On a lu… Hulk et la Chose – Le Grand Chambardement

On a lu… Hulk et la Chose – Le Grand Chambardement

Top BD – Hulk et la Chose

Retour en arrière maintenant dans nos On a lu… avec ce qui est probablement la plus grande aventure du titan vert et du monstre de pierre. Ils se sont souvent battus l’un contre l’autre durant toutes ces années mais jamais on n’aurait cru à l’impensable : qu’ils fassent équipe. C’est pourtant ce que nous racontent Jim Starlin et Bernie Wrightson dans un graphic novel qui manie aussi bien l’épique que le comique.

Si aujourd’hui les comics de super-héros trônent fièrement dans les rayonnages des libraires, il n’en fût pas toujours ainsi. L’amateur d’aventures d’héros costumés devait donc hanter les kiosques et les maisons de presse pour avoir sa ration. C’était un temps où la question : « Vous avez reçu le dernier numéro de Strange ? » revenait régulièrement. La formule de Strange (une revue proposant différentes séries de super-héros) a fait école en France, toutefois elle se trouva limitée pour pouvoir accueillir des récits complets au format différent. La collection Top BD de l’éditeur Lug permit donc de proposer des histoires complètes éditées aux USA sous la forme de mini-série ou de graphic-novel. Parmi toutes les histoires de cette collection, Hulk et la Chose – Le Grand Chambardement demeure un must de par ses dessins magnifiques et son histoire prenante.

Alors qu’ils vaquaient chacun à leurs affaires (l’un allait venir aux mains avec des fripouilles de Yancy Street et l’autre détruisait une statue dans le désert), Ben Grimm alias la Chose et Bruce Banner alias Hulk se retrouvent téléportés sur une planète lointaine où ils se voient proposer un marché : en échange de leur aide pour récupérer un scientifique capturé par le boss de la mafia locale, il leur sera accordé deux vœux. La Chose accepte sans hésiter pensant qu’il pourra retrouver son aspect normal très vite et éradiquer la faim sur la Terre.

Ce qui frappe d’emblée à la lecture d’Hulk et la Chose, c’est son humour et son ton léger. Ici point de grande bataille cosmique entre tous les super-héros et un grand méchant qui menace l’univers, nous avons davantage à faire à un buddy movie tout ce qu’il y a de plus classique et de plus réjouissant. Un duo de personnages que beaucoup de choses opposent (et qui, par le passé, ont rarement hésité à se foutre sur la tronche), une intrigue à résoudre en un temps imparti et des méchants bien méchants. Bref Hulk et la Chose c’est l’équivalent papier de 48 heures, Double Détente ou l’Arme Fatale.

Cette approche est tout de même étonnante quand on voit qui est derrière la machine à écrire : Jim Starlin. L’homme qui a créé Thanos, qui a écrit parmi les plus grands récits cosmiques de la maison d’édition ou qui a tué Captain Marvel dans un récit bouleversant, n’est pas a priori celui qu’on inviterait pour aller se fendre la poire en buvant des binouzes. Pourtant, force est de constater qu’il offre un récit délirant du début à la fin. Après une solide introduction, le récit s’ouvre sur Uatu le Gardien, une entité cosmique qui observe le déroulement de l’histoire de l’univers sans jamais intervenir, qui nous informe qu’il n’est pas intéressé que par les événements à l’échelle galactique mais qu’il est aussi amateur de l’anecdote bouffonne à l’échelle humaine. Qu’on ne s’y trompe pas, à travers ce personnage c’est bien entendu Starlin qui nous parle.

Attention. Hulk va raisonner

Et ce dernier nous embarque donc dans une aventure sans temps mort même dans le passage où Hulk fait un monologue monosyllabique sur le sens de l’existence afin de raisonner ses ennemis. Perdus sur une planète étrangère, nos deux titans vont devoir user de stratagèmes divers et user des poings pour mener à bien leur mission. La naïveté de Hulk (aussi grande que sa colère), la gouaille de la Chose et son sens de la répartie, cimentent un duo d’enfer. La BD regorge de moments excellents et drôles tels que cette scène où les deux gus se trouvent dans un chargement de vers de terre et où Ben Grimm se sent mal. Ou bien encore quand pour provoquer Hulk, afin qu’il utilise toute sa force, la Chose lui dit que le méchant vient d’affirmer que sa mère avait couché avec Popeye et que c’est à cause des épinards qu’il est vert.

L’autre grande force d’Hulk et La Chose c’est son dessin. Habitué à collaborer avec Starlin, Berni Wrightson (créateur avec Len Wein de Swamp Thing), exploite totalement son format et offre des planches magnifiques. Il arrive à restituer la puissance tout en muscle d’Hulk et l’aspect massif de la Chose et effectue un travail sur les visages remarquable tant ceux-ci offrent un vaste panel d’émotions.

Les coups de gueules légendaires de la Chose n’en sont que plus savoureux. En plaçant le récit dans un contexte science-fictionnel très fort, Starlin permet à Wrightson de développer toute l’affinité qu’il porte à l’univers de Metal Hurlant (Wrightson ayant écrit un des segments du film) et cela se ressent beaucoup notamment dans le passage dans les marais quand les deux mastodontes doivent combattre une sentinelle de la mort.

Paru en France en 1988, Hulk et la Chose – Le Grand Chambardement n’a jamais pu avoir les honneurs d’une nouvelle édition en librairie. Quelle qu’en soit la raison (on sait que beaucoup de rééditions dépendent avant tout du matériel disponible aux USA), cela ne doit pas nous faire oublier cette grande aventure. Au même titre que pour les jeux vidéo, l’occasion est l’amie du lecteur. N’hésitez donc pas à fouiner sur le net ou chez les bouquinistes pour trouver cette petite merveille.

Amis pour la vie

 

 

Hulk et La Chose – Le Grand Chambardement (Top BD, Lug, Marvel)

Ecrit par Jim Starlin

Dessiné par Berni Wrightson

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