On a lu… The Arms Peddler – Tome 1

On a lu… The Arms Peddler – Tome 1

Note de l'auteur

Qu’on se le tienne pour dit, The Arms Peddler n’est pas un shônen destiné aux jeunes lecteurs! Non, nous sommes ici en présence d’un seinen (pour adultes), à l’univers violent, sombre et quelque peu cynique. Keep the kids away !

Derrière ce titre, que l’on pourrait littéralement traduire par «Le Colporteur d’Armes», se cache la dernière série fantastique écrite par Kyoichi Nanatsuki et dessinée par Night Owl, qui est publiée depuis 2010 chez Ki-Oon (6 tomes en cours en France). Imaginez le tableau: une sorte de western horrifique se déroulant dans un monde de non-droit, de terres arides et dévastées où pullulent démons, brigands et nécromanciens. Oubliez donc la Fantasy telle qu’on la conçoit classiquement, vous ne rencontrerez ni elfes, ni nains, ni mage barbu. Avec son univers post-apocalyptique, le titre s’oriente clairement plus du côté de la Dark Fantasy, genre de prédilection du grand H. P. Lovecraft ou à l’occasion, de Stephen King. Donc si vous avez une mangathèque (oui, le terme est un peu barbare, je l’avoue, mais j’aime bien), cette série est à ranger aux côtés de Berserk et Bastard! pour les plus anciens, ou du plus récent Übel Blatt, dont il est le prétendu héritier. Moi, personnellement, j’ai été assez emballé par ce premier tome et je vais tenter d’attiser votre curiosité et votre soif de découverte, qui est, je le sais, inextinguible. Bienvenus donc, dans un monde sans morale où prime la loi du plus fort. Je vous préviens, ça risque de tâcher un peu!

Le premier tome rentre vite dans le vif du sujet et esquisse clairement un des enjeux de l’histoire. Premier bon point, car pas de long préambule inutile, jugez plutôt! Sona Yuki, un jeune garçon d’une dizaine d’années, voit sa famille se faire violemment assassiner sous ses yeux, par un groupe de bandits façon Mad Max. Le chef de la bande laisse non seulement Sona vivant, mais il lui laisse également un petit quelque chose en plus, une marque au fer rouge dans le creux de la main, afin qu’il se rappelle à jamais de cet instant. Tu parles d’un cadeau… Je ne vous avez pas menti, ça donne le ton. Alors qu’il est abandonné au bord de la route, il croise le chemin de Garami, une jeune marchande d’armes, faisant partie de la Guilde des Armuriers. Elle parcourt le pays de ville en ville, aux commandes de sa roulotte attelée à un cheval zombie. Malgré sa froideur apparente, elle tend la main au jeune garçon désemparé et lui propose un marché. Soit il abandonne tout et se laisse mourir, soit elle l’aide en lui donnant une arme mais il devra la suivre et la servir jusqu’au remboursement total de sa dette, c’est à dire 100 pièces d’or. En bonne marchande, Garami sait toujours tirer profit de la situation. Sona choisit finalement la vie, nourrissant l’espoir de faire face au meurtrier de sa famille et la venger. Le décor est planté, avec pour trame de fond, le désir de vengeance d’un gamin de 10 ans, au service d’une marchande de mort. Noir, c’est noir…

Le scénario déroule tranquillement les éléments constitutifs de son univers et lui donne de l’épaisseur. On en apprend plus, par exemple, lors de l’arrivée dans le premier village, dont la route est longée par des dizaines d’étendards flottants au vent. La jeune marchande explique alors qu’ils indiquent les besoins et requêtes des villageois. Chaque drapeau représente une denrée ou une marchandise: médicaments, graines, outils, ou encore…? Des armes… Bien vu, vous suivez. Les étendards d’appel sont positionnés là par les habitants, à l’entrée de toutes les villes ou villages du pays, afin de signifier ce dont ils ont besoins. Leurs couleurs ainsi que leurs grandeurs indiquent la nature et l’importance de la demande. Ce genre d’éléments rend l’univers plus riche et la lecture d’autant plus immersive! Pour ma part, j’attache beaucoup d’importance aux détails qui font un univers.

Je suis comme ça, j’ai besoin qu’on m’introduise dans le monde, qu’il ait un fonctionnement propre, que je puisse en comprendre les rouages. Car oui, tout bon récit de Fantasy commence par de bonnes fondations sur lesquelles l’histoire peut se reposer et sur ce 1er tome, Kyoichi Nanatsuki fait du bon boulot. Bien qu’imaginaire, l’univers doit rester tangible, palpable et ce qui nous y est raconté doit s’inscrire dans l’Histoire du récit. Oui, je sais! Mes phrases deviennent de plus en plus abstraites voir incompréhensibles, mais je suis sure que vous suivez et voyez où je veux en venir. Bref, The Arms Peddler parvient parfaitement à retranscrire un univers avec ses propres codes et lois et le manga fourmille de détails graphiques et scénaristiques. Les personnages rencontrés au fil des pages sont travaillés juste ce qu’il faut afin d’avoir une identité et un passé qui leurs sont propres. Ils ont des raisons valables d’agir comme ils le font. C’est notamment le cas lorsque un sniper voulant venger ses pairs prend le duo pour cible. Le chapitre en question nous permet d’ailleurs d’en apprendre plus sur l’historique de la Guilde des Armuriers.

Dans ce monde cruel et violent, nous appréhendons presque tout à travers le prisme de Sona. Au fur et à mesure des chapitres, on en apprend les codes, de même que l’on découvre les créatures qui le peuplent. Ne sachant que peu de choses, le lecteur avance au même rythme que les personnages. Garami fait office de professeur, avec certes, des méthodes quelque peu contestables, diront certains. Revenons d’ailleurs rapidement sur ce très énigmatique personnage. Elle ne laisse presque rien paraître et ne se découvre que très peu (au sens figuré, car au sens propre, un peu plus). Solitaire, elle connaît apparemment bien les règles qui régissent le monde dans lequel elle évolue. N’ayant pas trop de cas de conscience, elle reste marchande d’arme avant tout comme j’ai déjà pu le souligner, elle est déterminée à conclure ses ventes coûte que coûte, à partir du moment où l’acheteur a de quoi payer. Dans un sens, je la comprends, faut bien faire tourner la boutique et manger, après tout! Son objectif n’est pour le moment pas connu, mais elle attise définitivement la curiosité. D’autant qu’elle ne manque pas de charisme. Elle sait se battre avec beaucoup d’agilité et ne rechigne pas à trancher dans le vif. Un personnage qui a donc plein de choses à nous apprendre et de secrets à nous révéler…

La seconde partie du tome étoffe encore un peu plus l’histoire, avec en background une guerre opposant deux régions du pays. Les enjeux géopolitiques donnent plus de profondeur au monde que les auteurs tentent d’établir. En arrivant dans la cité de Yuga, Sona découvre le marché aux esclaves et le sort peu enviable qui leur est réservé. Airi, jeune princesse de Caradia, a été enlevée par le Baron Oulardt, maître de la cité. Elle est sur le point d’être vendue au plus offrant. Et bien qu’une partie de son peuple ait été asservie, certains de ces partisans cachés parmi la population tentent de mettre au point une stratégie pour la récupérer. Ils demandent donc des armes à Garami. Le manga se teinte alors d’une ambiance plus horrifique et fantastique, ce qui n’est pas surprenant vu le genre et plutôt bienvenue. Une armée de zombies, de la nécromancie et une fight bien sanglante bref, le récit s’étoffe tandis que l’action s’accélère dans une joyeuse violence. De son côté, Sona, emprisonné à tort, fait la rencontre de Graga, chef de la tribu des Garons, sorte de grand cosmocats, créature mi-homme/mi-félin, pesant son quintal, qui a également été capturé. A noter que le «character design» de la plupart des créatures est assez réussi et que certaines d’entre elles en imposent.

Vous l’aurez compris, c’est un premier tome bien rempli, avec peu de temps morts. Chaque chapitre, appelé Stigmate, constitue autant d’étapes pour le duo Garami/Sona. Mélangeant bien des éléments avec inspiration, le titre est riche et prometteur. Côté graphisme, c’est vraiment beau et fouillé. Le trait de Night Owl est fluide et les planches sont remplies de détails. La précision du dessin permet d’apprécier pleinement l’explosion de violence du titre. Heureusement le mangaka ne verse pas non plus dans le gore gratuit et inutiel, mais s’en donne malgré tout à cœur joie. Quant au découpage, il est dynamique et très lisible, ce qui n’est pas toujours le cas, dans les mangas. L’éditeur KI-OON à qui l’on doit entre autres Run Day Burst et Übell Blatt, fait comme à son habitude, de l’excellent travail, autant au niveau de l’impression que de la traduction. Ça ne révolutionne absolument pas le genre mais pour le moment, c’est habilement mené et suffisamment prenant.

Je vais peut-être m’avancer un peu, en vous disant ça, mais qu’importe. Vous pouvez y aller, les yeux fermés… Quoique non! Gardez tout de même un œil ouvert, on ne sait jamais, vous pourriez faire de sales rencontres ou vous prendre un coup de hache dans le crâne. Vous êtes prévenus!

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