On a lu… Midnight Nation de Joe Michael Straczynski et Gary Frank

On a lu… Midnight Nation de Joe Michael Straczynski et Gary Frank

Note de l'auteur

Midnight Nation – l’intégrale

Delcourt continue tranquillement à faire plaisir aux fans de Joe Michael Straczynski. Après avoir édité l’intégrale de la série Rising Star, c’est au tour de l’autre pièce maîtresse du bonhomme de ressortir chez nous : Midnight Nation.

 

David Grey est inspecteur de police dans la cité des anges. Alors qu’il tente de retrouver l’assassin de deux meurtres particulièrement horribles, il va se retrouver face à des monstres sanguinaires terrifiants, les marcheurs, qui le laissent sur le carreau. Se réveillant à l’hôpital, il rencontre Laurel et découvre que son âme a été volée par les marcheurs.

 

 

 

 

 Je suis Laurel. Tu es dans le lieu intermédiaire. On dirait que je suis ton guide. Jusqu’à ce qu’ils te trouvent et te tuent. Ou jusqu’à ce que tu bascules. Là c’est moi qui te tuerais. Des questions ?

 

David a donc un an pour retrouver l’homme qui lui a volé son âme et qui se trouve à New-York. Un an pour traverser l’Amérique d’ouest en est, à la rencontre de tous ceux que la nation à oublier.

 

Au même titre que Rising Star, Midnight Nation est une mini-série que Straczynski écrivit sous son propre label au sein du studio Top Cow. Et tout comme Rising Star, Midnight Nation va donner l’opportunité au scénariste de dresser un portrait au vitriol d’un pays qu’il estime s’être perdu en route. A la différence toutefois de la lumineuse saga épique super-héroïque, Midnight Nation est un chemin de croix dans les ruelles obscures et les sombres recoins.

 

Laurel

Véritable récit à hauteur d’homme, Midnight Nation est une sorte de Fugitif revisité dans lequel David Grey part à la rencontre des oubliés, de ceux qui sont tombés dans le lieu intermédiaire. Qu’ils s’agissent de sans-abris, de gens abandonnés, de ceux qui ce sont coupés des autres etc etc tous se retrouvent dans ce lieu.  » C’est le même monde, bien sur. Même géographie, mêmes immeubles…Mais c’est à un autre…Je suppose que nous sommes ici, eux Là et qu’il n’t a que peu de points où tout cela converge » expliquera l’une des premières personnes que David rencontra durant sa quête.

 

En douze épisodes, Straczynski nous présentera donc un monde oublié de l’autre et des portraits de gens qui ont un jour lâchés prise. Le quatrième épisode est à ce titre un moment clé de l’histoire de part la diversité de ces témoignages mais également par la différence singulière de David Grey. Le symbolisme de son nom ne nous aura pas échappé et l’histoire va affirmer son statut de pont entre la lumière et les ténèbres de l’ancien policier. Au fur est à mesure que le récit se déroule sous nos yeux nous découvrons que le cheminement de Grey se déroule à un niveau autrement plus spirituel que ce qu’on l’on aura pu croire au départ.

 

Midnight Nation #1

Clé de voûte de tout le récit, la relation entre David Grey et Laurel se construit en douceur. Malgré le mystère qui entoure la nature même de Laurel, David s’attache de plus en plus à elle allant jusqu’à remettre en cause la finalité même de sa quête. Grey s’est peut-être aussi Straczynski même, cet athée s’est souvent posé la question du pouvoir de la foi et des croyances dans la construction d’un individu et des sociétés. Alors que dans le même temps l’auteur de Babylon 5 reprenait en main la destinée de Spider-Man en mettant en avant son aspect totémique, il livre avec Midnight Nation une charge assez virulente contre un pays qui abandonne les siens et se perds donc lui-même.

 

Si on a rarement vu un Straczynski aussi vindicatif et en proie au questionnement, on retrouve néanmoins l’auteur qu’on apprécie au travers une écriture maîtrisée et un sens du dialogue qui fait toujours mouche. On entend la voix de Grey dans nos oreilles et celle-ci sonne terriblement bien. On n’a aucun mal à s’imaginer ce flic connaissant son métier mais restant surpris de ce qu’il découvre. A deviner son passé, son histoire et ses drames personnels. Dans le même temps, on apprécie les sarcasmes et le ton caustique de Laurel qui trouve toujours le bon mot pour déstabiliser son poulain.

 

On retrouve également le narrateur à travers ses petits tics et notamment sa propension à nous raconter la fin de son récit en plein milieu de l’histoire sans toutefois nous en fournir tout le contexte. Procédé subtil qu’il manie avec talent, les passages en question restant toujours aussi fort même après plusieurs lectures.

 

Enfin Midnight Nation ne ferait pas partie des meilleures œuvres de Straczynski s’il n’y avait pas le dessin de Gary Frank. Adepte d’une certaine ligne claire et ayant un sens certain dans la peinture des visages, Frank signe ici les douze épisodes de la série apportant à l’ensemble une cohérence graphique qui faisait défaut à Rising Star.

 

Longtemps disparu des rayonnages, Midnight Nation revient donc dans un bel écrin comme Delcourt sait si bien nous les proposer. Lecture indispensable pour les fans du scénariste barbu et fortement conseillée pour tous les amateurs de bonne histoire, Midnight Nation est probablement la preuve que Straczynski n’est jamais aussi bon que sur ses propres créations. Et avec son retour aux affaires via sa propre structure, on espère vivement lire de nouvelles et bonnes choses de sa part.

 

 

Midnight Nation (Contrebande, Delcourt, Top Cow/Image) comprend les épisodes #1 à #12 de Midnight Nation

Ecrit par Joe Michael Straczynski

Dessiné par Gary Frank

Prix : 27,95 €

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