On a lu… Justice League – L’autre Terre de Grant Morrison et Frank Quitely

On a lu… Justice League – L’autre Terre de Grant Morrison et Frank Quitely

Note de l'auteur
Justice League - L'autre Terre

Justice League – L’autre Terre

Avec la fin de Trinity War : La guerre des Ligues et l’arrivée de Forever Evil, les personnages du Syndicat du crime venant de Terre-3, sont de nouveau mis sur le devant de la scène. L’occasion parfaite pour Urban Comics de proposer le one-shot de Grant Morrison et Frank Quitely, et l’occasion pour nous de revenir sur une nouvelle et excellente collaboration entre les deux artistes.

 

Bien avant de proposer l’un des meilleurs runs des X-Men depuis le départ de Chris Claremont, bien avant d’offrir l’une des plus belles histoires de Superman avec All-Star Superman, et bien avant de devenir l’architecte d’une reconstruction moderne de Batman, Grant Morrison fut l’initiateur de la relance de la Ligue de Justice à la fin des années 90. Alors tombée dans les limbes du fin fond du trou du derche des ventes, Justice League of America fut annulée par DC Comics en 1996. N’ayant rien à perdre, l’éditeur proposa donc à l’auteur de s’occuper de cette équipe moribonde, alors que les X-Men de la concurrence explosaient tout en terme de vente. Avec l’aide du dessinateur Howard Porter, Morrison va le plus simplement du monde redonner ses lettres de noblesse à l’équipe et en faire un blockbuster des ventes. L’idée première du scénariste écossais est simple : revenir à la source première de l’équipe à savoir la réunion des plus grands héros de l’univers DC.

 

JLA #24

JLA #24

En faisant affronter à Superman, Batman, Wonder Woman, Green Lantern, Flash, Aquaman et le Limier Martien des épreuves incroyables et des ennemis surpuissants, Morrison place ses héros dans une stature quasi-divine des demi-dieux grecs. Pensée comme un blockbuster surpuissant, JLA va s’imposer comme une des plus grandes œuvres du scénariste, et s’il conclut son run en mai 2000 avec le numéro 41, il offre à ses lecteurs un bonus en forme de one-shot survitaminé, tout en renouant avec un des grands concepts fondateurs de DC Comics que ce dernier avait remisé depuis quelques années déjà.

 

Faisons un rapide résumé. Un des grands principes de DC Comics durant des dizaines d’années fut celui des différentes Terres afin de justifier, notamment, l’existence de super-héros portant le même nom (Flash ou Green Lantern notamment) ou bien encore d’inclure les personnages des différentes maisons d’édition que DC racheta, tel que Captain Marvel. Avec le récit Crisis on Infinite Earths publié en 1985, DC mit fin à l’existence de toutes ces Terres parallèles pour n’en garder qu’une seule, dans un souci de rendre plus cohérent son univers. Quand Morrison écrit JLA : Earth 2 (traduit chez nous par Justice League – L’autre Terre¹) il est le premier auteur alors à reprendre le concept.

 

Aux confins de l’univers existe une Terre en apparence semblable à la nôtre… En apparence, car en lieu et place de la Ligue de Justice y existent leurs doubles maléfiques, réunis en un Syndicat du Crime invincible. Seul héros de cette planète, Lex Luthor échappe à la vigilance du Syndicat et vient demander secours à la Ligue.

 

Le syndicat du crime en pleine discussion

Le syndicat du crime en pleine discussion

S’il est vrai que Grant Morrison n’est pas l’auteur le plus facile à aborder et cela même dans ses œuvres les plus populaires (bonne chance à toi lecteur qui lira pour la première fois Return of Bruce Wayne ou Final Crisis), Justice League – L’autre Terre fait partie des histoires les plus accessibles et immédiatement plaisantes du scénariste. En restant dans la même veine d’aventure épique à résonance mondiale, et en se basant sur un des concepts les plus représentatifs de l’âge d’argent des super-héros, Morrison va offrir un condensé de ce qu’il sait faire de meilleur. Ce d’autant plus qu’il peut compter sur les dessins de Frank Quitely qui profite au maximum du format exceptionnel qui lui est offert.

 

L’idée d’une Ligue de Justice devant combattre des versions différentes d’elle-même n’est pas nouvelle² mais l’intérêt de l’histoire de Morrison se trouve dans sa capacité à aller jusqu’au bout de son concept. Toujours attiré par la figure du héros confronté à une autre version de lui-même, il va jouer avec ses personnages dans l’idée de déterminer qui de l’individu ou de l’environnement définit quelqu’un. En habile scribe, Morrison va faire accepter à ses lecteurs des idées assez farfelues mais fonctionnant totalement au sein même du récit. A ce propos, si ce dernier se base sur un des grands concepts de l’éditeur, on ne peut s’empêcher d’y voir également un certain hommage à l’univers miroir de la série classique Star Trek que son spin-off Star Trek : Deep Space Nine avait utilisé à plusieurs reprises et de manière remarquable. Le fait de voir Superman s’affubler d’une petite moustache en tant que Clark Kent est probablement un petit hommage au Spock de l’univers miroir.

 

Alexander Luthor, le héros de Terre-3

Alexander Luthor, le héros de Terre-3

Décrivant un monde « opposé » où le mal est le bien et vice/versa, Morrison a l’intelligence de ne jamais nous pousser à juger ce qu’on pourrait appeler les méchants de l’histoire, bien au contraire. Tel un prestidigitateur qui garde son atout maître pour le sortir à la toute fin, le scénariste mène habilement son récit en passant par certains passages obligés mais également en effectuant un subtil retournement de point de vue sans qu’on s’en rende bien compte au départ.

 

Remise en avant à l’occasion de Forever Evil, le Syndicat du crime s’apprête à mettre la mainmise sur l’univers super-héroïque de DC Comics. S’il est encore trop tôt pour juger de la manière dont les auteurs actuels vont se débrouiller avec ses personnages pas forcément évidents, profitons de l’événement pour redécouvrir une autre des pépites de Morrison et Quitely.

 

 

 

Justice League – L’autre Terre (DC Deluxe, Urban Comics, DC Comics) comprend les épisodes de JLA – Earth 2 deluxe edition

Ecrit par Grant Morrison

Dessiné par Frank Quitely

Prix : 15 euros

Critique basée sur l’édition parue chez Soleil

 

 

 

¹ Prenez de l’aspirine : initialement le Syndicat du Crime vient de Terre-3 (comme ce que nous découvrons à la fin de Trinity War). Étant donné que ces Terres n’existent plus quand Morrison écrit son histoire, il lui semble plus logique et intéressant d’utiliser le terme de Terre-2. Le concept des terres parallèles étant d’actualité, dorénavant la parution de l’histoire de Morrison et Quitely sous son  titre original aurait pu embrouiller les lecteurs (d’autant qu’il existe également une série intitulée Terre-2). Urban a donc modifié le titre.

 

² Après l’oeuvre de Morrison on se souviendra également de la version de la série animée Justice League Animated. Le double épisode de la deuxième saison : A Better World voit nos héros combattrent des doubles venus d’une réalité où Superman et ses partenaires décident de contrôler la Terre après un combat contre le président Luthor dans lequel Flash perdit la vie (ça manque de virgules).

Partager