On a lu… Iron Man – Extremis de Warren Ellis et Adi Granov

On a lu… Iron Man – Extremis de Warren Ellis et Adi Granov

Note de l'auteur
Iron Man - Extremis

Iron Man – Extremis

Quand l’auteur d’une des œuvres les plus anarchistes de ces vingt dernières années rencontre le super-héros le plus libéral de l’univers Marvel, alors cela ne peut que donner quelque chose d’exceptionnel.

 

Personnage incontournable de la cosmologie initiée par Jack Kirby et Stan Lee, Iron Man est également devenu la mascotte de l’univers cinématographique. Pour la plupart des gens et pendant encore des années, Tête de fer sera ce playboy à la gouaille incroyable incarné par Robert Downey Jr. Toutefois, il est intéressant de constater que Tony Stark est un des personnages qui a connu le plus de variations depuis sa création en 1963. Marchand d’armes,  playboy, militant, alcoolique, self made man, SDF, « bon » capitaliste, philanthrope, manipulateur, génie visionnaire, dragueur, etc. Rappelons également qu’Iron Man fut un des premiers super-héros à passer le relais à un autre. En l’occurrence Jim Rhodes, alors que Tony, ayant totalement sombré dans l’alcoolisme, ne pouvait plus rien faire.

 

Autour du run incontournable de David Michelinie, Bob Layton et John Romita Jr s’articuleront d’autres périodes passionnantes ou du moins intéressantes. On pense notamment au travail de Dennis O’Neil, au run de John Byrne et à la reprise de David Michelinie. Toutefois, viennent contrebalancer des périodes insipides, creuses et très mauvaises. Durant les années 90, on sent que les différents scénaristes ne savent que faire du personnage de Stark et lui invente des nouveaux handicaps, singeant ainsi ce qui faisait la force du personnage dans les années 70.

 

The Invicible Iron Man (vol3) #76

The Invicible Iron Man (vol3) #76

Le comble fut atteint quand on fit de Stark un ennemi manipulé par Kang, qu’il se sacrifia et qu’il fut remplacé par une version plus jeune de lui-même venu d’une réalité parallèle. La lucidité revint toutefois et le personnage tel qu’on le connaît fut relancé à la fin des années 90. Arrive alors Warren Ellis et Adi Granov. On ne présente plus le premier et son apport au genre. Granov, quant à lui, se fit connaître des lecteurs d’Iron Man via les couvertures magnifiques qu’il conçut pour la série. On pense notamment à celle d’Iron Man #76 devenu ensuite une illustration pour le film Iron Man, Granov étant devenu également un des concepteurs graphique du film. En 2005, Marvel décide de reconstruire les Avengers en les confiant à Brian Bendis. Jugeant qu’il fallait appliquer la même formule que pour la JLA de Grant Morrison, Bendis décide de créer un groupe plus resserré de personnage autour de figure tutélaire forte, ça sera les New Avengers. Mais avant cela, il faut détruire le groupe, ce dont se chargera le scénariste dans Avengers Dissassembled. Profitant de l’occasion, Marvel va arrêter certaines séries notamment Thor, Captain America et Iron Manpour mieux les relancer ensuite. C’est là que Warren Ellis intervient.

 

 

Iron Man #2

Iron Man #2

Chargé de moderniser le personnage et le présenter à une nouvelle génération, Ellis va écrire six épisodes qui aujourd’hui encore font partie des meilleurs récits du personnage. On loue souvent la qualité du film Iron Man pour avoir su présenter un super-héros dans un environnement réaliste mais on peut dire qu’il avait un beau modèle sur lequel s’appuyer. Faisant l’inventaire du personnage, Ellis va le redéfinir en tant que génie scientifique et visionnaire partagé entre son besoin de créativité et ses impératifs de businessman. La dualité sera d’ailleurs une des clés du récit via, notamment Stark et Maya Hansen se renvoyant la balle durant toute l’histoire et l’opposition homme/machine via l’antagoniste de l’arc.

 

 

Entre ces premiers travaux pour Marvel et Iron Man – Extremis, Warren Ellis a écrit son chef-d’œuvre à savoir Transmetropolitan. Il aborde ainsi l’univers de Tête de fer (que Stan Lee présenta comme une tentative de créer un héros dont la représentation est détestée des lecteurs) avec une certaine sagacité et une véritable joie au moment de mettre dos au mur libéraux, conservateurs et penseurs. Rien n’est simple dans l’univers d’Ellis et la solution sera, on s’en doute, extrême, la fusion avec la machine apparaissant alors comme la conséquence inévitable pour un homme qui a toujours compté sur elle pour vivre.

 

Adi Granov

Adi Granov

Conçu comme un véritable blockbuster, Iron Man – Extremis se paye le luxe d’être à la fois un récit ancré dans la continuité, une histoire déconnectée pouvant être lue et appréciée de chacun et enfin une saga modelant le futur Tony Stark dans l’univers Marvel. Rappelons qu’Extremis se conclut au moment où se lance Civil War dans lequel le personnage d’Iron Man tient une place fondamentale. Si cet arc tient toujours autant la route, c’est également grâce au dessin d’Adi Granov. À l’aise dès le début avec le personnage (les couvertures qu’il élaborait depuis un moment lui ont permis de se familiariser avec le personnage), Gradov distille une atmosphère visuelle toute particulière qu’on pourrait retrouver dans des thrillers tels que ceux de la saga Jason Bourne. Le dessinateur est clairement le responsable de cette ambiance qui fait de cet ouvrage une lecture totalement conseillée au même titre qu’un Batman : Year One.

 

 

 

 

Iron Man – Extremis (Marvel Graphic Novels, Panini Comics, Marvel Comics) comprend les épisodes Iron Man (vol4) #1 à #6.

Écrit par Warren Ellis

Dessiné par Adi Granov

Prix : 20.30 €

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