On a lu…Preacher – Livre 1 de Garth Ennis et Steve Dillon

On a lu…Preacher – Livre 1 de Garth Ennis et Steve Dillon

Note de l'auteur
Livre I

Livre I

Alors c’est un curé, un vampire et une tueuse à gage qui sont dans un bar…
Ca ressemble au début d’une blague mais c’est surtout le point de départ d’une des plus grandes séries des années 90. Et si on va rire beaucoup, on va aussi ressentir tout un tas d’autres émotions.

 

Preacher c’est le piège ! Un véritable traquenard ! Fais attention à toi fidèle lecteur, ne t’aventures pas sans préparation dans l’univers imaginé par Garth Ennis, te voilà prévenu. Il a l’air gentil comme ça mais quand on découvre ses séries on se rend bien vite compte que ce mec est le bouffon du diable. Punisher, Hellblazer, The Boys, Judge Dredd, Hitman, Crossed etc etc voilà autant de titres que le scénariste irlandais a souillé de sa terrible semence. Des titres à la qualité variable d’ailleurs tant il y a un gap de qualité entre les excellents Hellblazer (à partir du mois prochain chez Urban), Punisher et le grossier Crossed. Et pourtant malgré ses hauts et ses bas, malgré ses échecs, malgré ses réussites, Garth Ennis restera très certainement comme le créateur (avec Steve Dillon au dessin) d’une des plus remarquables BD des années 90 : Preacher.

 

Au premier abord, le révérend Jesse Custer ne semble pas différent des autres petits pasteurs de province des États-Unis. Isolé dans une petite ville du Texas, le temps s’y dilue sans agitation, et avec lui, l’ardeur de sa foi. Jusqu’au jour où un terrible accident vient anéantir son église et décimer l’ensemble de ses fidèles. Depuis lors, Jesse développe d’étranges pouvoirs émanant d’une force spirituelle appelée Genesis. En proie au doute et à de multiples interrogations, l’homme se lance alors à la recherche de Dieu et, chemin faisant, croise la route de Tulip, son ex-fiancée, et de Cassidy, un vampire irlandais. Un pèlerinage au coeur de l’Amérique, où le Bien et le Mal ne font qu’un.

 

Preacher serait donc une aventure spirituelle ? Quelque part oui. En décidant de partir à la recherche de Dieu, le révérend Custer (dont le nom célèbre n’est pas forcément synonyme de paix) pourrait s’inscrire dans la longue lignée des pénitents décidés à accomplir leur quête. Mais si la patience et la tolérance de Jesse Custer est grande, elle a toutefois ses limites et il ne faut pas le faire chier ! Bien plus réjouissant encore, et posant définitivement la tonalité de la série, la recherche de Dieu est concrète dans Preacher. En découvrant les origines de Genesis, notre trio d’enfer va surtout découvrir que le Tout-puissant est aux abonnés absents. Loin d’être l’homme d’église typique (et en découvrant son enfance dans un des arcs les plus forts de la série on comprend aisément pourquoi) et investi d’un puissant pouvoir, Jesse Custer décide donc de confronter Dieu à ses erreurs.

 

Jusqu'à la fin du monde

Jusqu’à la fin du monde

Preacher serait une histoire d’amour ? Ho que oui! Deuxième membre du trio, Tulip est non seulement une tireuse d’élite et une tueuse à gage (débutante certes mais faut bien un début à tout) mais elle se trouve être également l’ex-compagne de Jesse. Décidé à le suivre pour découvrir pourquoi ce dernier la largué comme une vieille chaussette quelques années auparavant, Tulip n’est clairement pas l’archétype de la pimbêche jolie et silencieuse. Elle est au contraire volontaire, colérique et sarcastique. L’histoire d’amour de Tulip et Jesse est un des piliers de la série. Mais dans Preacher on s’aime avec des flingues, on se déteste face à la mort et on se réconcilie dans le lit après avoir tout fait cramer.

 

Preacher serait un récit fantastique ? Un prêtre possédant la capacité de faire plier à sa volonté n’importe qui suite à sa fusion avec une créature du paradis c’est déjà en soi un indice pour répondre à la question. Mais quand celui-ci croise sur sa route un irlandais qui a la particularité d’avoir une force surhumaine, de cramer définitivement au soleil et d’apprécier le sang humain on n’a plus trop de doutes. Preacher est un récit fantastique dans lequel les anges essayent de tenir les rennes du ciel depuis le départ du boss, où le saint patron des tueurs parcourt les routes et sème les morts et où un vampire devient pote avec un prêtre. S’éloignant des canons popularisés par Anne Rice et des figures gothiques de Bram Stoker, Cassidy est surtout le bâtard légitime des vampires du fabuleux Near Dark de Kathryn Bigelow. Arborant jean et lunettes de soleil, il est le descendant du personnage de Severen incarné par Bill Paxton. Élément essentiel d’un des trios les plus fantastiques du comic-book, Cassidy est aussi un enfoiré de première qui détruit peu à peu tout les gens qu’il approche.

 

Preacher #3

Preacher #3

Preacher c’est une histoire fantastique, c’est une histoire d’amour, c’est une quête spirituelle mais c’est bien plus encore. Dans le premier épisode d’une saga qui en comptera soixante six (sans compter les épisodes spéciaux et les mini-séries), Garth Ennis éclate sa narration en la basant sur une discussion entre Tulip, Jesse et Cassidy qui se remémore les différents événements récents. Basé dans un coffee-shop et ponctué de remarques et de pensées sarcastiques ce passage évoque bien sur Pulp Fiction. De la même manière que le film de Quentin Tarantino (et de l’ensemble de sa filmographie), Preacher est aussi un melting-pot d’influences et de références variées qu’Ennis a assimilé pour créer une oeuvre unique. Enfin plus que tout autre genre, c’est bel et bien l’esprit du western qui traverse la série. Preuve en est, la présence du Duke en personne, John Wayne, en véritable guide pour Jesse Custer.

 

 

 

Peuplé d’une incroyable galerie de personnages, l’univers de Preacher vogue entre le western tendance Sam Peckinpah et un humour noir ravageur. Sur les douze épisodes que contient ce premier volume, nous allons faire la connaissance à la fois de personnages charismatiques tels le Saint des tueurs, de véritables monstres tels Jody ou bien encore des sacrés numéros comme Tête de fion ou l’inspecteur Gland dont la naïveté, la bêtise ou l’absurdité est un formidable prétexte pour les blagues les plus horriblement drôles mais également pour des moments de fraîcheur et d’innocence.

 

« Il faut que tu fasses partie des gentils, fils. Parce qu’il y a bien trop de méchants »

 

Preacher #11

Preacher #11

Même si elle est ensevelie sous un tombereau de mauvais goût certain, de gore, de violence et de crade, on retrouve cette innocence tout du long de Preacher. Elle en est même un des moteurs qui poussent nos héros à agir. L’innocence et la beauté chez Ennis est une denrée rare dont il faut profiter entièrement car l’horreur de la vie n’est jamais très loin et que les enfoirés rôdent. Divisé en trois actes, ce premier tome va nous conter la rencontre de Jesse avec Genesis et le début de sa quête ainsi que la traque d’un serial-killer à New-York. Il se conclue enfin et surtout sur le récit de l’enfance de Jesse et la confrontation avec sa famille. Moment intense et hallucinant qui reste encore aujourd’hui un des plus grands moments de la série de par cette concomitance incroyable entre l’horreur et la beauté.

 

Alors voilà c’est tout cela Preacher et c’est encore plein d’autres choses (un putain de buddy-movie par exemple). Au coté de Transmetropolitan, Hellblazer, Sandman ou Les Invisibles, la série de Garth Ennis et Steve Dillon a contribué à la réputation de qualité du label Vertigo. Récit brut et anar où tout le monde en prend pour son grade, elle fait paradoxalement ressortir le meilleur de l’être humain incarné par Jesse Custer, Tulip et Cassidy (oui ! Même Cassidy). Le paradoxe est un sacerdose dans Preacher et le plus grand est peut-être celui-ci : C’est à un irlandais que l’on doit, avec Mort ou Vif et Impitoyable, le meilleur western américain des années 90.

 

 

 

Preacher – Livre 1 (Vertigo essentiels, Urban Comics, Vertigo) comprends les épisodes US de Preacher #1 à #12

Ecrit par Garth Ennis

Dessiné par Steve Dillon

Prix : 28,00 €

Critique basée sur l’édition précédente publiée chez Panini

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