On a vu… le retour de Rectify

On a vu… le retour de Rectify

Note de l'auteur

C’était une des grosses sensations de 2013 : le lancement de la saison 2 de Rectify, en fin de semaine dernière sur Sundance Channel, a rappelé pourquoi la série de Ray McKinnon est une proposition à part dans le paysage sériel actuel. Il est rare de voir  une série brasser une multiplicité de thématiques avec une telle amplitude : c’est pourtant ce qu’a fait ce season premiere. Avec une aisance étourdissante.

Rectify_1 Le rendez-vous était attendu. Marqué au stylo rouge sur le calendrier sériel. « Rectify, saison 2 : retour à Paulie, la petite ville de Georgie ». La saison 1 aura été aussi courte que dense. Six épisodes pour raconter les sept premiers jours du retour de Daniel Holden, après 19 ans passés dans le couloir de la mort : de récents tests ADN laissent en effet à penser qu’il n’est pas le responsable du viol et du meurtre d’une adolescente. La saison 2 reprend peu de temps après la dernière scène, alors que Daniel était violemment attaqué par un groupe d’habitants dans le cimetière de la ville.

En 2013, Rectify avait bluffé tout le monde en développant un récit ample, magnifiant des situations et des émotions complexes. En 2014, la série signe son retour en rappelant cette réalité avec une espèce d’assurance aussi douce que puissante. Rectify_2

Tout commence avec le prologue de l’épisode, dans lequel le personnage principal se réveille du coma à cause d’un mauvais dosage de médicaments. Entravé par l’intubation, écrasé par la douleur, Daniel souffre atrocement : la scène résume assez bien tout un pan de la première saison, dans laquelle le retour au monde du héros aura été parfois violent, souvent subi par ce dernier. Elle montre que le chemin est douloureux, et qu’il est loin d’être terminé.

Plongé dans un coma artificiel par les médecins, Daniel erre, dans cet épisode, entre souvenirs supposés et scènes oniriques. A travers un petit nombre de séquences, l’épisode écrit par Ray McKinnon replace le téléspectateur dans un univers où l’humanité s’exprime dans ce qu’elle a de plus touchant (les scènes avec Kerwin, qui jouent habilement sur l’alchimie Aden Young/Johnny Ray Gill) et de plus effrayant (celles avec un autre détenu du couloir de la mort, qui a participé au viol de Daniel, peu après son arrivée en prison).

Ces séquences scandent un épisode dans lequel on retrouve l’ensemble de la distribution confrontée à l’agression de Daniel. La colère d’Amantha cohabite alors avec l’incompréhension d’Abigail, pendant que l’inquiétude de Janet cohabite avec le ressentiment larvé de Ted, Jr. Intelligemment, la série ne fige pas ces personnages dans une seule et même position.

La scène où Amantha croise le chemin de Melvin -un homme qui était l’ami de Daniel avant qu’il ne finisse en prison et que l’on a aperçu (sauf erreur) dans l’épisode 1.03- puis celle où la même Amantha découvre Ted, Jr. au chevet de Daniel, montrent que la série oscille sans cesse entre moments très sombres et d’autres plus lumineux. rectify-3

Rectify ne cesse de montrer que rien n’est simple, rien n’est facile… mais rien n’est jamais perdu. Elle montre plus qu’elle ne dit d’ailleurs. C’est peut-être sans doute pour cela qu’elle émeut beaucoup et que ce n’est pas toujours facile de mettre des mots sur ce qu’elle suscite.

On attendra donc de voir la suite : il semble que l’état d’inconscience de Daniel se prolonge sur trois épisodes. Un pari plutôt osé. On verra où Ray McKinnon veut nous emmener. Mais ce season premiere assène une évidence : la série nous avait furieusement manqué.

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