air et qui n’hésite pas à se noyer dans l’alcool et à prendre tous les contrats possibles et inimaginables. Ancien flic devenu tueur à gages, Nick est maintenant dans la merde après avoir salopé une mission ; le voilà poursuivi par ses anciens collègues et par la mafia. Pour couronner le tout voilà qu’Happy lui demande d’aller sauver une petite fille qu’un taré de père Noël a enlevée. Happy va tout faire pour aider Nick et tenter de le remettre sur le bon chemin en lui montrant que le monde n’est pas si horrible que cela. Happy est gentil, Happy est bon, mais surtout Happy est un petit cheval bleu que seul Nick peut voir.

 

« Si tu veux vraiment t’en sortir vivant, écoute ce que dit le cheval qui parle »

 

2012 : Alors qu’il raconte les premières aventures de Superman dans la série Action Comics et qu’il entame la dernière ligne droite de son fantastique run sur Batman, le scénariste Grant Morrison commence à s’éloigner du comics mainstream pour revenir à des « petites » séries. Composé de quatre épisodes, Happy ! peut se voir comme un projet mineur de l’auteur et bien qu’on ne puisse pas le comparer à ses autres vastes sagas (tel que New X-Men ou The Invisibles), il n’en reste pas moins une agréable lecture ; et ce d’autant plus qu’il fait partie des oeuvres du bonhomme qui peuvent être une belle porte d’entrée dans l’univers d’un auteur souvent jugé hermétique.

 

l’âne fatal

Avec un pitch ultra simple qui ne déviera jamais de sa route (un ex-flic et son comparse vont tenter de survivre à une nuit de dingue et sauver une petite fille), le scénariste possède une bonne assise pour développer certaines de ses idées qu’on a déjà pu voir dans ses autres récits. Si Batman avait déjà pu compter sur l’aide de Bat-mite lors de l’arc Batman R.I.P, l’idée du compagnon imaginaire pouvait être considérée comme noyée dans ce torrent d’idées et de concepts que fut cette aventure de la chauve-souris, alors que dans Happy ! celle-ci peut se permettre d’être plus développée.

 

Morrison détourne donc les codes du buddy-movies en faisant d’un des deux compères un personnage imaginaire en la personne d’un petit cheval bleu. L’incongruité de la chose et le fait que seul Nick peut voir Happy, offrent au récit des moments très drôles qui pourtant n’enlèvent rien à sa noirceur. Car Happy ! est un polar hardboiled âpre et sans réelles concessions. Nick ne nous est jamais présenté sous un beau jour, du début à la fin il reste une véritable loque humaine que seul un ultime soubresaut empêche de sombrer totalement.

 

Darrick Robertson

Avec autour de lui des flics corrompus, des gangsters sans foi, ni loi et des véritables psychopathes, on ne peut pas dire que le reste de la distribution équilibre l’atmosphère. Dessinateur de The Boys (écrit par Garth Ennis dont le Punisher va ressortir en décembre chez Panini et dont on attend fébrilement la ré-édition de Preacher par Urban), Darick Robertson apporte son talent dans la description d’un monde tellement corrompu et pourri jusqu’à la moelle qu’il en risque même de faire disparaître les créations de l’enfance.

 

Don’t Worry

Au même titre que son run sur Animal Man (c’est ressorti en omnibus cette année chez DC, on compte sur Urban pour le mettre sur leur planning 2014), Happy ! condense beaucoup de thématiques et de techniques propres à l’auteur. Ainsi on retrouve son merveilleux sens de l’hyper-compression qui nous fait passer des centaines d’informations et d’événements dans quelques cases à peine. Surtout Happy ! permet à Morrison de nous faire prendre à nouveau conscience du pouvoir de l’imagination et du rôle de celle-ci dans la structure mentale même d’un individu. Compagnon imaginaire d’un ex-flic ayant perdu toutes ses illusions et ce afin de sauver un enfant d’un homme ayant perverti l’une des incarnations les plus fortes de l’imaginaire (à savoir le père Noël), Happy devra lui-même se confronter à la « réalité » du monde à ses risques et périls. En renvoyant dos à dos réalité et imaginaire, Morrison nous démontre encore une fois son habileté à jouer entre différents niveaux de lectures jusqu’à atteindre un paroxysme très déstabilisant quand Happy brise le 4ème mur et s’adresse directement au lecteur.

 

Un récit mineur de Grant Morrison reste un excellent récit et Happy ! nous le prouve une fois de plus. En quatre épisodes (tous présents dans cette édition qui propose donc l’intégralité de l’histoire), le scénariste écossais nous fait toujours plaisir et Robertson nous régale les yeux. Une excellente récréation en somme qui nous donne encore plus envie de découvrir les prochains projets de Morrison. Dans ses cartons : Wonder Woman Earth One.

 

 

 

Happy ! (Contrebande, Delcourt, Image Comics) comprend les épisodes #1 à #4 de la série

Ecrit par Grant Morrison

Dessiné par Darick Robertson

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