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On a lu… X-Men : Dieu crée, l’homme détruit de Chris Claremont et Brent Anderson

On a lu… X-Men : Dieu crée, l’homme détruit de Chris Claremont et Brent Anderson

Note de l'auteur

God Loves, Man Kills

Cuirassé de l’univers Marvel, les X-Men ont ceci de particulier et de passionnant qu’ils portent la double casquette de groupe de super-héros et de représentants des minorités opprimées. Fort de centaines d’épisodes (et cela sans compter les dizaines de séries dérivées), la série a connue de nombreux moments d’anthologies. De par sa noirceur, sa tonalité désespérée, son (osons le dire) réalisme et sa forme particulière, X-men : Dieu crée, l’homme détruit fait partie de ces moments. Retour aujourd’hui sur un grand album qu’on aimerait revoir dans les rayons des librairies.

 

Nous sommes en 1982 et les X-men ne sont pas franchement à plaindre. Depuis 1975 et l’arrivée du scénariste Chris Claremont puis du dessinateur John Byrne, la série est passée de cinquième roue du carrosse de l’éditeur (au point que celui-ci arrêta le titre en 1970 pour le relancer cinq ans après avec une nouvelle équipe) à celui de succès public et de chef d’oeuvre artistique. Toutefois le départ de John Byrne signe la fin d’un certain âge d’or et on pouvait alors se demander si la série allait survivre au départ du grand dessinateur.

 

C’est peut-être parce qu’il partage cette inquiétude que Claremont décide de bousculer l’équipe et la série. Ce n’est pas la première fois et ça ne sera pas la dernière fois qu’il procédera ainsi et il s’agit sûrement d’une des explications de la longévité et de la qualité de la série sous la plume de l’auteur. Concrètement cela passe par une année entière où les X-men vont quitter le plancher des vaches. Avec l’aide de Dave Cockrum (le premier dessinateur de la nouvelle équipe des X-men et habitué du space-opera), le scénariste va faire vivre à son équipe des aventures dans l’espace à la croisée des chemins d’Alien et de Star Wars.

 

Chris Claremont

En parallèle de la série régulière, Claremont va également utiliser ses mutants d’amours pour une collection que Marvel lança quelques années auparavant. S’inspirant des albums de bd européenne et désirant toucher un autre public, Marvel créa une collection de romans graphiques (les Marvel Graphic Novels) dont la forme permettait une narration différente pour les équipes créatives. Après le sublime et culte La mort de Captain Marvel de Jim Starlin (à quand une ré-édition bon sang de bois?!), il était assez logique de voir le mastodonte mutant dans cette collection.

 

Réticent dans un premier temps, Chris Claremont (qui se dit que quitte à ce que cela se fasse autant qu’il s’en occupe) écrivit tout d’abord un première oeuvre avec Bob McLeod au dessin qui fit office de « pilote » à la série Les Nouveaux Mutants qui fut lancée peu après. Bien que cet album propose une histoire sympathique, il ne nous préparait pas au choc qui allait suivre. Probablement conscient des possibilités créatives de ce format, Claremont se mit en tête d’écrire ce qu’on peut, encore aujourd’hui, considéré comme la quintessence des X-men.

 

Magneto face à l’horreur

Cela commence par une scène terrible, celle de l’assassinat dans une cour d’école de deux enfants noirs qui sont coupables aux yeux de leurs meurtriers d’être des mutants. Ces assassins se font appeler les Purificateurs et ils sont à la solde du révérend William Stryker. Loin d’agir dans l’ombre, ce prêcheur est à la tête d’une mission évangélique internationale qui prône la haine des mutants coupables selon lui d’être une menace pour une humanité a laquelle ils n’appartiendraient pas. Orateur de talent et habitué des médias, Stryker décide de passer à l’étape supérieur de son plan en tuant les X-men et en se servant du pouvoir de télépathie de Charles Xavier comme d’un catalyseur pour anéantir tous les mutants. Bien décidé à lui faire face, les X-men mettront à profit l’adage « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » en trouvant un allié de poids en la personne de Magneto.

 

Comme on peut le remarquer, certains éléments de X-Men : Dieu crée, l’homme détruit furent repris des années après dans l’adaptation cinématographique du comic book. En particulier le personnage de William Stryker qui devient, dans le film de Bryan Singer, un dangereux militaire lié au passé de Wolverine. De fait, X-men 2 est considéré comme une libre adaptation du roman graphique. Une adaptation très peu inspirée alors que l’ouvrage initial est un condensé de ce qu’il y a de mieux chez les X-men. Comme le disait Chris Claremont à l’époque de la sortie du film : « […]C’était un peu notre film à nous sur les X-men »¹.

 

Plus cela change et…

De fait Dieu crée, l’homme détruit est un ouvrage parfait pour qui veut découvrir les X-men. Il met en scène une équipe composée des membres les plus illustres de la série (Cyclope, Wolverine, Colossus, Tornade, Diablo et Kitty Pryde) opposée à ce qu’il y a de plus terrifiant chez l’homme. Une haine farouche, massive et meurtrière prenant sa sources dans la peur de ce qui est différent. Car si l’histoire nous présente un antagoniste terrifiant en la personne de Stryker, il n’en reste pas moins qu’il n’est que l’incarnation de tout le ressentiment d’une somme d’individus.

 

Récit prenant et rythmé dont la noirceur doit beaucoup au dessin d’un Brent Anderson (Astro City, Rising Star) s’inscrivant dans la lignée de Neil Adams², Dieu crée, l’homme détruit nous offre des moments classiques que le lecteur régulier de la série connaît tel la séance dans la salle des dangers mettant en valeur les différents pouvoirs et caractère de nos héros et leur spécificités en tant qu’équipe. En opposant également le discours humaniste de Xavier faisant appel à la logique et la manipulation des foules de Stryker basé sur la peur de l’autre, le comic apparaît comme extrêmement critique vis à vis des médias privilégiant celui qui réagit dans l’instant (qui fait le buzz serait-on tenter de dire aujourd’hui) à celui qui veut prendre le temps d’expliquer.

 

Loin d’avoir un discours grossier ou caricaturaux Claremont ne nous présente pas une communauté mutante soudée face à une humanité faite d’un seul bloc de haine mais va dresser un panel varié d’humain allant de l’intégriste ras du front au représentant de l’ordre faisant preuve d’un comportement juste. Dans le même temps, le scénariste utilisera Magneto comme contrepoids au discours idéaliste de Xavier et sera quelque part, et malheureusement, une preuve vivante des propos de Stryker.

 

William Stryker

Bien que longtemps considérée comme une histoire non-canonique dans l’univers des X-men (une des premières versions de l’histoire devant même nous montrer la mort de Magneto), Dieu crée, l’homme détruit permet à Claremont de développer des pistes déjà abordées dans la série Uncanny X-men. Nemesis des X-men, Magneto prend ainsi ici une toute autre envergure. Déjà, dans les épisodes publiés peu de temps avant cet album, le maître du magnétisme nous révélait son passé de survivant des camps de concentration. Désireux d’approfondir un personnage d’une grande richesse, Claremont nous le montre bien plus sage tout en restant déterminé. De méchant basique désireux d’être à la tête d’un peuple mutant qui dominerait le monde, Magneto évolue vers une figure de leader politique prônant la force comme moyen de survie face à une humanité désireuse de les asservir ou de les exterminer.

 

…plus c’est la même chose

Jamais le parallèle Magneto/Malcolm X et Xavier/Martin Luther King n’aura été aussi fort que dans cette histoire qui n’oublie pas non plus ses autres protagonistes. Chaque X-men est très bien caractérisés et tous ont droit à leur moment de gloire. Wolverine est égal à lui même sans se taillait la part du lion et Diablo focalisait les peurs de par son apparence. Mascotte de l’équipe, la jeune Kitty Pride n’est pas en reste et se trouve même au centre d’un des moments les plus forts de l’histoire. Une scène qui réussi avec une grande intelligence et une grande finesse à évoquer à la fois la Shoah et la ségrégation.

 

A une époque où le racisme, l’antisémitisme la xénophobie, l’homophobie et l’intolérance de toute sorte ne sont clairement pas en voie de disparition, la lecture de Dieu crée, l’homme détruit peu apparaître comme indispensable et salutaire. Claremont et Anderson nous ont offert là une magnifique histoire, de celle qui prouve qu’a travers des personnages de fictions populaires ont peut faire passer des puissants messages de paix sans jamais renier le plaisir immédiat face à un excellent récit d’aventure.

 

 

X-men : Dieu crée, l’homme détruit (Marvel Graphic Novels, Panini Comics, Marvel Comics)

Ecrit par Chris Claremont

Dessiné par Brent Anderson

 

 

¹extrait de la préface de l’album édité chez Panini Comics
²qui fut d’ailleurs le premier choix de Marvel pour illustrer l’ouvrage

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