On a lu… Jeu d’ombres (T.1 Gazi !) de Loulou Dedola et Merwan

On a lu… Jeu d’ombres (T.1 Gazi !) de Loulou Dedola et Merwan

Note de l'auteur

Génération banlieue, Jeu d’ombres nous emmène dans les quartiers périphériques sans préjugés, juste pour constater. Avec une intrigue franchement captivante au travers du parcours d’un jeune lyonnais qui ne se convainc pas du « c’était mieux avant » et qui veut faire l’histoire. À dévorer.

2036_p1L’histoire : qu’est-ce qui peut arrêter Cengiz, franco-turc de la banlieue lyonnaise, étudiant en droit, laïc, kémaliste, médiateur social, soupape de sécurité des Clochettes à Saint-Fons, énamouré de la belle Viviane, lancé dans l’arène politique ? Pas grand-chose en vérité, si ce n’est le retour de son frère Sayar, caïd embastillé en Turquie, qui fait sa réapparition dans le Rhône.

Mon avis : ultra prenant ce roman noir de la banlieue. Le récit se passe à Saint-Fons, aux Minguettes ou à Vaulx-en-Velin, mais il pourrait se fondre dans n’importe laquelle des banlieues perdues de notre pays. C’est quasi du journalisme ou un docu en immersion dans ces cités où le droit est à géométrie variable.

Le langage, mélange d’argot, de verlan et d’arabe, est d’une contemporanéité absolue. Idem pour la rumeur, mal bien identifié de notre société mais toujours aussi dangereux, qui manque de faire basculer ces Gones des quartiers lyonnais dans l’affrontement avec les forces de l’ordre.2036_p2

Au milieu de tout cela, Cengiz, pur produit du mérite républicain, tente de trouver une voie, comme tant d’autres, entre le repli communautaro-religieux et le bizness illicite. Lui a choisi les études, l’associatif et la politique, pour exister, pour donner des couleurs à sa vie et à son quartier. Ce Cengiz a vocation à faire florès.

Ce « Gazi », guerrier victorieux chez les Turcs et titre de ce premier tome, nous permet de mieux saisir le fonctionnement des quartiers que l’on dit pudiquement populaires. Le rapport à l’autorité, à la délinquance, à la solidarité… On n’est pas dans les poncifs habituels en la matière.

Voilà pour le côté réaliste, pour le côté intrigue, c’est très bien construit, cela se dévore aussi vite qu’un bon kebab, servi sur assiette, celui avec du blé, hein. Suspens haletant et envie pressante de la suite de cette BD prévue en deux tomes. Si le second opus est de la même qualité, on devrait même très rapidement regretter d’avoir à s’arrêter là.

2036_p3Si vous aimez : Ma 6T va crack-er de Jean-François Richet ou La Haine de Mathieu Kassovitz.

En accompagnement : un bon son brut de Magyd Cherfi et des frères Amokrane, Mouss et Hakim, Ma rue par exemple.

Autour de la BD : Loulou Dedola n’a pas une grande expérience de la BD. Mais son 419 African Mafia avec Bonaccorso au crayon, tiré du roman éponyme qu’il a écrit, ajouté à Jeu d’ombres, révèle tout le talent du garçon pour la chose. Et pour d’autres aussi, car ce pur Gone est un heureux touche-à-tout. Leader du groupe Raze city plage (reggae, raï, chansons françaises), auteur-compositeur interprète, écrivain, scénariste, acteur engagé… N’en jetez plus. Il est même figuré dans ce premier tome.

Son comparse, Merwan, est rompu au dessin de BD. De belles réussites (L’Or et le sang) et beaucoup d’activités.

Extraits : « C’est Nizar ?! Le petit qui habite en dessous de chez moi, il deale maintenant, lui ? »

« T’as vu par toi-même. »

« La religion ou la came, y’a que ça qui marche. »2036_p4

Sortie : 21 septembre 2006, Glénat, 64 pages, 14,95 €.

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