On a lu… Mikros & Photonik – L’ombre et la lumière de Jean-Yves Mitton

On a lu… Mikros & Photonik – L’ombre et la lumière de Jean-Yves Mitton

Note de l'auteur

Mikros & Photonik – L’ombre et la Lumière

Quand une réunion d’anciens super-héros devient le prétexte pour un vieil ennemi de régler ses comptes, c’est aussi l’occasion pour deux héros vieux de trente ans de se rencontrer enfin. Rien de nouveau me direz-vous et pourtant si ! Car ces deux héros ne sont rien d’autres que Photonik et Mikros, deux héros qui firent rêver des générations de gamins et qui furent créés en France.

 

Le super-héros est-il la chasse gardée des Américains ? On serait presque tenté de le croire. Pourtant, dès qu’on se penche un peu sur la question, on se rend rapidement compte qu’il n’y a rien de plus universel que cet archétype. C’est bien simple, quasiment tous les pays proposent des aventures de super-héros ou de super-héroïnes dans leur culture. La France n’est pas en reste en la matière, et dispose d’un bestiaire assez conséquent et ce depuis de longue date. Attention on ne vous parle pas d’héros français créé dans les pages de série Marvel et DC avec tout le folklore que cela induit la plupart du temps.

 

Non, on vous parle de véritables super-héros créés en France. Au début des années 80, les éditions Lug sont un peu les boss des kiosques en termes de super-héros. Avec des revues comme Strange (qui s’arrêta au numéro 335, ce qui laisse assez rêveur aujourd’hui où le relaunch est monnaie courante), l’éditeur lyonnais règne en maître. Ce succès toutefois donna l’envie à l’éditeur de créer son propre univers de super-héros, et c’est dans la revue Mustang que cette idée se concrétisa. Trois séries furent lancées alors : Mikros de Jean-Yves Mitton, Photonik de Ciro Tota et Mustang de Franco Oneta.

 

Jean-Yves Mitton

Un an plus tard la revue s’arrêta mais cela ne signa pas la fin des aventures de nos héros. Mikros émigra dans les pages de Titans, tandis que Photonik alla se poser dans celles de la revue Spidey. Pendant des années, les aventures de l’insectoïde Mikros et de Photonik l’homme de lumière enchantèrent les gamins de l’époque pour ensuite tomber peu à peu dans un presque oubli.

 

Alors qu’aujourd’hui les super-héros américains sont partout, on commence peu à peu à non seulement proposer des séries de notre cru, mais également à remettre en valeur notre patrimoine. Alors que les intégrales de Photonik et de L’archer Blanc de Jean-Yves Mitton (qui firent le bonheur de votre serviteur quand il lisait religieusement son Journal de Mickey toutes les semaines) sont disponibles en souscriptions, Delcourt nous fait le plaisir de nous proposer non seulement l’intégrale de la série Mikros, mais également une aventure inédite signé Mitton dans laquelle les deux héros emblématiques se rencontrent enfin.

 

Mikros, Saltarella et Big Crabb coulent des jours paisibles dans le sud de la France. Quant à Photonik, Doc Siegel et Tom Pouce, ils arpentent les sous-sols de Central Park. Par un caprice du destin et grâce aux miracles de la science, ils n’ont pas vieilli et vivent ainsi retirés du monde. Toutefois, la menace de l’Ombre oblige ces super-héros oubliés à reprendre du service…

 

L’ombre

Avec une intrigue simple mais efficace servant de prétexte à une réunion de tout un pan de la bande dessinée super-héroïque, Mikros & Photonik – L’Ombre et La Lumière charme beaucoup le vieux lecteur et intriguera peut-être le nouveau malgré quelques défauts et un dessin pas forcément au top, bien qu’à soixante huit ans, Mitton peut en remontrer à des petits jeunes soit disant talentueux.

 

Dans un premier temps, on est séduit par les raisons justifiant l’absence de vieillissement de nos héros alors que le monde, lui, a bien changé (et fait symbolique, la majorité de l’action se déroule dans l’immeuble construit sur les cendres du World Trade Center). L’explication ne tient certes pas vraiment la route c’est évident, mais l’intérêt n’est pas là. En refusant de faire vieillir ses personnages, Mitton s’inscrit dans l’adage qui veut que les héros soient éternels. Par là même, l’histoire renoue avec une certaine fraîcheur et innocence qui font bien défaut aujourd’hui dans la production mainstream.

 

C’est donc avec plaisir qu’on retrouve Taddeus allias Photonik, Tom Pouce et le docteur Ziegel d’un coté, et Mikros, Saltarella et Crabb de l’autre. L’histoire est bien rythmée, et si le début peut paraître assez long, il a le mérite de présenter Mikros et Photonik aux nouveaux lecteurs. Tout au plus peut-on reprocher l’introduction un brin franchouillarde de Mikros et ses amis, un peu trop appuyée sur les clichés et le pastaga.

 

Mais quand on arrive aux choses sérieuses, c’est un vrai plaisir de revoir ces deux héros en action. Mikros est toujours aussi vaillant, quant à Photonik il prouve qu’il n’a rien perdu de sa superbe. Mitton magnifie toujours aussi bien ces deux héros au look simple mais diablement efficace. L’histoire est par ailleurs un charmant prétexte pour revoir tout le bestiaire de cette époque révolue ; le vieux lecteur pourra s’amuser à déceler toutes les apparitions de personnages.

 

L’ombre et la lumière c’est un peu l’histoire du patrimoine super-héroïque français. Un patrimoine longtemps perdu dans les ténèbres mais qui depuis quelques années connaît une véritable renaissance. Quand le docteur Ziegel enjoint les héros vieillissants à ne pas abandonner la lutte c’est un peu Mitton qui déclare à ses amis de continuer à nous offrir de belles histoires. La rencontre entre Mikros et Photonik est donc un bel hommage à un patrimoine oublié de la bd française. Un hommage qui nous donne envie de continuer l’exploration de ces contrées. On y reviendra dès que possible.

 

 

 

Mikros et Photonik : L’ombre et la lumière (Contrebande, Delcourt Comics)

Ecrit et dessiné par Jean-Yves Mitton

Prix : 15,50 €

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