On a lu… Transmetropolitan – Année 2 de Warren Ellis et Darick Robertson

On a lu… Transmetropolitan – Année 2 de Warren Ellis et Darick Robertson

Note de l'auteur
Transmetropolitan - Année 2

Transmetropolitan – Année 2

Plus ça change et plus c’est la même chose. Plus de dix ans après la parution initiale, les épisodes de Transmetropolitan composant ce deuxième tome nous démontrent à quel point l’œuvre-maîtresse de Warren Ellis conserve toute sa force évocatrice. Après être revenu dans La Ville, après avoir renoué avec le journalisme, après s’être occupé des abus de pouvoir, de la télévision, de la religion etc etc Spider-Jerusalem va maintenant s’attaquer à un très gros morceaux : les élections présidentielles.

 

Si dans le premier volume, Warren Ellis et Darick Robertson flinguaient à tout va sur toutes les institutions et une société en perdition, cette suite de Transmetropolitan se concentre sur un seul et gros sujet. Pendant une douzaine d’épisode, le journaliste frondeur va replonger dans l’univers impitoyable de la politique et de sa messe médiatique. Ce n’est pas de gaieté de cœur pourtant. Son rédacteur en chef a beau le tanner pour qu’il couvre l’élection qui oppose Gary Callahan à Bob Heller, Spider Jerusalem refuse par crainte de revivre la même situation qu’il a vécu il y a quelques années quand l’homme qu’il détestait le plus fut élu par le peuple.

 

Ce même peuple encense également Spider et voit en lui une super-star. Pour un être aussi pétri de vérité et cherchant la prise de conscience de son prochain il est assez terrible de se voir devenir une icône marchande pour une troupe béate attendant le prêche de ce prédicateur moderne. Il est alors peu étonnant de retrouver un Spider Jerusalem au fond du tour quand commence l’histoire. Le journaliste déteste son nouveau statut et n’en hait que d’avantage son prochain. Il veut y croire pourtant car malgré les apparences Spider n’est pas un total misanthrope égoïste et puant. Il aimerait croire au réveil de ses compatriotes et va finalement va rentrer dans l’arène.

 

Transmetropolitan #14

Transmetropolitan #14

Il est certain que lorsque qu’il se retrouve de nouveau face à face à son ennemi juré (la Bête alias le président des Etats-Unis) ou face à Callahan, ce n’est pas la même chose que nos journalistes français tout gentillets face au président lors de l’interview du 14 juillet. Autant acteur que spectateur, Jerusalem va donner de sa personne. Alter-ego des auteurs, le personnage s’engage dans la campagne au point de mettre au pied du mur le candidat Callahan en lui faisant faire des engagements pour la réhabilitation de certains quartiers de La Ville.

 

L’installation d’un fil rouge tout du long de ce volume permet donc à Ellis et Robertson de développer au mieux certaines idées et thématiques qu’ils avaient déjà abordé lors des premiers numéros de la série. En couvrant jusqu’au bout une élection déterminante dans n’importe quelle démocratie, les deux auteurs vont en disséquer tous les aspects et tous les à-côtés. C’est autant les candidats que le cirque médiatique où tout n’est qu’apparence et calcul qui est dénoncé. Ce que ce deuxième tome nous montre, et ce que Spider tente désespérément de montrer, c’est bel et bien l’incurie d’une population face à ce qui n’est pas de l’échange d’idées, d’opinions et d’idéologies mais un pugilat concerté et orchestré par des communicants. On se fiche de qui est le gagnant, tous le monde sera perdant.

 

Transmetropolitan #15

Transmetropolitan #15

Si Ellis et Robertson tiennent leur sujet tout du long du tome, ils n’en oublient pas de bifurquer plusieurs fois et de développer leurs personnages. Spider-Jerusalem tout en conservant sa verve, ses sarcasmes et sa prose si fleurie apparaît également plus ambiguë dans les relations qu’il entretient avec les autres personnages. L’apparition de Yelena Rossini, sa nouvelle assistante, amène avec elle tout son lot de rebondissement et de scènes foutrement passionnantes.

 

Érigé au rang d’idole et aimé de tous, voilà ce qui désespère le journaliste qui ne prend plaisir qu’à être détesté du plus grand nombre. Sans pitié envers les forts, il se révèle pourtant d’une tendresse incroyable envers les innocents et nous fait part encore une fois de sa capacité à cerner la beauté dans l’horreur (voir les différents « photos » coupant les épisodes dans la deuxième moitié du tome). Misanthrope, il n’en reste pas moins qu’il apprécie certaines personnes. Gare alors à ceux qui s’en prennent à elle. Ayant mis à mal le candidat Callahan par pur souci de la vérité, Spider Jerusalem va faire de ce combat une affaire personnelle après un événement dramatique qui nous foudroie en plein visage sans qu’on s’y attende. Et malgré notre attachement à cet antihéros, on se demande s’il n’a pas affaire à plus fort que lui tant Callahan nous apparaît au fil des pages comme un monstre encore plus terrible que le président en place. La réponse sera surement dans la suite.

 

 

 

 

Transmetropolitan – Année 2 (Vertigo Essentiels, Urban Comics, Vertigo) comprends les épisodes de la série Transmetropolitan #13 à #24 et Vertigo: Winter’s Edge #3

Ecrit par Warren Ellis

Dessiné par Darick Robertson

Prix : 28.00 €

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