On a lu… L’intégrale X-Men 1977/1978

On a lu… L’intégrale X-Men 1977/1978

X-Men – Intégrale tome 2

Suite de notre rétrospective des X-men avec le volume qui regroupe les épisodes des années 1977 et 1978, années charnières et décisives pour la série puisqu’elle vit l’arrivée de John Byrne aux dessins. L’âge d’or de la série commence ici.

La lecture des épisodes contenus dans cette intégrale est peut-être la meilleure façon pour comprendre en quoi l’arrivée de John Byrne fut déterminante pour l’avenir de Uncanny X-Men. Voici sûrement la démonstration concrète que l’arrivée d’un nouvel élément dans une équipe créative peut être un apport considérable pour la qualité de la série. Il n’est pourtant pas question de dévaloriser le dessin de Dave Cockrum mais plutôt de souligner le bond qu’a pris le titre avec l’arrivée de John Byrne, et cela ne veut pas dire que le travail de son prédécesseur est à jeter aux orties, bien au contraire.

Nous avions déjà souligné dans l’article précédent l’épisode qui vit la mort de Jean Grey et sa résurrection en tant que Phénix, un magnifique épisode où la X-Woman à la rousse chevelure faisait preuve d’une détermination et d’un courage dont on ne pouvait qu’être admiratif. Quelques épisodes avant, Cockrum nous faisait trembler en mettant en scène des Sentinelles (ces terribles robots géants créés par l’homme pour asservir les mutants) tout simplement terrifiantes. En cette année 1977, avant de céder la place à John Byrne, Cockrum va faire se confronter les nouveaux X-men et Magneto avant de faire peser sur l’équipe la terrible menace de Firelord, l’ancien héraut de Galactus qui possède le pouvoir cosmique. Puis Cockrum propulsera les X-Men à l’autre bout de la galaxie afin de leur faire combattre l’armée du peuple Sh’iars, dont la garde impériale est composée d’êtres disposant de super pouvoirs. Cette bataille épique entre les X-men et les Sh’iars est l’apogée du premier passage de Cockrum sur la série, en même temps qu’elle clôture quelques arcs que Chris Claremont avait mis en route depuis son arrivée.

Uncanny X-men # 107

En effet alors que les X-men se battent de toutes leurs forces sur une planète inconnue et face à un ennemi puissant et nombreux, nous découvrons tous les tenants et aboutissants de cette histoire. Les Sh’iars sont divisés et font face à une guerre civile qui oppose les forces loyales à l’empereur D’Ken et celles fidèles à sa sœur, Lilandra, qui estime que son frère est devenu dément en voulant s’emparer du pouvoir du cristal M’Kraan dont le surnom, la fin de tout, est suffisamment significatif pour penser que tout ce beau monde est bel et bien dans le caca. Les X-men comprennent alors qu’Erik le Rouge, qu’ils ont combattu plusieurs fois auparavant, avait pour but de tuer Xavier afin d’empêcher Lilandra de le contacter.

Les différents mystères sont donc ainsi résolus et on peut constater que Claremont maîtrise très bien son écriture et sait trouver le juste tempo. Car ce n’est pas tout de faire des mystères, il faut aussi les révéler au bon moment, par exemple lors d’une bataille épique et cosmique à l’occasion de laquelle Cockrum s’en donne à cœur joie et dresse une galerie de gardes royaux hauts en couleurs et en pouvoirs qui s’opposent aux X-men. Si cela ne suffisait pas, il nous achève en faisant intervenir les Starjammers, un groupe de mercenaires de l’espace dont les membres ne dénoteraient pas dans une Guerre des étoiles sortie sur les écrans quelques mois auparavant.

C’est sur cette bataille épique que Dave Cockrum tire sa révérence et laisse la place à John Byrne qui va conclure cette histoire et commencer une grande aventure avec Chris Claremont. D’un point de vue graphique, la résolution de la bataille contre les Sh’iars nous permet de constater la différence entre les dessins de Cockrum et ceux de Byrne, les personnages croqués par ce dernier sont ainsi plus sveltes et les visages gagnent en expression.

Mais c’est surtout à partir du numéro 109 que l’on commence à percevoir le changement. Même si cet épisode nous raconte le combat entre Wolverine et l’Arme Alpha, le plus important se trouve dans le développement des personnages. Véritable moment de pause entre deux grandes aventures, les X-men vont profiter des ces instants de vacances pour approfondir leurs liens. Une scène est révélatrice de ce changement. Alors que Cyclope regarde sombrement Jean Grey en train de révéler ses pouvoirs à ses parents, Diablo le bouscule en le mettant face à sa propre attitude à se morfondre. En l’espace de quelques cases, ce n’est plus Diablo et Cyclope qui discutent mais bien Kurt Wagner et Scott Summers, interrompus peu après par Sean Cassidy. La bascule est faite, désormais les nouveaux X-men seront bien plus qu’une équipe d’individus costumés, ils seront également des personnages à part entière et pour mieux asseoir ce statut, Claremont et Byrne en rajoutent une couche la page d’après, avec Wolverine déclamant à Tornade que depuis le début ils l’ont mal jugée. Message aux lecteurs, désormais vous découvrirez vos personnages sous un nouveau jour. Ainsi Cassidy s’éprend de Moira Mc Taggert, Kurt Wagner flirte gaiement et Peter Raspoutine se confie à une Ororo à l’écoute de celui qu’elle considère comme un grand frère. Une véritable famille commence à se former et quand un de ses membres est en danger, ici Wolverine, tous sont là pour le défendre.

Uncanny X-Men #111

Avec une équipe ainsi renforcée, les auteurs vont pouvoir s’en donner à cœur joie. Devenue mensuelle à partir du mois d’août 1978, les étranges X-men vont devoir affronter de nouveaux dangers et pas des moindres. Le numéro 111 (Mindgames !) reste dans nos mémoires pour son ouverture stupéfiante qui voit Le Fauve contempler des attractions de foire qui ne sont autres que les X-men. Savamment orchestrée, cette aventure n’est au final qu’un prologue au plat de résistance représenté par le retour d’un Magneto en pleine possession de ses pouvoirs. La bataille entre lui et les X-men au sein d’une base cachée dans un volcan fait partie des grands moments de ce run. Magneto y est charismatique en diable et la torture qu’il conçoit pour ses ennemis est terrible. Prisonniers dans des fauteuils neutralisant leurs pouvoirs, les X-men sont maternés par une nurse robotique horrible. Leur évasion sera l’occasion pour Claremont et Byrne d’approfondir le passé de Tornade (après la mort de ses parents elle devient pickpocket de talent dans les rues du Caire) et d’offrir une scène émouvante où la belle mutante aux cheveux blancs ne peut retenir ses larmes face à la torture.

Uncanny X-men #116

Après avoir vaincu Magneto, l’équipe se scinde en deux par la force des choses et chacun croit l’autre groupe mort. On suit alors les aventures de Cyclope, Diablo, Wolverine, Tornade, Colossus et du Hurleur en Terre Sauvage, une jungle perdue dans l’antarctique où vivent encore des dinosaures et des peuples humains. C’est lors de ces aventures que Wolverine commencera à être réellement mis en avant. Alors que Diablo était le chouchou de Cockrum, le mutant canadien est clairement celui de Byrne et il n’hésite pas à le montrer à son avantage face à des ptérodactyles géants ou lors d’une infiltration d’un camp ennemi. Très fortement influencé par les aventures de Tarzan et de John Carter, les épisodes en Terre Sauvage sont une véritable bouffée d’air compte tenu du changement d’univers, et démontrent au besoin que les X-men sont des héros globe-trotters (et même cosmiques) avant de lutter contre la haine envers leur race.

Avec l’arrivée de John Byrne, Uncanny X-men entre donc dans son âge d’or. La série ose beaucoup de choses voire se permet tout, une véritable alchimie se met en place entre le dessinateur et le scénariste que l’on retrouve également entre les différents personnages qui composent le titre. Les débuts sont donc fulgurants et pourtant, le meilleur reste à venir.

 

 

X-Men, L’intégrale 1977/1978 contient les épisodes 103 à 116 (Panini Comics, Marvel)

Ecrit par Chris Claremont

Dessiné par Dave Cockrum et John Byrne

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