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On a lu… Ice Age Chronicle of the Earth (T.1) de Jirô Taniguchi

On a lu… Ice Age Chronicle of the Earth (T.1) de Jirô Taniguchi

Note de l'auteur

9782505063643_1_75L’éditeur Kana nous propose de découvrir dans sa collection Made In, un titre inédit du grand, de l’immense Jirô Taniguchi, auteur de Icare, Le Sommet des Dieux ou encore Quartier Lointain et c’est avec beaucoup de délectation que je me suis plongé dedans. Au milieu de l’immense œuvre du maître, Ice Age Chronicle of the Earth, sorti entre 1987 et 1988 au Japon, se situe dans le genre Sci-fi et malgré ses presque 30 ans, le titre reste toujours aussi actuel et moderne. Entre récit d’anticipation et fable écolo post-apocalyptique, Jirô Taniguchi nous amène sur des terres de glace plus qu’hostiles.

 

Quelques années avant ses visions poétiques et contemplatives du quotidien au Japon dans les 90’s, le mangaka s’essayait à la science-fiction d’anticipation aride et oppressante. Au croisement de Mœbius et Métal Hurlant, le titre offre une autre facette de son auteur avec un développement classique mais savamment maîtrisé. On retrouve déjà son souci du détail, sa justesse dans la construction des personnages et sa constante et minutieuse observation de la nature. Ice Age Chronicle of the Earth nous dresse le portrait d’une planète à l’agonie sur laquelle la vie est avant devenue une histoire de survie.

 

Dans un futur indéfini, notre belle planète subit de plein fouet une nouvelle ère glacière. Une poignée de survivants tente de s’acclimater et se voit obliger de s’enfoncer toujours plus loin sous terre. Au pôle-nord, le complexe minier de Tarpa abrite quelques centaines d’ouvriers. Parmi eux, Takeru, un jeune homme rebelle et fils du PDG, se retrouve à la tête des mineurs suite à un accident mortel. La mine presque épuisée et les installations vétustes compliquent grandement la tâche des hommes et des femmes qui y vivent. Histoire de pimenter un peu plus les choses, l’hiver est en avance et les courants atmosphériques à la surface se déchaînent. Malgré ses réticences à endosser les responsabilités de chef, Takeru se voit obligé de prendre les choses en main suite à la mort de certains de ses compagnons. Il se retrouve alors à diriger une petite équipe d’hommes, obligés de monter à la surface afin d’y trouver de l’aide. Débute alors un voyage initiatique sur des terres désolées et pleines de dangers.

 

ice_1-03Avec ce titre, Taniguchi fait valoir sa conception «julevernienne», selon ses dires, du récit d’anticipation, qui constitue pour lui la voie royale de la bande-dessinée. Les influences du mangaka sont multiples, que ce soit comme cité plus haut, Métal Hurlant et Mœbius avec qui il a travaillé sur Icare mais également Hayao Miyazaki dans le design des machines volantes ou encore Osamu Tezuka. Fort de toutes ces références, Taniguchi crée un univers avec une architecture propre et un bestiaire parfaitement reconnaissable quoique légèrement modifié. Le détail apporté aux infrastructures minières est tout bonnement hallucinant et favorise considérablement l’immersion. Le lecteur se retrouve transporté au milieu de ces hommes qui tentent de survivre par tout les moyens et c’est bien ce qui fait la force du titre. Rien ne semble laissé au hasard et l’auteur entend bien nous faire vivre une expérience difficile et haletante.

 

A partir d’un postulat de base relativement classique, à savoir la quête initiatique d’un jeune homme devenant un adulte, Ice Age Chronicle of the Earth parvient à élargir son récit à la question écologique ainsi qu’à une dimension mystique et légendaire. Ce premier tome instille des éléments fantastiques en transformant peu à peu Takeru en figure quasi-messianique, sauveur de l’humanité. Encore une fois, rien de franchement nouveau en terme de récit mais Taniguchi gère parfaitement sa narration ainsi que la progression dramatique de son histoire. Bien que ce premier tome soit une vraie réussite, on ne peut cependant s’empêcher de craindre la parution du second et dernier tome. Car oui, le titre n’est qu’un diptyque et cela semble assez maigre pour pouvoir totalement développer l’univers dans lequel nous nous sommes embarqués et clôturer de manière convenable et satisfaisante le récit. Le lecteur sait cependant à quoi s’en tenir dès la préface de l’auteur, dans laquelle ce dernier évoque «la démesure de son ambition initiale» et où il explique que «en rapport avec les contraintes de la prépublication en magazine au Japon, il fut décidé de sortir Ice Age en deux tomes, ce qui ne lui a pas laissé les moyens de développer tous les éléments du récit qu’ il avait en main et qui resteront comme des mystères».

 

On se demande alors si la frustration sera de mise à la fin du second tome ou si malgré tout, le lecteur se verra offrir une conclusion à la hauteur de ce qu’il est en droit d’attendre. Pour le moment, on ne peut que se délecter face à ce premier tome classique mais terriblement solide et saluer l’éditeur Kana pour nous offrir l’occasion de découvrir une nouvelle œuvre du maître.

 

Ice Age Chronicle of the Earth (T.1) de Jirô Taniguchi aux éditions Kana

Sorti le 20 mars 2015

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