On a lu… Scène de Crime d’Ed Brubaker, Michael Lark et Sean Phillips

On a lu… Scène de Crime d’Ed Brubaker, Michael Lark et Sean Phillips

Note de l'auteur

Scène de Crime

« Le poids des mots, le choc des photos » disait l’accroche d’un célèbre magazine. Avec la sortie ce mois-ci de Scène de crime, nous avons le droit au poids des mots de Brubaker et au choc des dessins de Lark. Passons sous les rubans jaunes et étudions la scène.

 

Mini-série de quatre épisodes parue en 1999, Scène de crime raconte l’histoire tristement banale de Jack Herriman, un détective privé à qui la vie n’a pas vraiment fait de cadeau, et qui tente de remonter doucement la pente. Il est aidé en cela par son oncle Knut, un photographe célèbre pour ses photos de scènes de crime. Un jour Jack est contacté par une femme, Alexandra Jordan, qui lui demande de retrouver sa petite sœur. Comme toujours dans les bons polars, les apparences sont trompeuses et notre héros va se retrouver mêlé à une bien sombre affaire.

 

Ed Brubaker

La sortie de ce très bon polar sous nos latitudes, nous donne l’occasion de découvrir la première œuvre en commun d’Ed Brubaker et Michael Lark. Avant Gotham Central et avant leur run sur Daredevil, ces deux là s’occupèrent donc de Jack Herriman. Enfin on n’oubliera pas l’apport de Sean Phillips à l’encrage, cet artiste est aussi un vieux compagnon de route de Brubaker sur des œuvres telles que Criminal, Incognito et Fatale.

 

Parfaitement au diapason, ce trio nous concocte donc une histoire prenante et très démoralisante. On préfère vous prévenir, évitez de lire Scène de Crime un jeudi soir de pluie dans un trou paumé du Doubs car c’est un coup à se pendre à une corde. En brillant élève de ses pairs, Brubaker tisse un récit sombre où le personnage doit encaisser des horreurs qui résonnent de plus en plus avec son propre passé. Plus on s’enfonce dans les strates du récit et plus la lumière se fait rare.

 

Scene of the Crime #1

On pense beaucoup aux histoires de Dennis Lehane en parcourant les pages de Scène de Crime. On y retrouve ce même emploi talentueux de la voix-off et les mêmes personnages torturés que dans les romans de l’auteur de Gone Baby Gone et Mystic River. Connu du grand public pour ses runs sur les personnages de Daredevil et, surtout Captain America, Ed Brubaker nous montre là une facette de son talent d’autant plus remarquable que Scène de Crime est une des ses premières « grosses » oeuvres.

 

En quatre épisodes, Brubaker, Lark et Phillips nous emportent dans une histoire bien sombre mais toujours extrêmement bien charpentée. Outre la très bonne utilisation de la voix-off, il faut souligner l’excellent rythme du récit qui sait alterner moments de tension et passages calmes, et qui sait où se trouve la pédale de l’accélérateur pour entamer un sprint final qui nous laissera sur le carreau. Scène de crime c’est aussi des personnages dont la caractérisation fait mouche. Quasiment détruit par la vie, Herriman nous apparaît à la fois touchant dans sa manière de suivre ses principes ou dans son attitude de chevalier blanc. Mais on peut aussi le trouver pitoyable dans sa manière de renouer avec certaines personnes de son passé, ou dans sa façon de jouer avec un feu qui l’a déjà brûlé.

 

Michael Lark

Bien que secondaires, les autres personnages sont suffisamment bien bâtis pour qu’ils nous apparaissent crédibles. On pense bien sur à Knut Herriman, l’oncle de Jack, qui forme un très joli couple avec Molly, mais également au flic Paul Raymonds et à Steve Ellington l’ami de Jack et détective privé comme lui. Bien qu’ils puissent être vus comme des versions différentes d’un Jack qui n’aurait pas connu les problèmes que l’on sait, il n’en reste pas moins qu’ils existent par eux-mêmes. Le talent des artistes Brubaker/Lark/Phillips apporte le crédit nécessaire pour qu’on puisse croire que ces personnages existent en dehors du récit que l’on est en train de parcourir. Et bien sûr il y a la famille Jordan au passé trouble et terriblement glauque.

 

Histoire dure et implacable où personne n’en sort totalement indemne, parcourue par quelques scènes chocs qui restent gravées longtemps en soi, Scène de Crime est donc un polar de très bonne facture où le bien et le mal en arrive à se confondre, et malgré l’espoir qui transparaît à la fin du récit, on ne peut s’empêcher d’avoir des regrets pour les personnages dont l’histoire vient de nous être contée.

 

 

 

Scène de Crime (Contrebande, Delcourt, DC Comics) contient les épisodes Scene of The Crime #1 à #4 et Vertigo : Winter’s Edge #2

Ecrit par Ed Brubaker

Dessiné par Michael Lark (encrage : Sean Phillips)

Prix : 14,95 €

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