On a lu… Locke & Key – Tome 6 : Alpha & Omega

On a lu… Locke & Key – Tome 6 : Alpha & Omega

Note de l'auteur
Locke & Key - Tome 6

Locke & Key – Tome 6

Qu’il est difficile de parler de la conclusion d’une série. Tiraillé entre la peur de ne pas trop dévoiler les tenants et aboutissants de l’histoire et le devoir d’en dire assez pour donner envie, le chroniqueur se retrouve dans la peau d’un véritable jongleur de cirque. Mais l’exercice devient encore plus compliqué quand il s’agit de la conclusion de Locke & Key. Comment arriver à garder un ton enthousiaste mais détaché pour parler d’un final qui nous a tant bouleversés ? C’est bien simple, on ne peut pas et le lecteur excusera donc l’auteur de ces lignes pour une chronique probablement différente de celle qu’il a l’habitude d’écrire. Car pour ne rien vous cacher, je ne me suis pas encore totalement remis d’avoir dû quitter mes amis.

 

Une année ! Une seule et petite année ! On a du mal à le concevoir en tournant la dernière page du dernier tome de Locke & Key et pourtant. Cette somme incroyable d’aventures n’aura duré, pour nos personnages, qu’un an. C’était l’été quand le drame qui a touché la famille Locke s’est déroulé et le final épique de la série se déroule lors du bal de promo qui clôture l’année scolaire américaine. Il s’en est passé des choses en un an. Tyler, Kinsey et Bode ont perdus leur père et sont partis vivre dans la ville de Lovecraft où se trouve la maison appartenant à leur famille depuis des générations.

 

Le début de la fin

Le début de la fin

Ils y découvrirent le pouvoir des clés cachées dans cette maison et, grâce à elles, ils purent combattre Sam Lesser, l’assassin de leur père mais surtout la Dame en Noir qui se révéla être la véritable instigatrice de ce meurtre. En faisant face à leur peur, les enfants Locke purent faire le deuil de leur père mais prirent également conscience que celui-ci était impliqué dans une histoire beaucoup plus vaste qu’ils ne l’imaginaient au premier abord. Pendant des mois ils durent alors combattre la femme en noir pour l’empêcher de trouver la clé Oméga lui permettant d’ouvrir la porte retenant les forces de l’Enfer (à défaut de mieux décrire ce qu’il s’y trouve réellement).

 

Pendant des mois ils se servirent des clés leur conférant une grande force, le pouvoir de voler ou bien encore la capacité de se transformer en animal afin de lutter contre un être qui, pour le lecteur, était un personnage proche de nos héros. Dans le même temps ils durent aussi surmonter les épreuves du quotidien. La vie au lycée, les premiers amours et les déceptions sentimentales, l’alcoolisme de leur mère etc etc. Oui il s’en est passé des choses pendant un an et alors qu’ils connaissent toutes l’histoire des clés et de la faute qu’a commis leur père alors adolescent, les voilà à la veille du combat final.

 

Joe Hill

Joe Hill

Encore une fois on reste frappés par deux choses en lisant le sixième tome de Locke & Key : l’écriture brillante de Joe Hill et la capacité de Gabriel Rodriguez à adapter son style au récit. Nous voilà face à une conclusion magnifique qui va très loin dans le concept des clés et qui clôture magnifiquement le parcours de tous les personnages qu’ils soient secondaires ou principaux. On est ainsi renversés par la justesse des sentiments qui parcourent de nombreux passages comme celui où Scot Kavanaugh filme ses camarades en train de raconter ce qu’ils auraient aimé changer dans leur passé. Que ce soit Scot, Jackie, Jamal, Rufus, Duncan et tous les autres, ils ont tous étaient brossés magnifiquement. La force du final n’aurait pas était la même sans cela.

 

Un final épique qui nous met sur les rotules du début à la fin. Encore une fois difficile de ne pas faire abstraction de la filiation entre Joe Hill et Stephen King (le premier étant le fils de l’autre). Et pourquoi ne devrions-nous pas la faire quand l’auteur lui même assume ses origines tout au long du comics et surtout dans ces dernières pages bouleversantes. Hill va même jusqu’à s’amuser de la scène culte de Carrie¹ en plein milieu du récit. Moment comique avant l’arrivée de la tempête, qui met également en évidence les ponts qui existent entre l’univers de Hill et celui de King.

 

Dodge/Bode se révèle

Dodge/Bode se révèle

Difficile de ne pas voir dans la tragédie qui s’ensuit une réminiscence du final de Carrie. Difficile également de ne pas penser au fantastique Ça dans la lutte sur plusieurs générations entre des enfants et un monstre terrifiant venus du fond des temps et de l’espace. Difficile de ne pas faire un rapprochement entre le personnage de Rufus et celui de Tom Cullen du Fléau, deux attardés mentaux dont la profonde innocence sera déterminante dans la résolution du conflit. Difficile enfin et surtout de ne pas voir dans la relation entre Tyler et son père celle de Joe et Stephen. Une relation dont on peut penser qu’elle fut difficile à certains moments (et probable là aussi que l’alcoolisme de la mère de Tyler renvoi à celui de Stephen King) mais qui trouvera une belle fin. Une magnifique fin même. Tyler a bien grandi en un an. C’est très con à dire mais il est devenu un homme et la sagesse qui émane de lui est incroyable. Véritable phare dans la nuit de tous les dangers, il sera celui qui sauvera la mise. Tout comme sa sœur également bien que plus meurtri dans sa chair, elle saura faire également face à l’adversité.

 

Tyler Locke

Tyler Locke

Après avoir expérimenté, rendu hommage et travaillé au corps le récit de Hill, Gabriel Rodriguez donne tout ce qu’il a dans ce dernier arc en continuant à nous enchanter avec ses créations démoniaques et sa maîtrise du récit. En nous foudroyant avec une mise en scène parfaite illustrant certains passages les plus intimes et les plus durs de toute l’histoire (ou comment, quand tu fais face à l’abîme, tu décides de le combattre), il fait évoluer son trait pour investir au plus près ses personnages. Leurs visages deviennent ainsi beaucoup plus graves et mûrs.

 

Joe Hill & Gabriel Rodriguez

Joe Hill & Gabriel Rodriguez

Alpha et Omega. Tout ce qui commence a une fin, et la voilà devant nous lecteurs, qui avons vécu et grandi avec la famille Locke et leurs amis. Tel un grand cycle qui revient à son point de départ, le récit multiplie les renvois à différents moments de la série pour mieux les réinterpréter.

 

Le plus grand secret de tous est celui-ci : Hill et Rodriguez possèdent une clé de Keyhouse. Une clé qui leur a permit d’insuffler une âme à leurs créations pour ainsi nous les rendre plus vivants. Quand on referme ce dernier tome, on est à la fois tristes et heureux. Tristes de devoir les quitter mais heureux de les laisser en sachant qu’ils sauront affronter les difficultés de la vie après les horreurs qu’ils ont dû affronter. On ne leur souhaite que du bien pour les longues années à venir. Au revoir Tyler, Kinsey et Bode vous nous avez donné une belle leçon de vie.

 

Et merci Joe et Gabriel de nous avoir offert une si belle histoire.

 

 

Locke & Key – Tome 6 : Alpha & Omega (Milady Graphics, IDW Publishing) comprend les épisodes US de Locke & Key Omega #1 à #5 et Locke & Key – Alpha #1 et #2

Ecrit par Joe Hill

Dessiné par Gabriel Rodriguez

Prix : 24.90 €

 

 

 

Locke & Key – Tome 1 : Bienvenu à Lovecraft

Locke & Key – Tome 2 : Casse-tête

Locke & Key – Tome 3 : La couronne des ombres

Locke & Key – Tome 4 : Les clés du royaume

Locke & Key – Tome 5 : Rouages

 

¹ Double affiliation d’ailleurs car si le scénario de Hill renvoie au livre Carrie, le dessin de Rodriguez tout du long de la série utilise beaucoup d’effets qui ne déplairaient certainement pas à Brian de Palma

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