On a lu… La Mort de Superman – Tome 1 : Un Monde sans Superman

On a lu… La Mort de Superman – Tome 1 : Un Monde sans Superman

Note de l'auteur

La Mort de Superman – Tome 1 : Un Monde sans Superman

Alors que nous assistons à la renaissance de l’homme d’acier sur grand écran, voilà que déboule dans les rayons des librairies un épais et magnifique volume nous narrant son ultime combat. La Mort de Superman ou la preuve que, d’une grande frustration peut naître un grand récit.

 

Alors qu’aujourd’hui Marvel rapproche de plus en plus films et comics afin de créer un univers cross-média relativement cohérent, il faut se rappeler que les rapports étroits entre la bande dessinée et les autres médias existent depuis des dizaines d’années. A ce titre les circonstances ayant amené à la mort du plus grand des super-héros sont un véritable cas d’école. 1992, chez DC on planche sur les futures histoires des diverses séries Superman et les différentes équipes créatives mettent en route le processus narratif pour arriver à un grand événement : Le mariage de Loïs Lane et Clark Kent.

 

Ca bosse dur mais le résultat est là, après des dizaines et des dizaines d’années les deux personnages vont se passer la bague au doigt et quiconque sera contre cette union devra se lever et parler ou se taire à jamais. Et bien sûr il a fallu qu’il y en ait un qui ouvre sa gueule ! En l’occurrence il s’agit de la Warner qui n’est pas trop d’accord sur l’union parce qu’elle avait d’autres plans de son coté. En effet, le propriétaire de DC Comics vient de mettre fin à la série télé Superboy et décide de lancer une nouvelle série de Superman qui se baserait sur la romance entre le super-héros et la journaliste du Daily Planet. Vous l’aurez compris, on parle bien de la série Loïs et Clark : Les Nouvelles Aventures de Superman avec Dean Cain et Teri Hatcher.

 

L’intérêt de la série étant ses jeux amoureux entre les différents protagonistes et le fait de savoir si Loïs (qui mouille sa culotte dès qu’elle voit le slip de Sup’) tombera un jour amoureuse de Clark, il apparaissait vite évident pour la Warner que la BD ne devait pas griller la politesse de la série. Loïs et Clark se marieront certes, mais quand ils le décideront. Donc vous êtes mignons les scénaristes mais vous rangez votre histoire de noce dans un coin, et vous racontez autre chose pendant que nous on s’occupe de faire croire qu’Hatcher est une journaliste hors-pair et Dean Cain un Superman crédible.

 

Autant vous dire que chez DC ils l’avaient bien mauvaise ! La frustration engendrée par la mise à la corbeille de tout un énorme boulot alimenta très certainement la réunion de crise afin de savoir quoi faire pour remplacer le mariage de Loïs et Clark. Il n’est donc guère étonnant que ce qui était au départ une suggestion lancée à la va-vite dans un climat tendu, «on n’a qu’à le tuer », fut rapidement retenue pour son potentiel épique et événementiel en tant que tel, mais également comme point de départ pour de nombreuses histoires intéressantes. Il en fut décidé ainsi, le 17 novembre 1992, le plus grand des héros allait donc mourir.

 

Superman : The Man of Steel #18 – Doomsday arrive !

Cela commence par un simple mais implacable bruit qui se répète inlassablement :

BOOM…
BOOM…
BOOM…

 

Ca continue avec la vision d’un poing ganté massif frappant une paroi métallique inlassablement et d’une telle force que le gant se déchire, révélant une main dotée d’excroissances osseuses redoutables. Cela se conclut par une explosion et la sortie d’un colosse recouvert d’une combinaison verte marchant droit devant lui et détruisant tout sur son passage : Doomsday est là.

 

Telle une avalanche de neige, un tsunami, un tremblement de terre ou une inondation, Doomsday est une véritable force de la nature que rien n’arrête. Sa campagne de destruction est d’autant plus terrible qu’elle ne donne lieu à aucune explication rationnelle. Doomsday ne parle pas, il avance et il détruit. C’est d’abord la Ligue de Justice qui tentera de l’arrêter mais en vain, la créature est bien trop forte. Seul Superman arrivera à l’arrêter mais au prix de sa vie. Dès lors le monde va devoir vivre sans l’homme de demain.

 

Ce qui frappe d’emblée à la lecture de ce pavé qu’est La Mort de Superman, c’est la cohérence de l’ensemble. Cohérence d’autant plus remarquable que l’histoire qui nous est racontée couvre plusieurs séries : Justice League America, Superman, Action Comics, Superman : The Man of Steel et The Adventures of Superman. Bien qu’écrite et dessinée par une multitude d’auteurs, l’histoire n’en reste pas moins remarquable dans sa qualité d’écriture et ce d’autant plus que chaque auteur continue à faire évoluer des histoires secondaires. Cette rigueur éditoriale permet donc un récit épique très bien huilé qui reste un modèle encore aujourd’hui.

 

Si la mort de Superman (dans Superman #75) fut un événement d’une telle portée qu’elle fut relayée dans les grands médias partout dans le monde, il ne faut pas pour autant oublier que celle-ci n’intervient qu’après plusieurs numéros d’un combat contre une force inéluctable. La puissance émotionnelle de la mort du Superman est d’une part conditionnée par son caractère unique mais également par toute la montée en puissance qui précède. Durant plusieurs épisodes nous assistons, aussi impuissants que les héros, à une vague de destruction sauvage et sans aucune justification.

 

Superman contre Doomsday

Les super-héros ont beau tenter de stopper Doomsday, ils échouent les uns après les autres et même Superman paraît impuissant face à ce monstre. Plus les pages défilent, plus ce dernier approche de Metropolis et plus la tension est à son comble. Car la grande cité est le cœur de Superman, la plupart des hommes et femmes qu’il aime (et en premier lieu Loïs Lane) sont ici. Au bout du compte, le dernier fils de Krypton n’aura pas le choix et jettera toutes ses forces dans un ultime affrontement. Doomsday sera stoppé mais Superman perdra la vie.

 

Ecrit et dessiné par Dan Jurgens, Superman #75 fait partie de ses grandes histoires qui resteront à jamais dans l’histoire de la bande dessinée. Conçu sur le principe d’un page = un dessin, le combat entre Doomsday et Superman en plein centre de Metropolis est tout simplement magistral. On a beau connaître l’issue inéluctable, on espère qu’une chose, c’est que Superman gagne et s’en sorte vivant. On s’accroche, on est tendu, on se réjouit du moindre espoir mais finalement, quand les dernières pages arrivent on ne peut faire qu’une seule chose : pleurer la mort du héros.

 

Le jour où Superman est mort

 

Si la mort de Superman représente le sommet émotionnel de l’œuvre, celle-ci n’est pas finie pour autant, bien au contraire. Une fois nos larmes séchées, une nouvelle ère s’ouvre à nous, celle d’un monde sans Superman. Nous l’avions déjà dit dans ces pages, une des grandes forces de l’univers de l’homme d’acier ce sont ses personnages secondaires. Que ce soit Jimmy Olsen, Perry White ou bien encore Bibbo Bibbowski, tous vont à leur manière nous montrer à quel point Superman était important. Bien sûr l’hommage des autres super-héros est très beau, mais il ne vaut peut-être pas celui de l’homme de la rue. C’est bien entendu pour Loïs et les parents de Clark qu’on ressent le plus de peine car ils doivent pleurer la mort d’un amour et d’un fils dans le secret.

 

Sans être décevante la suite de l’aventure reste toutefois en deçà de ce qui a précédé. On sent une certaine remise en place de la situation pas forcément des plus passionnantes avant l’arrivée des remplaçants de Superman. Ceux-ci sont au nombre de quatre et si Steel et Superboy sont clairement identifiés, le doute subsiste sur les deux autres. L’un des deux est-il le vrai Superman ? On n’a qu’une hâte c’est de lire la suite qui sortira à l’automne. On espère, mais on n’a pas trop d’inquiétude à ce sujet, retrouver la même qualité d’édition. Encore une fois Urban nous offre un ouvrage d’une immense qualité, bourré de bonus (et tous traduits) et possédant un éditorial de qualité afin que quiconque connaissant peu le héros puisse apprécier l’histoire sans avoir à se demander qui est qui.

 

Elle fut sûrement difficile la décision de tuer cette icône mais ce qui en sortit fait partie des plus grandes œuvres du personnage. Dans le documentaire Secret Origin : The Story of DC Comics qui revient sur les 75 ans de la firme on peut voir Louise Simonson nous parler de cet événement. Malgré les années, impossible pour elle de retenir ses larmes. Superman est peut-être un héros de papier mais il reste un héros et sa mort fut aussi douloureuse que la perte d’un être cher.

 

La Mort de Superman – Tome 1 : Un Monde sans Superman (DC Essentiels, Urban Comics, DC Comics) comprends les épisodes de :

  • Superman : The Man of Steel #18 à #21 écrit par Louise Simonson et dessiné par Jon Bogdanove
  • Justice League America #69 et #70 écrit et dessiné par Dan Jurgens
  • Superman #74 à #77 écrit et dessiné par Dan Jurgens
  • The Adventures of Superman #497 à #500 écrit par Jerry Ordway et dessiné par Tom Grummett
  • Actions Comics #684 à #686 écrit par Roger Stern et dessiné par Jackson Guice
  • The Legacy of Superman #1 écrit par Karl Kesel, Roger Stern, Jerry Ordway, William Messner-Loebs et Dan Jurgens et dessiné par Walter Simonson, Denis Rodier, Dennis Janke, Curt Swan, Dan Jurgens et Trevor Scott

 

Partager