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On a lu… Seraphim 266613336WINGS de Satoshi Kon & Mamoru Oshii

On a lu… Seraphim 266613336WINGS de Satoshi Kon & Mamoru Oshii

Que se passe-t-il lorsque deux artistes de génie se rencontrent et collaborent ? Ils signent une œuvre dense et atypique dans laquelle chaque planche regorge d’idées. Une rencontre mythique au panthéon de la culture pop et bédéphile au même titre que celle de Stan Lee et Moebius. Mais leurs visions finissent parfois par se télescoper, se heurter et finalement accouchent dans la douleur d’un récit inachevé…

 

Débuté en 1994, Seraphim n’arrive que maintenant en France et on ne remerciera jamais assez les éditions Imho de le publier enfin, d’autant qu’elles nous gratifient d’un catalogue de haute volée avec des titres forts et inclassables. Ce manga est le fruit de l’association de deux monstres du manga et de la japanimation: Mamoru Oshii et Satoshi Kon. Le premier est l’homme derrière Ghost In The Shell, Patlabor, Avalon et The Sky Crawlers, bref une sommité à l’univers futuriste passionnant. Le second, dont je vous ai déjà parlé, est le maître du faux-semblant avec ses travaux métas et oniriques tels que Perfect Blue et Paprika. Leur rencontre semblait devoir aboutir sur un projet d’envergure mais quand un navire a deux commandants à bord, la direction devient incertaine.

 

Seraphim est basé sur une histoire de Oshii et finement illustré par Kon. Le monde est à l’agonie car l’humanité est décimée par une étrange épidémie appelée la maladie des anges. Les personnes infectées se voient pousser des ailes atrophiées et sont assaillies d’hallucinations dont ils ne veulent plus émerger. L’Organisation Mondiale de la Santé tente de comprendre et d’endiguer le virus et envoie donc trois émissaires, les Rois Mages, sur l’épicentre du phénomène. Le lecteur, lui, évolue dans un monde ultra-politisé où les relations internationales prennent une place capitale. Avec les pays asiatiques et plus particulièrement une Chine morcelée en toile de fond, on avance pas à pas et autant vous dire que la lecture, bien que passionnante, n’est pas évidente. Sans surprise, on retrouve donc les thèmes chers à Mamoru Oshii ainsi que ses figures iconiques comme une petite fille (Angel’s Egg, In The End) ou encore l’incontournable basset (GITS, Avalon…).

 

Et Satoshi Kon dans tous ça? Au-delà de son travail somptueux sur le graphisme, il voulait vraiment être impliqué dans l’écriture. Mais très vite, un constat s’impose : l’univers post-apocalyptique et géopolitique «oshiien» (c’est un poil barbare, je vous l’accorde) étant relativement éloigné de celui bien plus onirique de Kon, celui-ci se retrouve finalement n’être que le «metteur en scène» du récit. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’il collabore avec un autre puisqu’il a notamment travaillé avec monsieur Katsuhiro Ôtomo (Akira) en personne. Mais cette fois-ci, les visions et tempéraments des artistes n’ont pas réussi à s’accorder.

 

Dommage car ce tome d’une richesse incroyable est proprement passionnant. Le scénario fourmille de détails et le dessin est précis et léché. Malheureusement, comme pour Opus, un autre manga de Kon, quand on referme le tome on sait qu’on n’en ouvrira pas d’autres… Et ce n’est pas par choix mais par obligation. Je pense que vous l’avez compris, Seraphim n’a pas de fin. La collaboration des deux mangakas aura eu raison de l’œuvre, nous laissant orphelin d’un titre prometteur. Une immense déception qui, cependant, ne doit pas vous empêcher de vous plonger dans cette œuvre hors-norme.

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