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On a (presque) lu pour vous #2 : Larson, Eleonori et Rosemad

On a (presque) lu pour vous #2 : Larson, Eleonori et Rosemad

Aujourd’hui, parcourons ensemble trois “premiers romans” édités par la même maison. Un fantasy et deux thrillers. Trois livres qui auraient mieux fait de rester dans le tiroir de leurs propriétaires respectifs en attendant des jours meilleurs.

Pour la première édition de nos “On a (presque) lu pour vous”, il y avait du bon et du mauvais. Cette fois, il n’y a que du mauvais. De l’illisible. Du risible, n’était le temps perdu à en lire quelques dizaines de page (de haute lutte). Donner sa chance à un roman n’est jamais du temps perdu ; ceci dit, il faut savoir jeter l’éponge.

On ne reprochera jamais à un éditeur de donner sa chance à de jeunes auteurs. La maison De Saxus nous avait par ailleurs offert un très bon roman japonais avec Anguilles démoniaques, voici quelques mois. Autant dire qu’à sa suite, j’avais entamé les présentes lectures avec un esprit plutôt ouvert, même si les quatrièmes de couv’ n’annonçaient pas forcément Byzance.

Faut-il forcément publier des premiers romans aussi peu aboutis, aussi peu originaux, aussi mal (ou peu, ou trop) écrits ? Où rien n’est maîtrisé, ni la langue, ni le style, ni l’histoire, ni la narration… ni rien du tout, en fait ? Est-ce réellement aider de jeunes auteurs que de les publier tels quels, sans un vrai travail de fond sur ce qui fait (ou devrait faire) un roman ? Qu’il s’agisse de fantasy, de thriller ou de littérature générale, peu importe.

Attention, il ne s’agit pas ici de juger les auteurs eux-mêmes à l’aune du résultat, mais de juger leur livre. Simplement, un vrai travail d’éditeur aurait été nécessaire pour les porter plus loin sur la route de la qualité. Et je pense intimement qu’un mauvais livre est toujours une mauvaise idée. Cela ne signifie pas que ces auteurs ne produiront pas un jour un vrai bon roman – c’est au contraire ce que je nous souhaite à tous.

“Les Terres inconnues”, de Maes Larson

La 4e de couv’ : Trois amis, Adam, Isaac et Ryan, se réveillent dans un monde inconnu. Comment sont-ils arrivés là, et comment rentrer chez eux ? Le mystère est total. Emmenés par des soldats au royaume de Mirabilis, ils découvrent qu’ils sont au centre d’une paix très fragile entre cinq grands royaumes.

Mon avis (en bref) : Dès le prologue, le ridicule le dispute à la lourdeur (formules qui se répètent, telles que “le regard fixant le vide/le regard figé dans le vide”), dans une sorte de comique involontaire (“un pantalon qui couvrait parfaitement ses jambes”). Les clichés sont au rendez-vous (“la lune rouge ne présageait rien de bon”). Les incohérences aussi : est-il assis sur une chaise ou un fauteuil ? Peut-on construire un château au moyen d’une pierre incassable ? Il “bondit de sa chaise” alors qu’il est censé être debout devant la fenêtre ? Les effets sont grotesques (abus de “soudain/subitement”), on trouve des cliffhangers du pauvre en fin de chaque chapitre (du genre : “Soudain, la pièce où il se trouvait explosa”). Surtout, on n’y trouve pas une once d’originalité. Même les voix ne sont pas bien définies – or, soit on a accès aux pensées du héros, soit on reste extérieur à lui, mais pas les deux ! Le couperet tombe quand on s’aperçoit qu’il s’agit seulement du premier tome (plus de 500 pages tout de même !) d’une “incroyable saga fantasy”. Bref, relisez plutôt Robin Hobb.

Note provisoire : 0/5

 

“Trauma Zéro”, d’Elly Rosemad

La 4e de couv’ : L’euthanasie vient d’être légalisée. Gabriel, un jeune médecin séduisant et talentueux, va profiter de cette opportunité pour assouvir ses pulsions criminelles et sadiques à l’insu de tous. (…) Dans le même hôpital, Maddy, une psychologue au caractère rebelle abîmée par la vie, a mis au point Trauma Zéro, un protocole expérimental destiné à effacer les traumatismes de la mémoire des patients. (…) Un jeu dangereux débute alors entre eux et ses conséquences seront terribles…

Mon avis (en bref) : Dès le début, les problèmes sont posés. L’auteure fait dans l’explicatif, le descriptif ; elle ne raconte jamais son histoire, elle l’expose. Les clichés sont légion (une moto qui vrombit “comme un félin”, pilotée par une jeune femme sexy mais “abîmée par la vie”), les noms des personnages absurdes (Hank Chrysopolis, Maddy Stroke), les images drôles à force d’être mauvaises (“Maddy jeta sa chevelure couleur ébène en arrière” : “rejeta” aurait mieux convenu, à moins de sous-entendre qu’elle s’est débarrassée de sa perruque). Très représentatif de ces défauts : après chaque réplique de dialogue, l’auteure se sent obligée de la justifier, de l’expliquer par une phrase. Sans parler des persos eux-mêmes, tellement caricaturaux qu’on les dirait sortis d’un mauvais sketch des Inconnus : le jeune et beau médecin qui cache une âme de démon sous ses traits angéliques, la jeune femme énergique qui n’a plus conscience de son charme magnétique à causes de ses blessures intérieures, le psychiatre qui la prendrait bien dans ses bras… Sans parler des redites : “Tu commences sérieusement à m’inquiéter/Maddy l’inquiétait sérieusement”. Horrible.

Note provisoire : 0/5

 

“La mort n’existe pas”, de Damien Eleonori

La 4e de couv’ : Et si la fin du monde annoncée par les Mayas avait réellement eu lieu sans qu’aucun d’entre nous ne s’en soit rendu compte ? (…) Écrivain sans avenir, Léo Liberati est un père de famille rongé par la routine. Le matin du 19 décembre 2012, deux jours avant la fin du monde, sa vie bascule.

Mon avis (en bref) : Un thriller ésotérique : pourquoi pas ? C’est typiquement le genre de chose qui peut m’intéresser. Je sais qu’à un moment ou à un autre, je serai déçu, mais je marche plutôt bien à ce type d’histoire. Inutile de dire qu’ici, je n’ai pas marché : j’ai détalé après m’être forcé à atteindre la page 50. Les expressions sont tirées d’un dictionnaire de poche (“tel un diable sorti de sa boîte”), mal utilisées (ladite expression peut-elle vraiment s’appliquer à un homme endormi qui ouvre subitement les yeux ?), voire franchement risibles (“expulsa un cri libérateur”, “des iris noirs, sombres comme les ténèbres”, “un pressentiment s’insinua, telle une sonnette d’alarme”). L’auteur veut trop en faire ; il veut produire du style mais n’en a pas. Il n’échappe pas aux erreurs monumentales. Un exemple ? Un commerçant demande à un visiteur : “Comment connaissez-vous mon nom ?” Or, une ou deux pages plus tôt, l’auteur écrit que son prénom et son nom sont “fièrement” inscrits “en lettres d’or” au-dessus de la devanture de son magasin. Ce livre n’a-t-il pas été relu ?

Note provisoire : 0/5

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