On a vu… Miami Vice il y a 30 ans

On a vu… Miami Vice il y a 30 ans

1984, 1994, 2004… la récurrence du chiffre 4 semble affirmer quelque chose dans le monde sériephile. Cet été, vous avez pu suivre au Daily Mars un feuilleton sur ces séries qui ont débuté en 1994. Nous revenions ainsi sur Friends, Urgence, Chicago Hope, Party of Five… comme une célébration. Une façon aussi de montrer que la télévision a changé, évolué, est devenue importante, imposante. Montrer aussi que le combat des “c’était mieux avant” contre les “c’est mieux maintenant” n’a aucune espèce d’intérêt quand la série reste un art vivant

Et pour célébrer cette vie, il faut savoir commémorer ses morts. Le 22 Septembre marquera les dix ans du lancement de Lost. Le Daily Mars ne pouvait dès lors passer à côté de ce nouvel anniversaire. Pour l’occasion et durant toute la semaine, nous accueilleront, recueilleront les mots de rédacteurs qui n’ont pas été épargné par la série. Parce qu’il y a de multiples façon d’aimer Lost, de la détester, il était important de tracer une ligne sinueuse sur le parcours de la série phénomène.

MiamiViceTVMais il est un autre anniversaire que nous pouvons fêter : les 30 ans de Miami Vice. Culte, mythique, termes légèrement galvaudés aujourd’hui mais qui s’associent si bien à la série. Comment d’une simple association de deux mots écrit sur un bout de nappe en papier (MTV Cops), la série a bâti une identité remarquable ? Un homme : Michael Mann. Le réalisateur n’a écrit qu’un seul épisode et n’en a réalisé aucun mais il est celui qui fera de Miami Vice un objet à part. La série bénéficie du travail de Anthony Yerkovich (passé par Hill Street Blues) et s’assure de solides bases. Mais c’est bien Michael Mann, “directeur artistique”, qui repoussera toutes les limites pour plonger la série dans des retranchements aux frontières de l’art conceptuel.

Usage particulier des couleurs (aucune couleur de terre), des costumes (appuyant la dichotomie du duo), de la musique (new wave), rien n’est laissé au hasard. La série devient un véhicule. La Ferrari de Sonny. Si les intrigues policières pointent l’omniprésence de la drogue à Miami comme un mal incurable, c’est lorsqu’elle ne raconte rien que la série est à son apogée. De longues séquences musicales, des clips qui expriment la solitude des personnages, la déchéance d’une ville paradisiaque. Car derrière les couleurs pastels des costumes se cachent de profondes cicatrices. La série montre la noirceur, le désespoir, la douleur derrière les façades. Miami est apparence, Miami Vice ne l’oublie pas.

Pendant trois saisons, la série conservera ce côté atypique capable de plonger le spectateur dans un abîme de perplexité ou devant une admiration la plus totale. Il y a un débat Miami Vice, un schisme dans le monde sériephile où l’on juge la coquille vide, l’esbroufe, le tape à l’oeil ; comme on loue sa plastique, sa musicalité. On l’aime ou la déteste pour les mêmes raisons. En avance sur son temps ? En dehors du temps, car la série n’a pas enfanté de descendance. Aucune autre série n’aura, à ce point, pousser l’exercice formel vers une conception aussi étudiée. Cet absolu maniérisme ne possède aucun équivalent. Même au cinéma, quand Michael Mann décidera d’adapter son oeuvre pour le grand écran, il rompra le fétichisme trop évident pour offrir un nouvel objet particulier où la narration morcelée, les temps morts rappelleront les mouvements évanescents du duo. Miami Vice confirme son statut d’objet à part, exceptionnel et singulier.

1984, 1994, 2004…les célébrations sont nombreuses. Ce qui nous amène à poser cette question : quelle série commémorera t-on dans dix ans ?

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