On a lu… L’intégrale X-men 1975/1976

On a lu… L’intégrale X-men 1975/1976

L’intégrale X-Men 1975-1976

A l’occasion du cinquantième anniversaire des X-men, Panini décide de ré-éditer toutes les intégrales dédiées aux mutants les plus célèbres du comics-book. L’occasion pour nous de revenir sur le volume consacré aux années 1975-1976 qui marque la renaissance de la série.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les X-men ne furent pas un succès immédiat. Ces mutants dont les aventures s’étalent dans des dizaines et des dizaines de revues, de dessins animés et de films, sont en 1975 plutôt au fond du gouffre. Leur série fut stoppée en 1970 et les différents personnages apparaissaient en invités dans d’autres séries. Pourtant, tandis que Les dents de la mer devient le premier blockbuster moderne, quelques hommes travaillent sur la reprise des X-men sans probablement se douter que ceux-ci deviendront également un blockbuster de la bande dessinée.

Ces hommes, ce sont le dessinateur Dave Cockrum (qui officie alors sur le titre The Legion of Super-Heroes) et le scénariste Len Wein. Faisant partie de la vague d’auteurs qui succédèrent à Stan Lee au sein de l’écurie Marvel, Wein est le créateur de Swamp Thing, personnage que reprendra plus tard avec succès Alan Moore (1) ; il a écrit de nombreuses histoires de Spider-man, Thor ou bien encore l’Incroyable Hulk. C’est d’ailleurs dans les pages de cette dernière série que Wein fait apparaître en 1974 un personnage qui deviendra célèbre : Wolverine.

Ce personnage sera un des nouveaux membres des X-men un an plus tard quand Cockrum et Wein décident de relancer la série dans Giant Size X-men. Ce numéro spécial lancé pour tester un possible retour de la série met donc en scène une nouvelle équipe d’X-men : Wolverine donc, mais également Tornade, Diablo, le Hurleur, Sunfire, Colossus et Epervier. Dirigée par le professeur Xavier et Cyclope, cette équipe a pour mission de secourir les anciens X-men qui ont disparu sur une île. La conclusion heureuse de cette histoire met les X-men face à un dilemme : que faire de 13 X-men ?

Le numéro ayant bien fonctionné, la série est relancée et peut répondre à la question de manière intéressante et représentative d’un certain changement. Au lieu d’un passage de témoin en douceur, les X-men vont couper le cordon de manière radicale. Les anciens X-men estimant ne plus être des enfants, ils vont quitter l’école du professeur Xavier (à l’exception notable du personnage de Cyclope) tandis que les nouveaux leur souhaitent bon vent sans regret. La nouvelle équipe va donc devoir faire ses preuves et ça ne sera pas chose aisée.

Là où les premiers X-men étaient de jeunes adolescents assez naïfs qui apprenaient à contrôler leurs pouvoirs, les nouveaux X-men sont des adultes maîtrisant leurs capacités extra-ordinaires. Cette différence est fondamentale pour comprendre la cassure que représente ce qu’on appelait alors les nouveaux X-men. En lieu et place de cinq jeunes blancs propres sur eux, nous avons une équipe multi-culturelle : Colossus a vécu dans la Russie communiste, Tornade est une femme noire née à New-York mais ayant grandi en Afrique, Epervier est un Apache, Wolverine est canadien, Diablo est allemand, Sunfire est japonais et si le Hurleur est irlandais, son âge le place lui aussi en dehors des normes de la société. Ce mélange de culture et de couleurs fait bien sûr penser à l’équipage de la série classique Star Trek et ce n’est pas forcément un hasard tant les X-men vont petit à petit assumer bien haut d’être le porte-parole de tous les rejetés de l’Humanité et les partisans d’un monde meilleur basé sur la tolérance et l’acceptation de la différence.

« X-men 1975/1976, l’intégrale »

Nous n’en sommes toutefois pas encore là. Pour l’heure, les X-men doivent apprendre à travailler en équipe. C’est l’autre différence avec l’ancienne équipe. De part leur jeune âge, Cyclope, Marvel Girl, Iceberg, Angel et le Fauve étaient soudés comme les cinq doigts de la main assez rapidement. La nouvelle équipe est avant tout composée de fortes personnalités qui remettent très souvent en cause les ordres de Cyclope. On pense notamment à Wolverine et Epervier bien sûr.

Alors que Diablo et Colossus vont s’établir comme un duo apportant fraîcheur et légèreté (notamment Diablo, chouchou du dessinateur Dave Cockrum qui n’hésitera jamais à le mettre en avant). L’Apache et le Canadien apparaissent comme les éléments perturbateurs et dangereux. Cela aura des terribles conséquences dès le début de la série avec la mort d’Epervier lors d’une mission. Cette mort marquera profondément les X-men et les lecteurs durant de nombreuses années, Epervier est ainsi un des rares personnages morts à ne jamais être revenu à la vie.

On le voit, là encore ces X-men créent une cassure et osent beaucoup de chose. Ceci peut s’expliquer facilement : le titre, alors encore bimensuel, n’est pas destiné à faire de grosses ventes et il peut être annulé à tout moment. C’est dans ce genre de cas que le meilleur ressort (c’est dans ce même genre de situation que David Michelinie reprit le personnage d’Iron Man pour en faire le personnage que l’on connaît) et c’est dans ces moments là qu’une oeuvre rencontre son créateur. Car Len Wein a quitté à la série après le Giant Size et a confié les rênes de celle-ci au jeune Chris Claremont. Cet américain né à Londres a 26 ans quand il commence à écrire les X-men, il les a déjà côtoyé durant les numéros précédents (il aurait suggéré la fin de quelques épisodes à Roy Thomas et Len Wein) mais ne se doute pas qu’en commençant à écrire officiellement leurs aventures il restera presque 17 ans avec eux et sera l’architecte de leur succès.

Chris Claremont

Chris Claremont est en effet un architecte et va dès son arrivée utiliser deux méthodes qui feront leurs preuves. Dans un premier temps il n’hésite pas à lancer des pistes et disséminer au fil des pages des indices pour des aventures futures ; dans un second temps il approfondira ses personnages petit à petit. Ce premier volume nous montre ainsi, épisode par épisode, le passé du personnage de Tornade ainsi que sa grande claustrophobie née des suites de la mort de ses parents lors d’un bombardement. Les personnages de Claremont seront souvent construits de la même manière. Des êtres puissants mais aux chevilles fragilisées par des évènements tragiques servant de moteurs à une évolution souvent intéressante et remarquable.

Enfin dans ces premiers numéros, il n’oublie pas que les X-men sont aussi des super-héros (chose que les films ont trop souvent eu tendance à oublier) avec ce que cela comporte de batailles homériques et de profusions de pouvoirs. Les X-men vont devoir affronter bon nombre d’ennemis au cours de leurs deux premières années, souvent des ennemis du passé d’ailleurs, l’occasion là aussi de faire confronter les anciens avec la nouvelle équipe.

Ce premier volume nous dévoile donc les premières aventures des X-men « next generation ». Si elles ne sont pas forcément les meilleures eût égard à ce qui se passera par la suite, ces débuts sont toutefois très intéressants et passionnants, notamment dans leurs prémices de tout ce qui fera le succès de la série. Bien sûr on ne peut pas conclure sans faire remarquer que c’est dans ces pages que Chris Claremont et un Dave Cockrum qui se surpasse, vont transformer la frêle Jean Grey en un personnage magnifique : Phénix.

The Phoenix

(1) Les deux collaborèrent de nouveau ensemble, Len Wein étant l’éditeur de Watchmen.

X-men L’intégrale – 1975/1976 contient Giant Size X-men et Uncanny X-men 94 à 102 (Panini Comics, Marvel)

Ecrit par Len Wein et Chris Claremont

Dessiné par Dave Cockrum

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