On a lu… Opus (T.2) de Satoshi Kon

On a lu… Opus (T.2) de Satoshi Kon

Note de l'auteur

Le second et dernier tome de Opus est sorti il y a quelques semaines et c’est entre totale fascination et frustration que l’on avance dans ce titre indescriptible.

 

Petite piqûre de rappel. Opus, de quoi ça parle ? Comme je vous l’expliquais ici, dans la critique du premier tome, on suit Chikara Nagai, auteur de manga projeté dans sa propre BD intitulée Résonance. Il tente de retrouver Rin, l’un de ses personnages qui lui a dérobé la dernière planche du chapitre en cours. En maître absolu de la meta-fiction et de la mise en abîme, Satoshi Kon s’amuse des relations entre créateur et création. Les personnages se démènent et tentent de s’affranchir de leurs destins quitte à se rebeller contre celui à qui ils doivent leur existence.

 

Ce second tome est dans la droite lignée du premier et va même plus loin. Toujours plus complexe, méta et labyrinthique, l’histoire nous aspire, tout comme l’est le mangaka dans le récit. Chikara Nagai traverse les premiers tomes qu’il a lui-même dessinés, accompagné par certains de ses personnages, afin d’empêcher Rin de modifier le fil de l’histoire et d’engendrer des paradoxes spatio-temporels. Mise en abîme vertigineuse et pseudos voyages dans le temps, Kon trouve avec Opus un terrain de jeu idéal pour y développer ses thèmes fétiches : onirisme et incursion du réel dans l’imaginaire et inversement. Il maîtrise avec brio les structures narratives alambiquées pleines de faux-semblants. Cependant, malgré sa sensibilité expérimentale, il ne tombe jamais dans la branlette neuronale et livre à coup sûr des storylines compréhensives et intelligentes. C’est souvent étourdissant et toujours hallucinant de découvrir une autre pierre de l’édifice Satoshi Kon.

 

Son graphisme évoque Ôtomo ou Oshii avec un trait très fin et clair au service de planches extrêmement détaillées. Du côté de l’édition, Imho fait un sans faute comme toujours et on ne les remerciera jamais assez de nous proposer un tel catalogue. Bref, c’est du pur bonheur et Opus est un titre immense qui mérite une place dans toutes les bonnes bibliothèques ! Oui, mais voilà il y a un petit hic car Opus n’a, pour ainsi dire, pas de fin… Oui, oui, vous avez bien lu ! Le titre, initialement publié en 95, ne put arriver à son terme en raison de l’arrêt du magazine nippon Comic Guys. Une frustration incommensurable au vu de la qualité du titre.

 

Cependant, elle est quelque peu atténuée par les quelques planches que Satoshi Kon a pondues avant l’arrêt définitif de son titre. Ces pages qui ne furent pas publiées à l’époque le sont aujourd’hui et nous permettent d’avoir une pseudo-fin. Restées à l’état de crayonné, on apprécie d’autant plus le dessin et le travail effectué par Kon. Et dans le fond ? Le mangaka se permet une pirouette plutôt inattendue et originale, puisque plutôt que d’apporter un dénouement à son histoire, il va se mettre lui-même en scène, apprenant qu’il ne peut terminer son manga. Ultime méta-trip où le créateur devient à son tour la création d’un autre et ultime questionnement sur notre place et notre statut au milieu de notre vie. Sommes-nous les dessinateurs de notre propre récit ou de simples marionnettes ? Vaste question… Vous avez 4 heures !

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