On a lu… Une case en moins d’Ellen Forney

On a lu… Une case en moins d’Ellen Forney

Note de l'auteur

Une case en moins

On met les bouchées doubles ce vendredi au Daily Mars. Pour se faire pardonner de n’avoir fourni qu’une chronique vendredi dernier, Jérôme a non seulement été obligé de regarder en boucle les trois dernières saisons de Dexter, et la bande-annonce de Doutes (l’adaptation du sketch des Inconnus, Le Doutage, matez-moi ça, faites vous plaisir), mais doit également fournir trois textes aujourd’hui. Le hasard faisant bien les choses, cela lui permet de découvrir une bd qui sort des sentiers qu’il a l’habitude d’emprunter.

 

 

On n’apprendra à personne que le monde de la bande dessinée américaine vit au rythme des deux grosses compagnies que sont DC Comics et Marvel Comics, et on vous apprendra encore moins qu’en dehors de ces mastodontes, gravitent d’autres compagnies et éditeurs tels qu’Image ou Valiant. Ce qu’on sait probablement moins, c’est que le milieu de la bande dessinée est composé de bien d’autres auteurs et œuvres. On serait tenté de faire rentrer toutes ces histoires dans la catégorie de la bd underground américaine bien que certains auteurs aient largement acquis une grande renommée.

 

 

Ellen Forney fait partie de ces auteurs en marge de la bande dessinée mainstream. Enseignante au Cornish College of the Arts de Seattle et artiste touche-à-tout, elle fut nommée deux fois à l’Eisner Award pour I Love Led Zeppelin (2001) et I was seven in ’75 (2007). Avec Une case en moins – La dépression, Michel-Ange & Moi, Ellen Forney nous propose sa réflexion sur le lien entre la dépression et l’art en se basant sur sa propre expérience.

 

 

The crazy artist

Diagnostiquée comme souffrant de troubles bipolaires, Ellen Forney nous livre ici le témoignage des années qui ont suivi. Très vite nous voilà happés dans le monde et le quotidien de cette personnalité hors norme. La grande force D’une case en moins se tient dans la manière dont Forney nous parle de sa maladie. Débutant de manière joyeuse et délirante, le récit nous fait découvrir une Ellen mature et pleine de joie de vie. Le dessin regorge alors de centaines de détails et d’un trait rond qui participe et renforce les anecdotes du personnage sur la création de son tatouage, ses travaux de photographe, ses expériences sexuelles débridées etc, etc.

 

Toutefois on sent rapidement poindre un malaise. Ca commence d’abord avec les séances chez le psy où l’on constate qu’Ellen ne se livre pas complètement voire ment à sa psy, et par ricochets, à soi-même. On a beau avoir en face de nous une personne intelligente et cultivée (notamment sur les maladies mentales), on se rend tout de même compte que quelque chose ne tourne pas rond quand notre héroïne considère sa maladie comme une belle opportunité créative. Elle a beau se préparer un semblant de planning de travail se basant sur ses périodes de déprime et ses périodes d’exaltation, elle ne fait que donner le change, et la réalité arrivera de façon brutale.

 

 

Ellen Forney

Une case en moins a ceci de fort qu’elle arrive à nous impliquer fortement dans l’évolution du personnage. Sans qu’on y prenne garde, le récit nous prend au jeu et la chute est d’autant plus dure quand on arrive à la période de grande dépression d’Ellen Forney. La BD étant elle-même l’expression des symptômes de la maladie, on passe peu à peu à un changement de style quasiment radical. Les multiples idées qui parcourent les pages de la bd nous entraînent dans la dépression de l’auteur. Cela passe par un dessin plus réaliste (notamment dans le traitement du personnage d’Ellen), des changements brusques de style offrant alors des scènes marquantes (l’ouverture du quatrième chapitre), ou bien encore la transcription des dessins qu’elle fit à l’époque.

 

 

Une belle collection

On se sent très proche d’Ellen Forney et sa maladie nous touche beaucoup. On vit avec elle, on s’énerve contre elle, on espère qu’elle guérira, bref on ressent pour elle ce qu’on ressentirait pour un ou une ami(e) proche. Au-delà du lien qu’elle arrive à tisser avec son lecteur, Forney prend également conscience de ses véritables blocages. On arrive là en plein dans la problématique que propose la bd. Est-ce que la guérison la changera ? Cela ne lui ferait-elle pas perdre sa créativité ? Question primordiale pour l’artiste et dont la réponse se trouve dans ses dernières pages pleines d’espoir et de maturité.

 

 

 

 

Récit autobiographique passionnant, Une case en moins permet de découvrir une maladie mal connue et dont on se fait beaucoup de mauvaise idées. En faisant un profond travail sur elle-même, Ellen Forney nous offre l’occasion de balayer nos préjugés et de se rendre compte de certaines réalités. A la fois drôle et triste, optimiste et déprimant, Une case en moins est une bande dessinée qui devrait être remboursée par la sécu. Et sur ces belles paroles je vous laisse, on me dit dans l’oreillette que j’ai encore la saison 4 de The Walking Dead à regarder comme punition.

 

(la vie c’est de la merde)

 

 

 

Une case en moins (Outsider, Delcourt, Pengouin Group)

Ecrit et dessiné par Ellen Forney

Prix : 15 €

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