On a lu… X-men – l’intégrale 1969/1970

On a lu… X-men – l’intégrale 1969/1970

Note de l'auteur
X-men - l'intégrale 1969/1970

X-men – l’intégrale 1969/1970

Si les X-men version Chris Claremont sont l’alpha et l’omega de toute la saga mutante de Marvel, certains autres travaux méritent notre attention. Avec la ré-édition de l’intégrale de la série Uncanny X-men regroupant les épisodes publiés entre 1969 et 1970 voilà l’occasion pour nous de revenir sur une période moins connue qui portent en elle les germes de l’abondance à venir.

 

Ce n’est plus vraiment une nouvelle, créée en 1963 par Stan Lee et Jack Kirby, les étranges X-men ne furent clairement pas un grand succès à l’époque. On pourrait même parler de cinquième roue du carrosse tant le vent de folie créatif qui flottait sur les séries Marvel ne semblait pas toucher l’équipe de jeunes mutants composée de Cyclope, le Fauve, Iceberg, Angel et Marvel Girl. Ce n’est qu’à la fin des années 70 et durant les années 80 que les X-men sous l’égide du tandem Chris Claremont/John Byrne devinrent la poule aux oeufs d’or de la Maison des idées.

 

 

Neal Adams

Neal Adams

Avant son arrêt en 1970 la série a toutefois connue un pic qualitatif assez ahurissant que l’on doit à l’arrivée du dessinateur Neal Adams. En à peine huit épisodes, il va, avec l’aide de Roy Thomas au scénario, démontrer tout le potentiel des X-men. Les intégrales de Panini regroupant tous les épisodes édités dans l’année, le lecteur intéressé pourra facilement se rendre compte du gap de qualité entre un dessinateur classique comme Don Heck et un jeune artiste talentueux comme Neal Adams qui s’occupe ici de son premier gros boulot avant d’aller révolutionner les héros de la maison d’à coté. Rappelons que Neal Adams est connu pour être la partie d’un binome qui créera l’une des séries les plus militantes de l’époque (Green Lantern/Green Arrow) tout en offrant une nouvelle version de Batman qui restera longtemps en mémoire pour ses apports en nouveaux personnages (Talia et Ra’s al Ghul par exemple) et sa grande qualité graphique.

 

Retour dans le passé. Après avoir appris à maîtriser leurs pouvoirs et vécus de nombreuses aventures, les X-men ont troqués leurs uniformes pour des costumes individuels, ont connus une grande perte avec la mort du professeur Xavier et Scott Summers a enfin déclaré sa flamme à Jean Grey. Bref les X-men ne sont plus vraiment des jeunes étudiants mais ne sont pas encore tout à fait des adultes. On les découvres en plein combat contre Mesmero allié à un Magneto et a la lecture de ces premiers épisodes, on comprend pourquoi les X-men ne plaisait pas vraiment. Les histoires sont sans convictions et resservent des recettes vues ailleurs. Enfin malgré l’ajout de personnages tels que Lorna Dane puis Alex Summers (le frère de Scott), l’ensemble paraît bien fade.

 

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La chute du Fauve

Pourtant malgré ce début maussade, cette intégrale vaut la peine d’être découverte tant les épisodes de Neal Adams rehaussent l’ensemble et permettent de se rendre compte du talent du dessinateur et du potentiel des X-men. Arrivée en plein dans une aventure qui nous montre les X-men combattre le Pharaon Vivant ayant kidnappé Alex Summers pour utiliser son pouvoir, Adams explose les cases et apporte un dynamisme incroyable qui faisait défaut depuis le départ de Jack Kirby. Il suffit simplement de comparer ses épisodes avec les autres pour se rendre compte à quel point son dessin apparaît comme moderne pour l’époque.

 

Cela passe en premier lieu par un découpage qui brise sans cesse la page et le sens de lecture traditionnelle tel ce moment où le Fauve est jeté par la fenêtre et tombe d’un immeuble. Cela passe ensuite par la mise en valeurs des corps de manière très charnelle. Sans jamais devenir des culturistes hypertrophiés tels que Rob Liefeld en vomira dans les années 90, les muscles des X-men sont mis en valeur comme jamais auparavant. Enfin les visages sont également plus travaillés et font preuves d’une palette d’émotions bien plus diversifiée et intense que dans le passé. Enfin avec Adams on retrouve un certain goût pour le pulp et l’aventure tel qu’il la mettra ensuite en avant avec son Batman parcourant le monde. Les aventures des X-men contre Sauron puis en Terre Sauvage ne sont pas anodine et démontre les penchant du dessinateur pour les fantastiques aventures d’Edgar Rice Burroughs le créateur de Tarzan et John Carter.

 

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X-men contre Sentinelles

Avoir un excellent dessinateur ça motive et on sent clairement que Roy Thomas est émulé par son association avec Neal Adams. Dès lors que ce dernier dessine les X-men, Thomas n’aura de cesse de les pousser à bout. Les épisodes écrits et dessinés par le tandem sont une suite ininterrompue d’aventures où les jeunes mutants sont poussés dans leurs derniers retranchements. A peine avoir survécus au combat contre le Pharaon Vivant, les X-men doivent affronter les Sentinelles , faire face à Sauron, lutter avec Ka-zar en Terre Sauvage contre l’armée de Magneto, sauver la Terre d’une invasion extra-terrestre et enfin combattre Hulk. Tout cela sans jamais avoir pris une minute de repos.

 

Les X-men contre Sauron

Les X-men contre Sauron

C’est clairement l’action qui est le leitmotiv de ce court run. Les personnages ne prennent jamais de pause et son triturés dans tout les sens. On les sent à bout et prêt à exploser à la moindre étincelle ce qui ne manque d’ailleurs pas d’arrivée en ce qui concerne Iceberg, Cyclope ou le Fauve. En poussant les personnages à leur extrême limite, Thomas et Adams exacerbent les émotions et nous rendent ces héros beaucoup plus tangible et beaucoup plus humain. Une humanité qui atteindra son apogée avec le fantastique épisode Before I’d be slave (Uncanny X-men #65) signé Dennis O’Neil dont nous écrivions déjà tous le bien dans le Top 5 des comics des X-men et dans lequel les deux compères affûtent leurs armes pour leurs prochaines aventures.

 

Chant du cygne assez incroyable pour une série qui n’avait pas franchement brillée par sa grande qualité depuis un moment, les épisodes de Neal Adams et de Roy Thomas représentent une certaine quintessence pour l’époque. En se recentrant sur une galerie de vilain qui perdureront, en offrant une qualité graphique audacieuse et en poussant les héros à leurs maximums la série Uncanny X-men nous donnait là le meilleur d’elle-même. La série fut annulée ensuite mais les graines étaient plantées pour une renaissance grandiose à venir.

 

tel le phénix

 

 

X-men – L’intégrale 1969/1970 (Panini Intégrale, Panini Comics, Marvel Comics) contient les épisodes US de Uncanny X-men #52 à #66

Ecrits par Arnold Drake (#52 à #54) Roy Thomas (#55 à #64 et #66), Chris Claremont (#59) et Dennis O’Neil (#65)

Dessinés par Don Heck (#52, #54, #55 et #64), Werner Roth (#52, #54, #55), Barry Windsor-Smith (#53), Neal Adams (#56 à #63 et #65) et Sal Buscema (#66)

Prix : 29,95 €

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