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On a lu… Punisher – Au commencement de Garth Ennis, Darick Robertson et Lewis LaRosa

On a lu… Punisher – Au commencement de Garth Ennis, Darick Robertson et Lewis LaRosa

Note de l'auteur

Punisher – Au commencement

La sortie il y a quelques semaines de Punisher – Au commencement est l’occasion idéale pour revenir sur un personnage à la marge de l’univers Marvel et bénéficiant d’une côte de popularité assez impressionnante. D’autant plus que sous la plume de Garth Ennis, le Punisher prend une tout autre envergure particulièrement intéressante.

 

Qu’est ce que le Punisher ? On connaît à peu près l’histoire de Frank Castle et de ce jour terrible où il vit sa femme et ses deux enfants mourir sous les balles perdues de gangsters se faisant la guerre en plein Central Park. Depuis lors, il jura de mener une bataille sans merci contre le crime en utilisant toutes ses connaissances acquises au sein de l’armée. Simple, carré, net et efficace. Pourtant au même titre que beaucoup de héros vieux de plusieurs dizaines d’années, le Punisher n’a pas qu’un seul visage.

 

On associe souvent le Punisher à la grande vague d’anti-héros ou d’héros « bad-ass » qui fleurent bon les années 80, les gros muscles, les gros guns, la testostérone et/ou qui se base sur une idée de la justice très expéditive. Cette vague de personnages s’inscrit dans cette période qu’on nomma grim and gritty et provient d’une idée de l’évolution des super-héros vers des choses plus noires et violentes. Comme si à l’approche des années 90, on estimait que les héros se devaient d’être plus réalistes et crédibles pour plaire. Comme quoi, certains n’ont rien inventé aujourd’hui. Cette approche largement discutable permit toutefois l’exploitation de personnages dont le Punisher.

 

Ce qui est cocasse, c’est qu’on trouve les racines du Punisher vers une toute autre époque, celle des années 70 (à l’époque où le cinéma, la bd et la musique étaient mortels). Apparu en 1974 dans les pages de The Amazing Spider-Man #129, le Punisher peut se voir comme une conséquence des succès de Dirty Harry de Siegel (1971) et de Death Wish de Michael Winner (1974). Traînant sa tête de mort et ses flingues en guest star dans plusieurs séries (notamment chez Daredevil où son opposition à l’homme sans peur donnera lieu à d’excellentes histoires), le Punisher avait le droit à ses propres séries en 1987 et devint un personnage très populaire. On pouvait ainsi trouver entre cinq et six séries différentes sur le personnage au début des années 90.

 

Punisher #4

La suite malheureusement ne fut pas une partie de plaisir pour Frank. La mode est fluctuante et bien vite le Punisher vit la plupart de ses séries annulées. Pire, son destin prend une tournure navrante quand il fut tué et ressuscité par les anges pour devenir leur agent sur terre. De cette période, Garth Ennis n’en fit qu’une allusion lors de la conclusion de son premier épisode sur une maxi-série signant le retour du personnage aux affaires sérieuses. Sonnant comme un adieu ferme et définitif à une période débile, le Punisher était donc prêt à reprendre sa vendetta.

 

Avec son complice le dessinateur Steve Dillon, Garth Ennis allait donc reprendre en main le destin d’un personnage dont on pourrait croire qu’il fut créé pour lui. Cela commence en 2000 et 2001 où les deux compères font vivre au personnage des aventures assez hallucinantes naviguant entre le délire hard-boiled et l’humour noir des plus renversants. On sent particulièrement bien la patte des auteurs de ce chef-d’œuvre qu’est Preacher à la lecture de ces pages. On sent aussi et surtout qu’Ennis éloigne de plus en plus le Punisher de l’environnement super-héroïque classique. Car bien qu’il ait fréquenté cet univers (considérant au départ les super-slips comme une menace puis comme un encombrement), il en fut toujours un peu à part.

 

Ennis n’aimant pas particulièrement les super-héros, il n’est donc pas étonnant de voir que son Punisher les côtoie peu. Cette envie d’éloigner le personnage de l’univers super-héroïque parcourt les deux premières mini-séries et arrive le moment où le scénariste se retrouve coincé. Comment écrire une œuvre sans concession alors que le comic book s’adresse à tous ? C’est pour pallier à ce problème que la collection MAX, destinée à un public averti, fut créée. Enfin, Ennis allait pouvoir s’éclater car si ses premiers travaux furent excellents, on pénètre ici dans un tout autre univers.

 

Outre les six premiers épisodes de la série Punisher qui constituent l’arc In the Begining, l’album Punisher – Au commencement que nous propose Panini, contient également la mini-série Born nous racontant la dernière mission de Castle au Vietnam dans les derniers temps de la guerre. Dessiné par Darick Robertson (son compère sur The Boys et dessinateur de Transmetropolitan), cette mini-série pose les bases du Punisher version MAX et nous confirme ce qui flottait déjà dans les travaux précédent d’Ennis : Le Punisher ne cherche pas la vengeance mais le sang et le combat.

 

Born #1

Centré principalement sur un jeune soldat d’une brigade dont tout le monde se fiche, Born transpire la sueur, le sang et la peur par tous les pores. À travers le jeune Stevie Goodwin nous faisons la connaissance du capitaine Frank Castle, un homme déterminé, terrifiant et qui ne fait pas la moindre concession. Le fait de créer un jeune personnage afin de mettre en valeur le héros habituel par un procédé de distanciation est une technique classique mais facilement casse-gueule. Ennis s’en sort pourtant à merveille et donne naissance à son Punisher. Un véritable malade mental qui trouve la sérénité dans la guerre et la mort.

 

 

On peut d’ailleurs se demander si Goodwin ne représente pas la version d’un Frank Castle tel qu’on pouvait se l’imaginer jusqu’alors, c’est-à-dire un brave soldat revenu du Vietnam et qui bascule dans la vengeance après la mort de sa famille. Le sort de Goodwin et la mise en place d’un Castle profondément psychopathe, cela bien avant le drame fondateur, apparaît alors comme une sorte d’appropriation totale du personnage par Ennis.

 

Ce statut posé, la série Punisher peut commencer sur les chapeaux de roue en convoquant d’anciennes figures de l’univers du héros pour mieux les confronter à cette nouvelle version. Si on est loin de la violence outrageante de Crossed, la lecture de Punisher n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains. Le récit est dur, violent, sans concession, bref un vrai polar hard-boiled que le dessin de Lewis LaRosa rehausse par son caractère brut de décoffrage. Ces premiers épisodes nous en mettent plein la vue et rendent de nouveau justice à un personnage qui en avait bien besoin. Pour clore ce premier tome (Panini a d’ores et déjà annoncé que la suite paraîtrait cette année), l’histoire The Cell est une excellente histoire de prison sonnant comme un règlement de compte ultime mais pas forcément définitif compte tenu de ce qui a précédé.

 

Longtemps disparue des rayons des librairies, la série Punisher de Garth Ennis a enfin un bel écrin à la hauteur de la qualité de la série. Personnage passionnant mais hautement difficile à écrire par sa propre nature (on aurait vite fait de tomber dans le vigilante de bas étage prompt à faire jouir tous les fachos), le Punisher est bien pris en main par un Garth Ennis au sommet de sa forme et de son art.

 

 

 

Punisher – Au commencement (Marvel Deluxe, Panini Comics, Marvel Comics) comprend les épisodes Born #1 à 4, Punisher (2004) #1 à #6 et Punisher : The Cell

Écrit par Garth Ennis

Dessiné par Darick Robertson (Born) et Lewis LaRosa (Punisher et Punisher : The Cell)

Prix : 28,40 €

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