On a lu… Superman – Les origines

On a lu… Superman – Les origines

Superman – Les origines

La sortie dans quelques mois de Man of Steel de Zack Snyder aura au moins eu un effet positif quelque soit la qualité finale du film. Cela va permettre de remettre le plus grand des super-héros sur le devant de la scène et cela donne l’occasion à Urban Comics de sortir plusieurs histoires du personnage. Vous n’aurez donc plus aucune excuse pour ne pas lire des BD sur le dernier fils de Krypton et découvrir que celui-ci est bien loin des clichés qu’on peut lui apposer ! Parmi toutes ces sorties, il y en a une récente qui ne peut qu’avoir toute notre attention : Superman – Les origines par Mark Waid et Leinil Francis Yu.

En 2003 Smallville cartonne sur le petit écran et entame sa troisième saison. Afin de profiter du succès de la série et d’attirer les amateurs de la série télé vers la bande dessinée, DC comics décide de confier à Mark Waid un projet de mini-série racontant les origines du personnage et ses premières aventures, avec pour obligation de coller à certains événements de la série TV. Malgré cette contrainte de se baser sur une série qu’on qualifiera de médiocre pour être poli, Waid va redéfinir Superman de façon remarquable. En se basant notamment sur les idées qu’il avait proposées avec Grant Morisson, Tom Peyer et Mark Millar à DC Comics pour une relance du personnage en 2000 (relance qui avorta) et en prenant en compte le contexte de l’époque, Waid va offrir au personnage des débuts fabuleux à la hauteur de ce qu’a pu faire Frank Miller avec Batman avec le grandiose Year One.

Si Superman Birthright (le titre original de l’histoire) est une mini-série initialement parue mensuellement en douze numéros, sa lecture d’une traite y gagne en plaisir et en intensité. Divisé en deux parties (Afrique et Metropolis), le récit apparaît comme un tout intelligemment construit autour du personnage de Clark Kent cherchant à savoir d’où il vient pour mieux savoir où aller. Toute l’histoire de la série prendra d’ailleurs sa source dans la quête des origines en parallèle de la construction de son soi futur. Ce n’est donc pas un hasard si le récit s’ouvre sur la fin de la civilisation Kryptonienne pour continuer ensuite dans le berceau de l’humanité. Tout le travail de Waid et de Yu sur les aventures de Clark en Afrique, participe ainsi à la construction de l’homme de demain notamment via l’importance des couleurs et des vêtements en tant que symbole de l’identité de l’individu et de la communauté dont il est issu.

Une des forces du récit se trouve également dans le travail en profondeur autant sur le personnage de Clark Kent que sur celui de Superman. Alors qu’on résume trop souvent Clark Kent à une sorte de personnalité de façade créée par Superman afin de vivre parmi les hommes, Mark Waid remet les pendules à l’heure : Kent et Superman ne font qu’un et le super-héros par excellence est autant issu de Krypton qu’il est le fruit de l’éducation donné par ses parents terriens. La première apparition dans la série nous le prouve bien d’ailleurs. Les dessins de Yu passent intelligemment de la fusée qui sauve le petit Kal-El de la destruction de Krypton pour l’emmener sur Terre, à une balle qu’intercepte Clark Kent sauvant ainsi la vie d’un homme. « Plus rapide qu’une balle » faisait partie des slogans qu’on accolait à Superman, ici cette maxime prend donc tout son sens pour illustrer les capacités de Clark Kent. De cette aventure africaine le futur reporter en tirera une certitude quant à son avenir et les méthodes à employer. Pour aider les gens et pour qu’ils aient confiance en lui, il devra agir à visage découvert. Superman est né.

Si la redéfinition des origines s’inscrit dans les travaux de ses prédécesseurs, Waid va aussi prendre en compte le contexte actuel dans lequel Superman apparaît. Un peu comme l’avait fait Donner dans le film Superman, comme nous le montre très justement le texte d’introduction de la BD. Le super-héros vit dans un monde où la population a connu les attentats du 11 septembre et les événements qui suivirent et elle ne perçoit plus automatiquement cet être extraordinaire comme un bienfait. Superman est un inconnu qui représente un danger potentiel, malheureusement. Toute la seconde partie de la série va donc s’attacher à montrer la manière dont Superman va vaincre les doutes et les peurs de la population de Metropolis pour en devenir son protecteur.

Où cacher le corps de Loïs ?

Cette population, si elle est représentée par beaucoup d’hommes de la rue, prend bien sûr aussi la forme de personnages secondaires très forts (cela a toujours été un atout de la série par ailleurs). Perry White et Jimmy Olsen sont excellents ; quant à Loïs Lane, Mark Waid nous en dresse un portrait tout à fait remarquable : une femme pleine d’assurance aux répliques cinglantes et justes, drôle et confiante dans ses capacités notamment dans ce fabuleux moment où elle critique le dernier numéro du Daily Planet devant un Perry White furibard, couchant sur le papier les raisons pour ne pas virer sa reporter vedette. Elle est surtout une véritable complice de Superman et Waid évite le triangle amoureux habituel Loïs/Clark/Superman de manière très intelligente tout en conservant les fondamentaux de la relation entre ces trois personnages. Loïs est attirée par Superman mais n’apparaît pas comme une gourdasse ou une victime des événements.

Dernier personnage remarquable de la série : Lex Luthor, le Némésis de Superman qui siège au panthéon des plus grands méchants de l’Histoire des comics à coté du Joker et du Docteur Fatalis. Là encore, Waid va faire des miracles avec ce personnage. Jouant habilement de la seule concession faite à la série Smallville, à savoir que Luthor et Kent se connaissaient dès l’adolescence au lycée de Smallville, il va là aussi user de tout son talent pour brosser un portrait remarquable de ce magnat de la finance et savant fou à ses heures perdues. Ici aussi tout un jeu de renvoi va s’effectuer entre un Luthor qui détient la clé du passé de Superman et ce dernier représentant un futur plein d’avenir et de promesse.

Construit comme un grand récit initiatique se concluant dans une grande bataille épique qui s’inscrit dans la tradition de science-fiction de la série, Superman – Les origines va nous montrer au fil des pages la naissance de Superman, la double identité de Clark Kent. Un Superman grandiose et magnifié par les dessins de Yu, tout en puissance et charisme tel un demi-dieu descendu d’un panthéon depuis longtemps disparu. Ne vous y trompez pas, voici une très grande œuvre de Superman, de celles qui vous font comprendre que le plus grand des super-héros n’a pas usurpé son statut, et dites vous bien que si vous entendez les magnifiques notes du thème musical de Superman par John Williams à l’apparition du colosse dans le ciel, ce n’est définitivement pas un hasard : cette BD, c’est le chef d’œuvre de Donner sur papier, une synthèse remarquable du personnage pour un nouveau départ, dans une époque qui aurait décidément bien besoin de super-héros.

 

Et là il est trop petit mon « S » ?

 

(1) Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que comics-books et série télé flirtent ensemble. Ainsi le mariage de Loïs et Clark eu lieu à la fois dans la bande dessiné et dans la série télé Loïs et Clark : Les nouvelles aventures de Superman. Cet événement fut d’ailleurs prévu de longue date dans le comics mais fut repoussé pour coïncider avec la série TV. Ce report eut pour conséquence la mise en route d’un autre événement célèbre : La mort de Superman.

 

 

Superman – Les origines (DC Essentiels, Urban Comics, DC)

Ecrit par Mark Waid

Dessiné par Leinil Francis Yu

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