On a vu… la 38e cérémonie des César sur Canal+

On a vu… la 38e cérémonie des César sur Canal+

Bilan d’une soirée triomphale pour Amour de Michal Haneke (5  César gagnés sur 10 nominations), catastrophique pour Camille redouble de Noémie Lvovsky (néant total sur 13 nominations) et bien piteuse, une fois encore, pour le téléspectateur bien plombé par un rythme toujours mal géré.

 

 

ON A SUBI :

– TROIS heures putain ! Et trois heures qui en paraissaient huit ! Vous savez, un peu comme le froid qu’on ressent plus durement en cas de bise. C’est globalement toute la cérémonie qui fut, une fois encore, pénible, mal écrite, gorgée de blancs embarassants pour tout le monde, de gags tellement mal exécutés dont on se demande vraiment si des répétitions ont eu lieu… Et d’absence quasi totale de réelle émotion ou, comme le souligne l’ami Nico Gilli du site Filmosphere dans son excellent billet sur le sujet, d’allusion sincère et sensée à tout ce qui ne qui ne tourne pas rond dans le cinéma français. Dieu sait que la liste aurait pu remplir les trois heures de direct mais, à l’image d’Antoine de Caunes flânant sur sa trotinette en plein discours des lauréats du son pour Cloclo, mieux vaut ne surtout pas prêter attention aux empêcheurs de tourner en rond.

– Jamel Debbouze en président. Une autre bonne idée sur le papier mais qui se heurte, comme tant d’autres, à une préparation visiblement bâclée. Jamel se repose un peu trop  sur la même éternelle panoplie de mimiques et vocables du parler caillera (« ta gueule », « sa mère », « sa race » etc…). C’est parfois amusant mais à la longue, si je puis me permettre, c’est relou mon vieux.

– Le gag du téléphone rouge : bonne idée sur le papier (hé oui encore une !), mais gag finalement très agaçant et lassant lorsqu’il interrompt inutilement les discours de certains lauréats. Recycler un vieille idée pourquoi pas, mais transcendez la au moins, les gars !

– Le duo François Damiens/Jamel Debbouze. Ca partait très bien avec François Damiens en solo, et, patatras, Jamel s’en mêle et l’échange entre les deux hommes n’en finit pas. Une idée qui ne tient pas la distance faute de rigueur dans l’écriture et dans l’exécution, tiens c’est bizarre ça me rappelle quelques chose… Ha oui, la plupart des scénarios du cinéma français !

– Joey Starr : en free style vulgaire et lourd, comme d’habitude, surtout lorsqu’il se met à parasiter le joli discours de Valérie Benguigui, césar du meilleur second rôle féminin pour Le Prénom. A côté du rappeur ingérable, Virginie Ledoyen a courageusement sorti les rames pour limiter la casse.

– Le sketch consternant de Manu Payet face à un Kevin Costner compatissant. C’était long, gênant, éculé. Ce mec ne me fait pas rire mais c’est un jugement strictement personnel !

Fais dodo, Kevin mon p’tit frèreu…

ON A RI :

 – GRACE A LAURENT LAFiTTE ! Il fut le seul moment authentiquement drôle en trois heures d’une cérémonie laborieuse et éternellement mal rythmée. Un vrai bol d’oxygène libérateur pour des zygomatiques. Ce type me fait penser à Chris Esquerre dans sa parfaite maîtrise de l’élocution accidentée au millimètre près, du regard vide soigneusement coordonné avec des formules génialement creuses. Brillant ! Reviens l’an prochain en plus long, mec !

 

ON A VAGUEMENT SOURI

– Antoine de Caunes en maître de cérémonie qui rempile pour la 9e fois depuis 1996. Record du nombre de présentation battu (il était détenu par Pierre Tchernia). Discours introductif qui fait le job, multipliant les allusions badines au bordel sans précédent déclenché par Vincent Maraval depuis ses fracassantes déclarations en décembre. Puis le premier magnéto, qui recycle le même gag pompé depuis des lustres sur les Oscar (de Caunes incrusté numériquement dans un patchwork des films nommés de l’année). Mouais. Sympa sans plus. Une réplique vraiment drôle en 6 minutes de vidéo : le “Quoi, qu’est ce tu dis là ?” de Obélix/Depardieu lorsque de Caunes évoque la taxation des revenus à 75%.

 

ON A EU PEUR

– Un homme étrange, les bras raides le long du corps dans son costard noir mal ajusté, le cheveux blanc hirsute et le regard mi-frondeur mi-pervers, vient chercher son César des meilleurs costumes pour Les Adieux à la reine. Son discours nébuleux et son allure inquiétante ne tarde pas à faire fuser les comm’ hilarants sur Twitter. L’heureux élu, c’est Christian Gasc, l’un des plus célèbres chefs costumier du cinoche français déjà primé à trois reprises aux Césars. L’habit ne fait vraiment pas le moine.

 

 

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ON A AIME

– Le discours hommage de Michel Hazanavicius à Kevin Costner : “Vous êtes un héros, vous avez un peu la grosse classe Kevin Costner, ça doit être super cool d’être Kevin Costner…”. Sincère et touchant. On rappelle que Kevin était à Paris pour le tournage du Three days to kill de McG, réalisateur réputé pour ses chef-d’oeuvre impérissables (Charlie et ses drôles de dames, Terminator Renaissance…)

– Le discours de Kevin Costner, visiblement profondément ému par son César d’honneur. Tant d’émotion a dû harasser le pauvre homme, cadré quelques minutes plus tard les paupières très lourdes par le vachard réalisateur de la soirée. Une image tristement symbolique du degré d’excitation suscité par notre soirée vitrine de la profession.

 – La bienveillance touchante d’Omar Sy avec Emmanuelle Riva (étrangement attifée en punkette chaperon rouge), venue chercher son César de la meilleure actrice pour Amour.

 

QUE RETENIR DES CESAR 2013 ?

 Une soirée ni plus ni moins particulièrement catastrophique que les autres. Le palmarès ? Dans le fond je m’en fous un peu : à titre strictement personnel, aucun, absolument aucun des films en compétition ne m’ont particulièrement touché, même le plus ambitieux et réussi de tous, Cloclo (cinq nominations, un seul trophée remporté, pour le meilleur son. Youpi !). Le vrai problème, au delà du fait qu’un film mouroir ait trusté TOUTES les récompenses principales de la soirée (quel symbole !), c’est que la production de cette soirée des César continue de respirer l’amateurisme  et le je-m’en-foutisme désespérant. On a bien cru à une brise de modernisation au début des années 2000, avec les présentations d’Alain Chabat et Edouard Baer mais non, le soufflé est retombé.

Pourquoi tant de gags et de sketches tombent-ils à ce point à plat et sentent la redite ? Pourquoi Manu Payet coincé dans sa trappe ? Pourquoi cet accent français surjoué de De Caunes dans son discours en anglais à Costner (gag éculé depuis son Eurotrash des nineties) ? Pourquoi les sempiternelles running jokes sur le thème “il faut faire court” ? Pourquoi broder des vannes dérisoires sur la sortie salutaire de Maraval (moqué plus qu’autre chose) au lieu d’un vrai trait d’esprit féroce ? Pourquoi plus personne n’ouvre sa gueule aux Césars alors qu’entre la baisse inquiétante des entrées et la sclérose créative hallucinante de notre 7e art, les sujets ne manquent pas ? Pourquoi Omar Sy dans un enieme numéro de danseur funky ? Pourquoi laisser les sketch s’étirer à ce point en longueur (huit minutes pour l’échange Damien-Jamel… huit !) ? Pourquoi un choeur de l’armée russe pour chanter La Marseillaise ?

Et pourtant, ce spectacle rasoir et presque jamais magique nous fait revenir chaque année devant le poste. Dans l’espoir qu’enfin quelqu’un saura balayer ces piteuses et poussiéreuses prestations, ou peut-être par cuiosité malsaine de voir tous ces notables aux succès diversement mérités se couvrir de ridicule… Si seulement au moins pour l’an prochain, le pourtant sympathique (mais vraiment totalement dénué de sens du timing) Antoine De Caunes pouvait laisser la place à Laurent Laffite…

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