On a lu… New X-men de Grant Morrison

On a lu… New X-men de Grant Morrison

Note de l'auteur
New X-men - Tome 1

New X-men – Tome 1

« Qu’allons-nous faire de treize X-men ? ». Telle était la question posée à la fin de Giant Size X-men #1 qui vit l’apparition de certains mutants les plus emblématiques de la saga. La réponse à cette question inaugura l’une des plus grandes histoires du comic-book. En posant implicitement la même question et en l’étendant à toute la communauté mutante vingt-six ans plus tard, Grant Morrison va également offrir certaines des plus belles pages des X-men. Avec la sortie chez nous du quatrième tome de New X-men concluant le run du scénariste écossais et chouchou du Daily Mars, l’occasion était trop belle pour ne pas revenir sur ce récit grandiose.

 

Quand Grant Morrison arrive chez Marvel en 2000, il a déjà derrière lui une œuvre importante avec en tête de proue le blockbuster JLA, et le révolutionnaire et anarchique The Invisibles. C’est après l’échec du projet de refonte du personnage de Superman que Grant Morrison quitta pour un temps DC Comics pour rejoindre Marvel. S’il écrivit tout d’abord la série Marvel Boy et la mini-série Fantastic Four : 1234, c’est avec la plus grande franchise de l’époque que Morrison va déployer tout son talent.

 

Le puissant Xorn

Le puissant Xorn

A l’aube du XXIème siècle, les X-men n’étaient pas franchement en forme. Dix ans après le départ de Chris Claremont (scénariste et grand maître d’œuvre sur la série pendant 17 ans), ceux-ci peinent à retrouver leur gloire d’antan. Ballotés entre des intrigues fades, une multiplication des séries et des crossovers à foison pour la plupart inintéressants, les X-men sont bel et bien l’ombre d’eux même.

 

Profitant du succès du film récemment sorti, Grant Morrison va mixer les éléments classiques de la série avec des nouvelles idées et une approche audacieuse faisant rentrer les mutants de plein pied dans une nouvelle ère. Conscient de l’aspect marketing et industriel de son travail, Morrison va le prendre totalement en compte dans un premier temps et l’intégrer à son écriture. Cela passe tout d’abord par un ravalement de façade salvateur permettant un coup marketing fort dès le premier numéro. Les X-men troquent ainsi leurs costumes pour des uniformes se rapprochant de ceux du film, et l’équipe devient beaucoup plus restreinte. Prenant le contre-pied d’une franchise qui avait l’habitude de mettre en scène des dizaines de personnages, Morrison va composer ses histoires autour de six personnages : Charles Xavier, Cyclope, Jean Grey, Wolverine, Le Fauve et Emma Frost.

 

New X-men - Tome 4

New X-men – Tome 4

Avec au dessin un Frank Quitely magistral (comme d’habitude serait-on tenté d’écrire), cette reprise participe pleinement au renouveau créatif qui a secoué Marvel au début des années 2000 lors de l’arrivée de Joe Quesada au poste de directeur des publications. Ainsi, outre l’arrivée de Grant Morrison, l’univers des mutants voit également l’arrivée de Peter Milligan et Mike Allred sur le titre X-Force pour un run marquant dont on se désespère d’une réédition en France.

 

Grant Morrison arrive sur la série au numéro 114 de la série X-men. A cette occasion le titre changera de nom pour devenir New X-men. Changement d’ordre marketing destiné à relancer les ventes, ce nom porte également en soi toutes les promesses et le leitmotiv majeur que le scénariste tiendra tout du long de ses trois années de travail. New X-men renvoie à la fois à l’idée du renouveau de la série et au terme couramment utilisé pour désigner les X-men du début de l’ère Claremont. Mais le visuel de ce terme (sorte de palindrome inversé) renvoie aux idées mêmes de miroir et d’image opposée. Idées récurrentes dans l’œuvre de Morrison et qui traverseront tout son run démontrant alors, que les changements cosmétiques servent avant tout pour une véritable révolution en profondeur.

 

Quelques mois avant le 11/09 - New X-men #115

Quelques mois avant le 11/09/01 – New X-men #115

S’appuyant sur les mécanismes sociaux des luttes communautaires, Morrison va faire des X-men les représentants d’une minorité à la fois persécutée, mais également considérée comme cool. Passionné par le rapport entre la fiction et ses modes de production, il va également faire un parallèle entre la multiplicité des titres mutants de l’éditeur et le nombre incroyable de ceux-ci apparaissant au début de l’histoire. Parallèle intéressant et audacieux par la note d’intention affichée lors du deuxième numéro de la série, dans une scène terrifiante encore à ce jour dans lequel des super-sentinelles détruisent l’île de Genosha et tuent seize millions de mutants. C’est à partir de cet acte horrible que les grands changements auront lieu : Charles Xavier annonce qu’il est un mutant, et décide d’ouvrir son école au plus grand nombre, dans le même temps il crée des succursales partout dans le monde sur un modèle qui rappelle d’ailleurs le futur Batman Incorporated du même auteur.

 

 

Par la force des choses, les X-men deviennent donc des modèles pour une nouvelle génération de mutants, et on assiste à une expansion d’un nouveau type. Les confrontations avec les reflets des personnages prennent également différents aspects. On pense en premier lieu à Cassandra Nova, puissante forme de vie liée intrinsèquement à Charles Xavier, mais on le retrouve également avec Emma Frost, et son rôle perturbateur dans le couple mythique Cyclope/Jean Grey dont les problèmes apportent un vent de fraîcheur bénéfique. On le retrouve enfin dans le personnage de Sublime, être fascinant dont les U-men donneront du fil à retordre à nos héros et dont la destinée dépassera largement le cadre de la simple menace classique.

 

Fantomex l'une des création de Morrison

Fantomex l’une des création de Morrison

Mais le rapport de force entre deux figures opposées franchit un autre niveau avec l’arc central du run : Riot at Xavier’s où un jeune mutant, Quentin Quire alias Kid Omega qui fait ici sa première apparition, va s’opposer à Xavier. Ce jeune et puissant télépathe se fait le représentant d’une génération qui rejette les préceptes de ses ainés. Arc passionnant qui revient aux sources mêmes des personnages créés en tant que jeunes opposants de l’ordre établi. Morrison structure d’ailleurs son run de manière à ce qu’il puisse se voir comme un reflet (encore une fois) de celui de Chris Claremont. Il n’hésite pas à convoquer les grandes figures de l’ensemble du travail de son prédécesseur. Le Phénix fait son retour, la race galactique des Shi’ars également, Cassandra Nova et Sublime peuvent se voir comme un décalque de Proteus, et Morrison conclut son run sur rien de moins que son Days of future Past.

 

 

Seule ombre au tableau d’une œuvre incontournable dans le corpus de l’auteur et la saga des X-men : la qualité variable des dessins. La série souffre ainsi d’un grand nombre de dessinateurs dont certains ne sont hélas pas du tout à la hauteur de Frank Quitely, Chris Bachalo ou Phil Jimenez. Toutefois, la qualité de l’ensemble fait qu’on passe outre ce souci et qu’on prend un pied monstrueux à la lecture d’une œuvre dans laquelle Morrison arrive à se jouer de nous avec délectation et une maîtrise du suspense qui force l’admiration. Le mystère autour d’un probable traître chez les X-men en est la preuve.

 

En faisant des X-men une œuvre à la croisée de sa JLA et de ses Invisibles, Grant Morrison écrivit l’un des run les plus passionnants de ce début de siècle. L’audace novatrice fut telle, qu’une figure comme Magneto en ressort à la fois grandie et totalement dépassée. On regrettera alors que cette audace fit peur à Marvel qui annula rapidement les apports de Morrison, et remit les X-men sur les rails de ce bon vieux soap-opéra des familles. Peut-être est-ce la consécration ultime d’un run porté par le conflit intergénérationnel que de vouloir être effacé par la maison d’édition bien établie.

 

 

 

New X-men tome 1 à 4 (Marvel Select, Panini Comics, Marvel Comics) comprend les épisodes de New X-men #114 à #154 et New X-men Annual #1

Ecrit par Grant Morrison

Dessiné par :

  • Frank Quitely (#114 à # 116, #121 à #122, #126, #135 à #138)
  • Leinil Francis Yu (New X-men Annual #1)
  • Ethan Van Sciver (#117 à #118, #122, #133)
  • Igor Kordey (#119 à #120, #124 à #125, #128 à #130)
  • Thomas Derenick (#123)
  • John Paul Leon (#127, #131)
  • Phil Jimenez (#132, #139 à #141, #146 à #150)
  • Keron Grant (#134)
  • Chris Bachalo (#142 à #145)
  • Marc Silvestri (#151 à #154)

Prix : 16.30 € le tome

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